L’editorial - de nouvelles formules pour de nouveaux parieurs, par pierre laperdrix

Autres informations / 18.07.2016

L’editorial - de nouvelles formules pour de nouveaux parieurs, par pierre laperdrix

L’EDITORIAL

 De nouvelles formules pour de nouveaux parieurs

Par Pierre Laperdrix

Le monde des courses traverse actuellement une mauvaise passe qui se manifeste par l’érosion du chiffre d’affaires du PMU. Ce dernier est d’ailleurs en-dessous de ses prévisions pour l’année 2016, ce qui peut, à la fin de l’année, réduire ce que reverse le G.I.E. à la filière.

On tente d’expliquer ces mauvais indicateurs par la crise économique (argument qui ne tient pas quand la Française des Jeux voit de son côté son chiffre d’affaires augmenter) ou par le nombre de partants trop faible dans cette certaines épreuves, particulièrement au galop. Alors que l’on attend des annonces fortes du PMU (création de nouveaux jeux, suppression de certains paris dans des cas précis ou refonte du Quinté Plus), c’est France Galop qui a dégainé le premier. Suite au dernier Conseil d’administration, le programme des courses à conditions de 2ans a été modifié, la valeur plancher de 20 a sauté, et des nouveautés concernant les supplémentations seront prochainement mises en place. Ces mesures fort louables dans l’esprit ne sont que des rustines sur une chambre à air usée. Le nombre de partants n’est qu’un levier parmi d’autres. Mais le nerf de la guerre est ailleurs : il faut trouver une offre qui corresponde aux parieurs existants et potentiels afin de s’adapter à cette clientèle existante ou supposée.

Photo : L’arrivée de l’épreuve support du Quinté Plus, dimanche à Maisons-Laffitte

Les partants ne sont pas la solution à tout. Le problème du nombre de partants, particulièrement au galop, est un marronnier. Bien entendu, une course à cinq ou six partants génère moins d’enjeux qu’un handicap à quatorze ou quinze partants. Mais même si, avec ces nouvelles mesures, les courses à conditions de 2ans rassemblent huit ou neuf partants, le chiffre d’affaires du PMU ne va pas s’envoler non plus pour autant. On peut rêver d’une moyenne du nombre de partants au galop qui serait supérieure à 10. Mais cet objectif est totalement utopique.

Ne proposer que des courses pouvant être supports de paris complexes comme le Multi ne correspond ni plus ni moins qu’à l’augmentation quantitative de l’offre que l’on a connue ces dernières années avec le développement de réunions premium en France et à l’étranger. Les effets pervers de cette mesure se payent aujourd’hui : le turfiste est arrivé à saturation dans un contexte où le vivier des parieurs diminue, et alors que le budget du joueur moyen n’est pas extensible.

Avec trente Multis par jour, ce gavage aura lui aussi son effet pervers à plus ou moins long terme. D’autant plus qu’avec cette valeur plancher qui vient de disparaître, le signal suivant a été envoyé : continuons à donner aux turfistes de mauvaises courses pour qu’ils jouent aux jeux combinés.

Il faut toujours travailler pour augmenter le nombre de partants par course. Mais l’autre solution est aussi de se concentrer sur la création de jeux intéressants qui s’adapteraient à ces courses.

Les enseignements de l’Euro 2016. Durant l’Euro 2016, près de 300 millions d’euros ont été joués sur les matches de football par les parieurs français. C’est 200 millions de plus que durant la Coupe du monde 2014 (soit + 200 %).

Le constat est donc simple :

- les Français ont envie de jouer de l’argent ;

- les Français n’ont pas envie de jouer cet argent aux courses.

Photo : Un ticket de pari sportif de la Française des Jeux

La simplicité des paris sportifs attire. Contrairement aux paris hippiques, les paris sportifs attirent les jeunes. C’est notamment une histoire générationnelle, car là où les Français du baby-boom sont nés pendant l’essor du Tiercé, un jeune de 20 ans aujourd’hui est né à l’ère d’internet et du câble, d’où l’accès en direct à ce sport populaire qu’est le football. C’est donc naturellement qu’un jeune se dirige pour ses premiers paris réguliers plutôt vers le sport que vers les courses, car il en maîtrise mieux les règles, étant déjà baigné dans cet univers. C’est un vrai problème pour les courses, car, comme les chevaux, les turfistes prennent un an chaque année et ils ne sont pas éternels...

Mais les paris sportifs disposent surtout d’un autre avantage énorme sur les paris hippiques. C’est leur simplicité. Le jeu de base est : quelle équipe va s’imposer ? C’est un pari de type "1/N/2", avec "1" pour la victoire de l’équipe à domicile, "N" pour le match nul et "2" pour la victoire de l’équipe à l’extérieur. Les autres types de jeu se rapportent à un événement, comme "quel joueur va marquer le premier but".

Les paris hippiques, hormis le jeu simple, sont beaucoup plus compliqués à comprendre pour un néophyte, puisqu’il s’agit de jeux à combinaisons. Et même un parieur aguerri se pose souvent la question : quel jeu pour cette course va me permettre de maximiser mes gains. Alors allez expliquer à un néo-turfiste les règles d’un Multi, ou bien qu’il doit jouer cette course en couplé gagnant et non en trio...

Sur le modèle du Tiercé... Lorsque le Tiercé a été lancé en 1954, le succès a rapidement été au rendez-vous, le PMU multipliant par quatre son chiffre d’affaires en six ans. Je n’étais pas né au moment de sa création (!), mais je comprends aisément pourquoi les parieurs français se sont attachés à ce jeu. D’ailleurs, beaucoup aujourd’hui parlent toujours de la course du Tiercé et non de la course support du Quinté ou événement... :

- un jeu en apparence simple : trouver les trois premiers de la course ;

- des rapports à la hauteur : le gain d’un Tiercé dans l’ordre permettait de payer sa voiture ou de partir en vacances ;

- un jeu qui n’avait lieu que le dimanche, d’où la création d’une attente. Le Tiercé était un véritable événement.

Aujourd’hui, le PMU ne propose rien de tout cela. Un Quinté Plus chasse l’autre, la multiplication des jeux effrite les rapports et le dimanche n’est finalement pas plus attendu par les parieurs que le mercredi ou le vendredi.

Or, ce qui a fonctionné par le passé est toujours riche d’enseignement et peut toujours réussir aujourd’hui.

Inventer le "1/N/2" au PMU. Hormis le jeu simple, les courses ne proposent que des jeux à combinaisons. Or, ce qui fonctionne dans les paris sportifs, c’est la simplicité. Il faut s’en inspirer et essayer un jeu du même principe aux courses.

Il existe déjà, de manière virtuelle et mutuelle. Sur MyBetsie (http://www.mybetsie.com/), il est régulièrement proposé des duels "l’un devant l’autre". Les courses peuvent totalement proposer, en pari mutuel, ce même type de jeu :

- 1 : le cheval A sera dans les trois premiers et termine devant le cheval B ;

- N : ni le cheval A ni le cheval B ne terminent dans les trois premiers ;

- 2 : le cheval B sera dans les trois premiers et termine devant le cheval A.

Les courses étant – a priori – bien surveillées et ce jeu étant en pari mutuel, on ne s’expose pas vraiment à des "affaires de jeu". Du moins pas plus qu’aujourd’hui...

La simplicité de ce type de pari doit permettre d’attirer de nouveaux turfistes qui, aujourd’hui, ne franchissent pas le pas vers les courses, étant rebutés par l’aspect trop technique des jeux et des courses en elles-mêmes. Là, comme dans les paris sportifs, les choix possibles sont limités à trois, ce qui n’entraîne nulle obligation de posséder une grande connaissance hippique pour faire le bon choix.

Photo : L’édition 2016 du Prix Messidor

Le duel du Quinté Plus et des Groupes. Le Quinté Plus écrase tout aujourd’hui dans l’univers des paris hippiques. C’est la course (dite "événement") pour laquelle les turfistes disposent du plus grand nombre d’informations et c’est, fort logiquement, l’épreuve la plus suivie.

Si ce type de nouveau pari "1/N/2" doit être proposé en semaine une fois par jour, autant le faire sur la course qui fonctionne le mieux afin de lui donner la plus grande visibilité possible. Cela afin de le faire connaître auprès du grand public.

Mais rien n’empêche également de le proposer sur les courses de Groupes dont beaucoup réunissent moins de huit partants. Par exemple, dimanche, il aurait été amusant de proposer un pari "1/N/2" dans le Prix Messidor (Gr3 - 5 partants) entre Vadamos et Dariyan.

Créer l’événement le week-end. Paradoxalement, alors que le dimanche est la journée où les parieurs ont le plus le temps d’étudier le "papier", le PMU ne propose pas de jeu événementiel le dimanche. Le dimanche ne se différencie d’un jour de la semaine que par le programme des courses en lui-même, d’une qualité supérieure. Mais le niveau de la culture hippique en France est aujourd’hui très faible, puisque c’est une culture de numéros et de Quinté Plus qui a été créée au fil du temps. Alors plutôt que de communiquer sur le programme sportif qui, finalement, n’intéresse pas grand monde, le PMU doit se mettre au niveau de ses clients, se baser sur la culture du pari et proposer aux parieurs un grand jeu du dimanche.

Le grand vertical du dimanche. Il est possible grâce au pari "1/N/2" de développer un grand jeu du dimanche. L’idée – par exemple – serait de créer un jeu vertical constitué d’une succession de duels sur l’ensemble des courses de la réunion I. Sur le même modèle que le Tote Placepot (en Angleterre – dont l’interface internet pour ce jeu est fabuleuse) ou le Géant (de GenyBet), sauf qu’on ne cherche pas à trouver un cheval placé, mais quel est celui qui terminera devant l’autre, ou bien à déterminer si aucun des deux ne décrochera une place.

On me dira que le PMU a déjà lancé le Grand 7. Mais ce jeu était réservé à des parieurs de haut niveau capables de trouver tous les gagnants d’une réunion et disposant des fonds nécessaires pour se lancer dans des formules combinées.

Ce grand vertical du dimanche paraît simple en apparence et doit donc attirer les turfistes. Mais malgré cette apparente simplicité, les espoirs de gains en pari mutuel de ce jeu seraient relativement élevés.

Sachant qu’il y a huit courses (en moyenne) sur une réunion dominicale, le nombre de combinaisons possibles pour avoir vu juste sur l’ensemble de ce jeu est d’une chance sur 6.561 (trois exposant huit). On peut ainsi tabler sur un espoir de gain moyen par dimanche d’environ 4.000 euros, ce qui rentre dans l’esprit du Tiercé à sa création. Gagner à ce grand vertical du dimanche permet non pas de changer sa vie, mais de partir en vacances ou bien de finir de payer son véhicule…