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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tribune libre -  les dindons de la farce -  par jean-claude rouget

Autres informations / 11.07.2016

Tribune libre - les dindons de la farce - par jean-claude rouget

TRIBUNE LIBRE

Les dindons de la farce

Par Jean-Claude Rouget

Mardi 12 juillet, des modifications concernant le programme des 2ans au second semestre seront proposées au Conseil d’administration de France Galop. Il est prévu notamment :

- de supprimer 15 courses de niveau classe 1 (B/D) à Paris. Il y en aura 12 contre 27 en 2015. Il y aura au total 67 courses de 2ans contre 82 en 2015 sur la région parisienne ;

- de supprimer 10 courses de niveau classe 1 (B/D) en région. Il y aura donc 129 courses de 2ans de niveau classe 1 contre 139 en 2015 en région ;

Les régions perdant moins de courses de 2ans que la région parisienne, le budget sera réaffecté et les allocations dans les maidens régionaux seront diminuées. L’objectif est d’inciter les entraîneurs basés en province à déplacer leurs bons éléments de 2ans à Paris. On espère donc trouver moins d’"épouvantails" qui vident les maidens régionaux.

« Le Sud-Ouest est la seule région à ne pas compter un entraîneur au Conseil du plat. Pensant qu’elle est très active sur la scène hippique française, je m’autorise aujourd’hui à disserter sur la future réforme du programme des courses à venir.

Le projet d’évolution du programme a pour objectif d’augmenter le nombre de partants dans les courses à conditions de jeunes chevaux. Il est, sur le fond, très recevable ; sur la forme, il appelle à quelques réflexions...

Nous sommes en train de démolir un programme qui, malgré tout, dirigeait les chevaux qui le pouvaient vers le haut de la pyramide d’une façon assez logique. En mars 2013, dix courses B ont été courues à Paris pour 68 partants, soit une moyenne de 6,8 partants par course. La réduction de moitié de ces courses en 2016 (en rassemblant mâles et femelles dans les mêmes courses) a fait chuter encore plus cette moyenne qui est tombée à 5,5 partants. Conclusion : ce n’est pas en diminuant l’offre que l’on a créé de la demande !

Deux expériences sont à tenter :

- payer les sixièmes et septièmes places dans ces courses, les classes 1 (ce qui est acté pour l’automne). Mais ce qui me gène le plus, c’est que nous ne saurons pas si c’est la diminution de l’offre ou bien le paiement aux places supplémentaires qui contribueront à augmenter le nombre de partants dans ces courses dites de classe 1 ;

- persuader le PMU de créer de nouvelles formules de jeu pour les courses à moins de huit partants.

Déshabiller la province pour habiller Paris. Nous nous dirigeons vers un système où tout est fait pour que les jeunes poulains de province viennent gonfler le nombre de partants sur la région parisienne, car les effectifs de certaines régions sont en hausse de 5 %, tandis que ceux de la région parisienne sont en baisse de 9 %. Édouard de Rothschild avait pourtant mentionné il n’y a pas si longtemps que « le nombre de courses doit être proportionnel aux effectifs de chaque région ».

Nous en sommes loin. Les modifications proposées mardi au Conseil d’administration sont pernicieuses, car elles consistent à dépeupler les régions de leurs partants pour peupler les hippodromes parisiens. Et, après cela, on vient nous accuser, dans le Sud-Ouest principalement, de manquer de partants !

La grande différence de traitement aujourd’hui entre l’allocation d’un maiden parisien et celle d’un maiden de province est insupportable. On nous rétorque que grâce aux courses F (qui vont disparaître), les chevaux de province sont mieux traités. C’est un leurre, tant la quantité de ces courses est faible. On peut tout à fait accepter une différence d’allocation de l’ordre de 20 à 30 % entre Paris et la province. Mais une différence de 80 % pour des courses s’adressant aux mêmes chevaux est inacceptable !

La province est jugée responsable de tous les maux, tandis que Paris n’aurait rien à se reprocher ? Mais on oublie un peu vite que le Sud-Ouest fournit 20 % des partants des courses qui sont visées par ces nouvelles mesures.

Concernant l’unique province, il faudrait oublier les querelles politiques et que France Galop, grâce à l’échelle des valeurs, puisse différencier les différents niveaux en fonction des régions.

Il faut absolument restructurer tout le système en faisant la différence entre les pôles nationaux de province par rapport aux autres petits hippodromes. De la même façon, à Paris, il doit y avoir une différence d’allocations entre les grands hippodromes et leurs satellites.

Il est très clair aujourd’hui que la politique de France Galop est d’inciter les provinciaux à se déplacer à Paris grâce à l’appât du gain, tant les allocations sont disparates entre Paris et la province.

Les promesses face à la réalité du terrain. Quant Édouard de Rothschild m’a appelé la première fois pour m’exposer ce projet, le schéma région n’était pas mentionné. Je lui ai alors posé la question : « Et les régions ? » Et, là, un grand vide... Le traitement des régions a été évoqué par la suite... et surtout bâclé ! On nous propose, en monnaie d’échange de remonter le niveau d’allocation de nos Listeds de 27.500 euros à 37.500 euros, comme à Paris. Or, nous n’en avons pas besoin. Nous n’avons pas besoin que nos Listeds soient au même niveau d’allocation qu’à Paris. Les Listeds sont assez bien dotées aujourd’hui si l’on se compare à ce qui se passe dans les autres pays d’Europe. En revanche, certains Grs3 méritent d’être revalorisés au regard de la qualité des lots qui s’y affrontent.

C’est dire l’attention portée par notre président à notre égard... Pourtant, lors de la campagne électorale, de nombreux déplacements ont été de mise avec une promesse d’aider les régions. Le projet d’aujourd’hui est tout le contraire.

Le problème des fédérations excentrées (Sud-Est - Sud-Ouest) réside dans les transports. Il faut arriver dans ces deux fédérations à ce que les jeunes chevaux puissent démarrer leur carrière sans trop se déplacer et montent à Paris seulement pour les courses importantes. Il faut 12 à 13 heures de route aujourd’hui pour relier Pau à Chantilly. Il est nécessaire, avec des jeunes chevaux, de partir l’avant-veille, d’où des coûts supplémentaires, avec en plus aucun hébergement sur l’hippodrome pour le personnel accompagnant.

On touche encore à la motivation des propriétaires. Tout ceci pour dire que je ne n’imagine pas (en réduisant le nombre de courses avec maintien des allocations) quelle sera la motivation des propriétaires français à investir lors des prochaines ventes de yearlings. C’est aujourd’hui déjà très compliqué pour la plupart d’entre eux. Les propriétaires veulent gagner. Les places les intéressent moins ! Les 25 courses supprimées cet automne pour les 2ans seront autant d’occasion de moins pour célébrer une victoire avec des amis autour d’une coupe de champagne. Tout cela pour faire plaisir au PMU qui, il faut bien se l’avouer aujourd’hui, dirige les courses françaises.

Je vous laisse deviner qui sera le dindon de la farce suite à cette réforme... »