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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tribune libre : lettre à france galop

Autres informations / 10.07.2016

Tribune libre : lettre à france galop

AU CŒUR DE L’ACTU

TRIBUNE LIBRE

LETTRE À FRANCE GALOP

Par Olivia Saelens, propriétaire, éleveuse, joueuse, passionnée mais aussi angoissée !

« Chers messieurs, chères mesdames,

Cela fait un petit moment que je souhaite vous envoyer un mot. Enfin, me voilà.

Je suis venue m’installer dans le Pays d’Auge pour être proche de notre capitale, Deauville, en tant que propriétaire et éleveur. Je vais donc prendre l’exemple de l’hippodrome Deauville-La Touques pour soutenir ma demande. J’observe la crise des courses, c’est-à-dire le désert sur les hippodromes qui est tellement agaçant, triste, et déprimant. Lorsque j’ai eu mon premier partant sur ce magnifique hippodrome, au mois d’août l’an dernier, j’étais tellement déçue, prête à vous appeler pour faire quelque chose… Je n’ai rien dit mais, aujourd’hui, il m’est impossible de ne pas vous écrire. Non seulement je commence à me démotiver d’amener des gens aux courses mais, d’ici peu, je n’aurai plus envie d’y aller moi-même...

Je m’excuse pour ce message qui peut sembler agressif, mais j’ai eu honte d’inviter mes amis aux courses. J’ai eu la malchance d’avoir un partant dans la huitième et dernière épreuve vendredi, et le bonheur de ne pas la gagner… Car je ne peux pas m’imaginer gagner la dernière, aller voir mon cheval après la course, inviter mes amis pour partager une bouteille ou deux de champagne... et arriver dans "un Jardin des propriétaires" vide, rangé, sans personne…, devant un bar vide, sans plus personne… Qu’il ne reste plus que deux personnes présentes sur l’enceinte de ce bel hippodrome un vendredi soir de juillet, vidant les poubelles… On se demande pourquoi il n’y a plus de gens aux courses. Un ami qui m’avait posé la question avant notre visite n’a plus eu besoin d’explication après y être venu…

Ce qui me préoccupe depuis mon arrivée dans le monde des courses, c’est comment pouvez-vous vous permettre, dans le climat existant, de demander à ce que le public paye une entrée ? Pendant le meeting d’août à Deauville, d’exiger sans gêne huit à dix euros d’entrée par personne ? Quel exemple pouvez-vous me donner d’un événement réussi, où l’on fait payer les gens à l’entrée alors qu’ils viennent dépenser de l’argent ? Comment pouvez-vous prétendre vouloir faire connaître les courses aux gens en embauchant des salariés pour faire augmenter les prix des visites de l’hippodrome, au lieu de faire visiter les centres d’entraînement, les haras et bien sûr les hippodromes ? Si vous êtes prêts à investir, soyez prêts à accueillir ce public à n’importe quel moment, gratuitement, avec le sourire ! Les nouveaux parieurs, propriétaires, éleveurs naissent tout seuls dans une passion comme la nôtre. N’est-il pas urgent de se rendre compte que vos multiples tentatives n’ont pas d’âme ? Je n’ai pas besoin de faire une enquête pour savoir si une famille souhaitant faire une petite sortie choisit de mettre les pieds sur le champ de courses ou gratuitement dans le sable.

Je reviens au débat actuel dans Jour de Galop concernant les parieurs : oui, le pari passe avant le sport et le spectacle ! Regardez une course sans suivre un cheval particulier, il n’y a pas de sport ni de spectacle. Juste un troupeau de beaux chevaux qui vont d’un point à un autre…

Alors imaginez-vous la famille néophyte, voulant découvrir les courses hippiques : après avoir payé l’entrée, une boisson à 4 euros et encore des pièces pour utiliser les sanitaires, aura-t-elle envie d’aller dépenser encore plus d’argent dans un jeu où l’on ne comprend rien devant une borne automatique ? Moi, je ne viens pas quand je n’ai pas de partant. Comme beaucoup d’autres, je vais à la plage !

Je constate que plus la situation est grave, plus l’Institution fait des mauvais choix. Remplacer les guichets par des bornes automatiques, diminuer les petites courses, où le climat est bien plus agréable et familial, pour faire augmenter les partants des courses auxquelles la plupart de nous, propriétaires, ne peuvent participer... Ce ne sont que des exemples, et tout ceci sans résultat pour ne pas dire pire.

Pour faire faillite encore plus vite, vous venez d’inventer un hélicoptère pour filmer les courses. On ne parle même pas du budget pour rénover un seul hippodrome. Même si beaucoup de décisions ne vous appartiennent pas, je me permets de vous adresser mes paroles, car je vous considère responsables de toute la filière. Si cela n’est pas la pratique, aujourd’hui, je vous demande de vous unir.

À chacune de vos décisions, je me demande si vous voulez vraiment que les courses survivent. J’ai l’impression que vous faites tout pour les éteindre. J’espère de tout cœur me tromper, j’essaie de comprendre, mais je vous avoue que vous êtes complètement à côté ! On veut tellement moderniser l’un des plus vieux sports/spectacles du monde que nous oublions l’essentiel, le sentiment, la base !

Je tiens à féliciter et surtout remercier tout l’entourage de la jument Trêve qui a donné l’exemple. Maintenant, c’est à vous de jouer. Si vous voulez bien prouver que vous souhaitez sauver ce qui reste à sauver, je vous challenge, en tant que minuscule acteur dans le monde des courses : vu que les hippodromes sont vides, au lieu de gaspiller de l’énergie et de l’argent en plaçant des gens qui encaissent les quelques entrées payantes, dépensez ce budget dans la rue à faire de la publicité pour dire qu’il y a des courses ! Et que c’est gratuit ! Cela va certainement compenser les quelques entrées payantes, surtout si l’on compte les gens de sécurité qui nous font ouvrir nos blousons. C’est très aimable de penser à notre sécurité, mais vu le peu de monde qu’il y a aux courses, nous sommes loin d’être une cible des terroristes !

Je vous challenge, mais surtout je vous supplie de continuer d’investir dans votre publicité, de continuer d’investir dans les activités pour amuser les enfants, je vous challenge de faire une publicité pour ce qui devrait être un beau meeting avec du monde à l’hippodrome, entrée gratuite pour tout le monde, au lieu de vouloir copier le football, ce qui est en effet impossible. Comme l’a évoqué monsieur Blaisse samedi dans Jour de Galop, copiez plutôt le McDonalds, donnez un jouet à l’entrée de l’hippodrome, un jouet qui rappellera aux enfants une belle journée aux courses et qui leur donnera envie d’y retourner. Monsieur Blaisse, je vous remercie pour votre prise de parole. Il n’y a que votre dernière phrase à laquelle je m’oppose. Je ne pense pas que nous allons dans le mur, j’ai peur qu’il ne reste que quelques briques... »