Le galop aux jeux olympiques !

Autres informations / 06.08.2016

Le galop aux jeux olympiques !

Le galop aux Jeux olympiques !

Non, les courses hippiques ne sont pas au programme des Jeux olympiques qui viennent de débuter au Brésil… À Rio, le Galop sera en revanche représenté par trois anciens chevaux de course, reconvertis avec succès dans le concours complet d’équitation.

Photo : Clifton Lush, le meilleur des trois pur-sang en lice à Rio

• Clifton Lush (Half Iced) est né en Nouvelle-Zélande. Il n’a couru qu’une seule fois, à Wanganui en 2003, finissant douzième d’un maiden sur 2.000m. Il est depuis devenu un remarquable cheval de concours complet. Sous la selle du Néozélandais Jonathan Paget, il s’est classé troisième du mythique CCI4* de Badminton en Angleterre.

• Blackfoot Mystery (Out of Place) a couru trois fois aux États-Unis. Sans résultat. En revanche, associé à l’Américain Boyd Martin, qui a déjà monté plusieurs pur-sang au meilleur niveau mondial, il s’est classé sixième du Rolex Kentucky CCI4*à Lexington. Ce cheval est issu d’un programme de reconversion des chevaux de course américains (Thoroughbred Aftercare Alliance).

• Summon up the Blood (Red Ransom) a couru treize fois outre-Manche, où il a décroché trois victoires sur le mile dans des handicaps. À Rio, il sera monté par le Brésilien Carlos Parro. Ils ont décroché leur qualification olympique en Irlande, en se classant dixièmes du CCI3* de Ballindenisk. Summon up the Blood a débuté sa nouvelle carrière sportive dans le programme anglais Retraining of Racehorses, qui est un circuit d’épreuves de concours hippique réservé aux anciens galopeurs.

Trois pur-sang à Rio. Tous les trois étaient des chevaux de course ; et tous les trois seront en lice pour le Graal à Rio : une place sur le podium olympique du concours complet, le triathlon équestre. Même si, sur le papier, il semble difficile de les voir sur le podium olympique, ces trois anciens chevaux de plat peuvent tout à fait finir dans le premier tiers du classement. Une performance plus qu’honorable. Un quatrième pur-sang a fait le voyage pour Rio, Donner (Gorky Park), mais il est réserviste pour l’équipe des États-Unis.

Des exceptions à haut niveau. Les chevaux issus du monde des courses restent des exceptions à haut niveau dans les trois disciplines olympiques (dressage, C.S.O., concours complet d’équitation). La majorité des anciens trotteurs et galopeurs se destinent à la compétition de petit niveau et à l’équitation de loisir, deux orientations qui concentrent la très grande majorité des pratiquants en France. Néanmoins on voit régulièrement d’anciens galopeurs se distinguer au meilleur niveau en concours complet, endurance, polo et horse ball.

Au-delà des Pistes : au service de la reconversion des chevaux

Photo : Nemone Routh

Au sein de l’équipe française des Aga Khan Studs, Nemone Routh est la Racing Office Manager du site d’Aiglemont. Elle est l’un des membres fondateurs de l’association Au-delà des Pistes, spécialisée dans la reconversion des chevaux de course.

« Le point de départ de ce projet est le symposium organisé en octobre 2015 dans le Kentucky par Godolphin sur le sujet de la reconversion. Lisa-Jane Graffard, Elizabeth Doumen, Jennifer Twomey et moi-même y avons rencontré beaucoup de monde. Cela nous a permis de comparer avec ce qu’il se fait en Grande-Bretagne, en Australie et aux États-Unis, de voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné dans ces pays. Il y a un certain nombre d’initiatives en France autour des anciens chevaux de course. Mais il manque un organisme qui assure leur promotion. Nous avons organisé une première réunion pendant les ventes Arqana de décembre afin de réfléchir à ce qu’il était possible de faire en France. Un comité de pilotage a vu le jour. Il compte une dizaine de personnes dont Henri Bozo, Nicolas Clément, Alix Choppin, Elizabeth Doumen, Jennifer Twomey et Bertrand Le Métayer. La création d’une association s’est imposée d’elle-même. Dernièrement, à Newmarket, lors du deuxième symposium organisé par Godolphin, nous étions représentés par Aliette Forien et Alix Choppin, qui a exposé le projet Au-delà des Pistes. Elizabeth Doumen (qui est l’ambassadrice du Département bien-être pour l’Institution) et le docteur Gadot représentaient France Galop lors de ce même événement. »

Un premier événement le 27 août à Deauville. « Notre premier événement sera organisé le 27 août à Deauville, en partenariat avec France Galop : la Journée de la reconversion des chevaux de course, qui aura lieu sur l’hippodrome de La Touques. Nous y présenterons de nombreuses démonstrations de pur-sang reconvertis dans le concours complet, le polo, le dressage, le horse-ball et même l’équitation éthologique. Une Parade des champions permettra aussi aux spectateurs présents d’admirer les gagnants de Gr1 Cirrus des Aigles, Kasbah Bliss, African Story, Papineau et Prince Bishop. Nous souhaitons également participer à la journée "À la découverte du monde des courses", en septembre, à Maisons-Laffitte. Au niveau des institutions, nous sommes en train de présenter nos objectifs et nos conclusions sur la situation actuelle. Nous allons faire de même au Syndicat des éleveurs en août et nous souhaiterions le faire au Comité de France Galop. C’est une question d’image pour les courses. Le bien-être animal est un sujet important, en particulier vis-à-vis du public, qui se demande ce que deviennent les chevaux après leur carrière hippique. »

Labelliser et communiquer. « L’un de nos objectifs est la labellisation des structures qui s’occupent de la reconversion des chevaux de course. Souvent, les propriétaires ne savent pas à qui s’adresser lorsque la carrière de leur cheval arrive à son terme. De même, les cavaliers sont dans l’inconnu lorsqu’ils souhaitent acquérir un cheval réformé. Une labellisation doit permettre de diriger ces deux publics vers des structures de qualité. Nous souhaiterions également mettre en place des Ridden Class, c’est-à-dire des épreuves de concours hippique réservées aux sujets en reconversion. C’est l’un de nos objectifs en 2017. Nous avons également pour objectif de montrer des chevaux de course que l’on ne voit plus ! Nous voulons par exemple que les gens puissent voir des hongres qui ont été populaires en course et qui sont à présents retraités. C’est le cas de Cirrus des Aigles ou de Kasbah Bliss par exemple, qui vivent une nouvelle vie après leur première carrière. »

L’exemple britannique. « Outre-Manche, le cas de Retraining Of Racehorses est assez exemplaire. Ils organisent de nombreux événements sur les hippodromes pour sensibiliser le public. De même, ils ont mis en place des épreuves de concours hippique réservées aux anciens chevaux de course. Cela leur permet de débuter entre eux dans ce nouvel univers, avant d’aller éventuellement se confronter aux chevaux de sport. Cela stimule la demande des cavaliers amateurs pour d’anciens galopeurs, car ils ont ainsi un premier objectif sportif qui est à leur portée. Retraining Of Racehorses est financé par la générosité d’acteurs du monde des courses, mais également par un prélèvement d’une livre sterling sur chaque engagement en course. »

Un sujet que la filière hippique doit prendre en main

Photo : Aliette Forien

Connue pour son élevage et pour son engagement dans la filière (Syndicat des éleveurs et France Galop), Aliette Forien préside l’association Au-delà des Pistes, spécialisée dans la reconversion des chevaux de course.

« Le bien-être animal est un sujet très important pour l’avenir des courses et la reconversion des anciens compétiteurs est au cœur de cette thématique. C’est un thème qui m’intéresse tout particulièrement car je suis passionnée par les courses et par les sports équestres. Certains propriétaires et professionnels se débrouillent, mais beaucoup ont besoin d’être guidés dans cette démarche. L’association Au-delà des Pistes ne s’occupe pas de la fin de vie des chevaux, mais plutôt de les aider à avoir une nouvelle vie. C’est une belle cause. Mais il y a beaucoup à faire car le monde du concours a des préjugés sur les pur-sang anglais. Certains pensent qu’ils sont des chevaux un peu fous qui ne savent qu’aller en ligne droite. Or on s’aperçoit que d’anciens chevaux de course réussissent très bien dans les sports équestres, dans toutes les disciplines et à tous les niveaux. C’est un sujet que la filière hippique doit absolument prendre en main. L’image des courses en dépend. »