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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tour des haras - haras du thenney

Autres informations / 08.08.2016

Tour des haras - haras du thenney

HARAS DU THENNEY

Niccolo Riva

14950 Saint-Pierre-Azif

Au début des années 1970, Vittorio Riva a décidé de s’implanter en Normandie, achetant les terres qui constituent le haras du Thenney, entre Pont-l’Évêque et Cabourg. La famille Riva est notamment à l’origine de Vorda (gagnante de Gr1), Mendez (vainqueur de Gr1 et père de Linamix), Ombrage (lauréate de Gr3 en Italie), Red Arrow (Derby italien), Miss Carina (championne des 2ans en Italie), Red Girl (Oaks italiennes) et Maimara (Prix de Lieurey et Edmond Blanc). En 2005, Giulio Riva a pris la suite de son père à la tête du haras, avant que Niccolo ne reprenne le flambeau de cette longue tradition familiale.

1) TERRE D'ÉLEVAGE

Jour de Galop. - Êtes-vous plutôt étalon, poulinière ou yearling ?

Niccolo Riva. - Le choix pour moi n’est pas facile, car au Thenney nous faisons les trois. J’aime la saison d’élevage, la période des poulinages. C’est là que le rêve commence. L’étalonnage, c’est un autre métier, c’est "l’art" du croisement, la recherche d'un nouveau chef de races. Comme étalonnier, voir un étalon à la saillie, c’est très beau : à chaque saillie je rencontre les éleveurs et c'est un vrai moment d’échange de partage. Et les yearlings sont l’aboutissement d’un travail d’équipe pendant dix-huit mois. Donc c’est vraiment la mise en valeur de notre élevage.

Barn ou paddock ?

Paddock. Les chevaux sont faits pour être dehors, pour marcher. C’est ce qui les forme et leur donne de l’os. Notre plus grande richesse est notre terre. C’est un énorme atout, spécialement ici en Normandie. Mais il y a une chose qu’il faut surtout faire, c’est les manipuler et aller les voir deux fois par jour. C’est là que l’on s’aperçoit s’il y a une croissance, un petit bobo, ou autre chose. Le barn vient en complément dans le travail.

Bai, alezan ou gris ?

Noir ! Un beau cheval noir est inoubliable.

Pedigree ou modèle ?

Comme éleveur, pedigree. Le choix d’une jument se fait sur papier, et on peut se permettre de mettre de côté certains défauts. Si on parle d’un yearling, on regarde les deux. Mais le modèle reste le plus important.

Vitesse ou tenue ?

Tenue… avec une pointe de vitesse !

L'éleveur qui vous a le plus marqué ?

Federico Tesio. Ce qu’il a bâti en tant qu’éleveur, et en tant qu’entraîneur, avec des moyens limités, c’est du génie. Nearco est le grand-père de Northern Dancer et Ribot a gagné deux fois l’"Arc". Qu’un éleveur à lui tout seul puisse avoir une telle influence sur l’histoire des courses européennes et mondiales, c’est exceptionnel.

Le métier que vous auriez fait si vous n'aviez pas été éleveur ?

Marin. J’adore la mer et les bateaux. Je suis un peu atypique ! (rires)

Le conseil que vous donneriez à un ami souhaitant se lancer dans l'élevage ?

Tout d’abord être passionné et aimer travailler dur. Sans cela, ce n’est même pas la peine qu’il commence. Pareil : s’il décide de faire ce métier pour l’argent, qu’il arrête tout de suite ! Quand on regarde le temps qu’on y passe… et on oublie les vacances. Après, il devra savoir être patient car un élevage ne se construit pas en un an. Et mon conseil technique : ne pas acheter plein de chevaux, regarder la qualité, le pedigree, même si c’est à la troisième ou à la quatrième mère, ne pas s’éparpiller, essayer de viser une lignée pour bâtir son élevage.

Votre première mesure si vous deveniez président du Syndicat des éleveurs ?

Revoir les conditions de l’étalonnage français. Les choses ne sont pas vraiment cadrées.

Après, mon combat, ça serait de regrouper tous les éleveurs sous un même drapeau. Certains sont partis à droite et à gauche ; d’autres ne font partie d’aucun syndicat. C’est vraiment dommage. Le Syndicat des éleveurs est devenu surtout politique ; si j’étais à sa tête, j’écouterais surtout les éleveurs, ce sont eux qui font le travail et qui peuvent nous donner la direction à prendre et je marcherais main dans la main avec les éleveurs français, pour travailler à la croissance de notre élevage. Aujourd’hui, on a les bases mais on s’éparpille parce que l’on n’est pas unis.

Votre lieu préféré à Deauville ?

La place Morny au moment de Noël.

Votre adresse secrète en Normandie ?

Secrète, ce n’est pas sûr car je pense que des gens la connaissent : c’est le cap de La Hague. Quoi de plus agréable qu’une belle journée de marche entre Carteret et Goury… le petit port avec la descente des sauveteurs… C’est magnifique, atypique et apaisant. Évidemment, il faut faire abstraction de la centrale ! (rires)

2) CHAMP DE COURSES

Turf ou P.S.F. ?

Turf. Historiquement, tout l’élevage européen a été construit pour donner des champions sur le gazon. Et c’est dans ce domaine que nous excellons encore. Je ne dénigre pas la P.S.F. mais je reste turf.

Ligne droite ou parcours avec tournant ?

Pour les distances courtes, je préfère les lignes droites, qui assurent mieux l’égalité entre les acteurs. Sur les autres distances, je préfère les parcours avec tournants car ils sont plus techniques.

Longchamp ou Deauville ?

Le charme de Deauville, sans oublier Clairefontaine. D’abord c’est normal de les soutenir parce que je suis éleveur ici. Ensuite, ces deux hippodromes regroupent l’élite des courses, aussi bien au niveau des chevaux que des hommes, et ce sans prétention.

Sprinter, miler, classique ou stayer ?

Miler et classique. 1.600-2.400m : c’est sur ces distances que notre sélection repose.

Prix de l'Arc de Triomphe ou Prix Morny ?

"Arc". Cette course est l’ambassadeur du galop français à travers le monde. Ça serait un rêve de voir un élève du Thenney gagner l’"Arc". Le summum.

Votre pur-sang favori dans l'histoire des courses ?

C’est difficile de n’en choisir qu’un. Je vais choisir trois mâles et trois femelles. Ribot, Dubawi et Sadler’s Wells. Urban Sea, Hasili et Trêve.

Entraîneur ?

Question délicate, encore. Je pars sur ma jeunesse et je réponds François Boutin. C’était un Monsieur avec un M majuscule !

Jockey ?

Lester Piggott et Yves Saint-Martin.

Casaque ?

Celle de ma famille.

La dernière émotion que vous avez ressentie sur un champ de courses ?

À chaque fois qu’un de nos chevaux court, j’ai des émotions du rond jusqu’au retour du cheval, et aussi le matin à l’entraînement.

Votre première mesure si vous deveniez président de France Galop ?

Faire le nécessaire pour rectifier le taux de T.V.A. à la baisse. La filière a perdu beaucoup de propriétaires et d’éleveurs à cause de ça.

3) JARDIN SECRET

Votre mot préféré dans la langue française ?

Adrénaline.

Le rêve que vous n'avez pas encore accompli ?

Comme éleveur, gagner un Gr1. Et comme homme, faire le tour du monde en bateau. J’essaierai de le faire quand je prendrai ma retraite ! (rires) Jules Verne l’a fait en quatre-vingts jours… mais en bateau, il faut plus d’un an !

Votre plus grande qualité ?

Je serais narcissique si je choisissais moi-même. J’ai demandé à ma femme Vita : elle m’a donné une si longue liste qu’elle ne va pas tenir ici ! (rires)

Votre plus grand défaut ?

J’en ai plusieurs et c’était difficile d’en choisir un, parce que je ne suis pas simple au quotidien. Alors j’ai consulté mes collaborateurs. Je leur ai imprimé une liste de 192 défauts que j’ai trouvée sur internet. Ils devaient mettre des croix et ils ont choisi "têtu" et "impulsif". (rires)

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’honnêteté, le franc-parler, le partage.

Votre devise ou citation préférée ?

Ma devise : « Ne jamais oublier ses racines, ni son passé, simple ou composé. Qu’il nous serve de leçon et qu’il participe à la construction de notre présent pour que notre futur soit le meilleur possible. » Cela veut dire notamment ne pas refaire les mêmes erreurs, et construire. J’ai aussi une citation, qui est le titre d’un livre que j’ai bien aimé, signé Ali Akbar : « Un enfant issu d’un pays pauvre m’a dit : "Je fais rire le monde, mais le monde me fait pleurer." »

Votre plat ou vin favori ?

Je vais faire honneur à mon pays, l’Italie, et à mon pays d’adoption, la France. Le vin, c’est un bon côtes du Rhône. Le plat, ce sont les pizzoccheri. Les pizzoccheri sont des pâtes de sarrasin de la région de la Valtellina, dans la montagne italienne près de la Suisse. On les fait bouillir, après on les met au four avec de la fontina (un fromage qui ressemble à du comté bien vieilli), des blettes, des pommes de terre, de la sauge, du beurre fondu et de l’ail. Et on les fait gratiner.

Votre porte-bonheur ou objet fétiche ?

C’est le collier que je porte, avec la Maguen David (l’étoile de David). Elle m’a été donnée par la grand-mère d’une amie. C’est très représentatif pour les Juifs, parce que ça passe par les femmes et pas par les hommes.

Vacances : mer, montagne ou campagne ?

À la mer, dans un lieu sauvage. Accessible uniquement en bateau ou par de petits sentiers.

Votre peintre, chanteur ou écrivain favori ?

C’est difficile de choisir, parce que je suis Italien, j’ai fait mes études en Angleterre, j’ai été adopté par la France… et j’ai un fils, Vittorio, qui est français puisqu’il est né ici, à Caen, un vrai Normand (rires) ! Mais je vais rester sur la littérature française classique. J’aime beaucoup lire : Marcel Pagnol pour ses écrits sur la Provence, François-Marie Arouet (Voltaire) pour les Droits de l’homme, Aragon pour l’hymne à la femme… et je ne veux pas oublier Jean de La Varende et Jules Barbey d’Aurevilly, qui ont écrit de très belles choses sur les chevaux et sur la Normandie.

En quel animal /végétal aimeriez-vous vous réincarner ?

J’espère me réincarner plusieurs fois ! (rires) Alors pour mes trois prochaines vies, je choisis mes trois animaux préférés : l’aigle, pour la hauteur et l’esprit de liberté ; l’orque, un mammifère magnifique ; et l’âne, un animal très intelligent (contrairement à la réputation qu’on lui a faite), un animal travailleur… et têtu comme moi !