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Andrea Atzeni, petites jambes, tête froide, grand cœur

Courses - International / 29.09.2016

Andrea Atzeni, petites jambes, tête froide, grand cœur

Dimanche, dans le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), Andrea Atzeni sera associé à Postponed (Dubawi). Le 5ans entraîné par Roger Varian est le favori de la course chez les bookmakers. L’Italien s’est confié à son compatriote et ami Franco Raimondi à quelques jours de la course.

 

De la Sardaigne à l’Angleterre en passant par Sienne. Andrea Atzeni a fait un long chemin avec ses petites jambes, trop courtes pour lui garantir une carrière comme jockey dans le Palio, son rêve d’enfant. Il avait quitté son pays, Nurri, au cœur de la Sardaigne, pour retrouver un autre "Atzeni", Giovanni. Ce dernier avait rejoint l’écurie de Luigi Bruschelli – surnommé Trecciolino –, un des "patrons" de la place de Sienne. Rien à faire : trop petit, jambes trop courtes pour monter à cru…

Andrea Atzeni a pris alors la direction de l’écurie Botti mais, au moment de rentrer à l’école des jockeys de Pise, les cours furent annulés… Le garçon de Nurri a fini par poser ses valises en Angleterre, où il a réussi au deuxième essai l’examen pour entrer à l’école des jockeys. Il a obtenu sa licence sans bénéficier du moindre cadeau. Après neuf saisons dans la profession et maintenant âgé de 25 ans, il se retrouve à 2.400m de sa première possible victoire dans le Prix de l’Arc de Triomphe, en selle sur le favori, Postponed (Dubawi). Andrea Atzeni nous a expliqué au téléphone, alors qu’il se rendait à Salisbury : « C’est vraiment très triste que La Cressonnière ne puisse pas courir. C’est une championne et je comprends bien le sentiment de son entourage, de son jockey, Cristian Demuro. La Cressonnière, avec sa pointe de vitesse, était le principal danger pour Postponed. Mais, comme on dit : le malheur des uns fait le bonheur des autres. L’"Arc" est devenu plus simple sans elle, mais les grandes courses ne sont jamais gagnées d’avance. »

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Postponed, favori mathématique. Andrea a brûlé les étapes. Il montera le favori de l’"Arc" pour ce qui sera sa troisième tentative dans l’épreuve, alors que Lanfranco Dettori avait transformé l’essai avec Lammtarra en 1995, après sept voyages sur le dos de leaders et d’outsiders. Andrea n’avait que 4 ans quand son compatriote avait dominé l’"Arc" avec l’alezan. Les deux sont le jour et la nuit. Frankie est bouillant alors qu’Andrea est un glaçon. Quand il parle de son "Arc", il suit la logique : « Je suis sur le grand favori de la course et il ne faut pas être un génie pour faire le papier et sortir Postponed comme base. Il est le meilleur cheval d’âge de la saison, il est invaincu depuis plus de quatorze mois et a gagné les "King George", le "Sheema Classic", le Coronation Cup et les Juddmonte International Stakes. Il répète ses courses, il est dur et facile à monter. »

Côté adversaires, Andrea est très franc : « Found est une jument de classe, toujours redoutable, mais on l’a déjà battue à Epsom. Le japonais Makahiki n’a pas dû forcer son talent la dernière fois et il vaut beaucoup mieux que cela, mais je ne pense pas qu’il soit plus fort que Duramente, qui avait peut-être des excuses à Meydan, mais que Postponed a tout de même battu facilement. Je respecte Harzand comme double gagnant de Derby, mais mon cheval a plus de vitesse. Je suis sur le cheval que tous mes confrères voudraient monter et, d’après la météo, le terrain sera bon. C’est ce qu’il faut pour Postponed. »

Andrea Atzeni est un garçon simple, son idée paraît limpide comme de l’eau claire. Machiavelli ? Cherchez ailleurs! Son plan pour l’"Arc" est élémentaire : « Je ne dois pas "inventare l’acqua calda" [inventer l’eau chaude, comme on dit en Italie et en France, ndlr]. Mon travail est simple : je dois donner à Postponed un parcours propre et laisser parler la classe. C’est plus facile quand on est sur le cheval le plus fort et, sans vouloir la jouer "gros bras", mon cheval est le plus fort. Avec un outsider, il faut grignoter quelque chose par ici ou par là et vous ne sentez pas la pression. Dimanche, j’aurai une pression positive. J’aime les choses simples et je monterai simplement. »

Une saison parfaite. Postponed a eu un parcours simple et parfait depuis quatorze mois et pourtant, à l’approche de l’"Arc", il est quelque peu sous-évalué. Ascot, Meydan, Epsom et York… Quatre Grs1. Quel est le meilleur ? Andrea explique tout simplement: « À mon avis, il a réalisé sa plus belle course dans le Coronation Cup. Il a gagné de plus de quatre longueurs, sans un coup de cravache, et il a laissé loin une championne comme Found. »

Le dernier succès, dans les Juddmonte International Stakes, n’a pas été aussi brillant. Andrea Atzeni, tout en souplesse, partage avec nous son avis : « Il était prêt pour courir et pour gagner, mais il ne faut pas oublier qu’il courait sur 2.100m, alors qu’il est un vrai cheval de 2.400m. Il a fait son boulot : c’était exactement ce qu’on lui demandait. Postponed possède une grande qualité : il est capable de faire les choses de la plus simple des façons. Les écuries sont pleines de chevaux médiocres ou moyens, il y a aussi les bons et les très bons. Postponed est encore un étage plus haut : c’est un champion. Il est au top sur 2.400m, en bon terrain et avec un train soutenu, mais je pense aussi qu’il a la vitesse pour gagner sur 1.600m. Je n’ai pas beaucoup d’histoire derrière moi mais, quand j’étais gamin, Falbrav avait gagné de 1.600m à 2.400m au niveau Gr1. »

 

Inexpérimenté en France et à Chantilly… Et alors ? Dimanche, la "France tiercéiste" doit confier ses euros à un favori monté par un garçon qui ne compte que quatre victoires pour trente-neuf montes dans l’Hexagone. Andrea ne se casse pas la tête pour autant : « J’ai fait ma petite carrière en Angleterre et j’ai très peu monté en France. Le dimanche, quand chez nous il n’y a pas grand-chose, j’avais des montes en Italie ou en Allemagne, alors qu’en France c’était plus limité. J’ai gagné le "Foy" avec Postponed et le "Greffulhe" avec Sumbal, j’ai monté deux fois dans l’"Arc" et pris une quatrième place avec Kingston Hill. Mon approche est très humble. Je sais que les courses françaises sont très différentes des courses anglaises, mais l’"Arc" est une course internationale : le risque de se faire piéger par un manque de train est minime. »

L’"Arc" 2016 sera le premier et avant-dernier disputé à Chantilly. Un Prix de l’Arc de Triomphe spécial, donc… « Dans un monde parfait, j’aurais préféré le courir à Longchamp, mais Chantilly est une bonne piste et, sur 2.400m, je pense que le risque d’une fausse course est plus réduit que sur 2.100m. Il y a trois cents mètres en plus avant le tournant, donc plus de temps pour trouver une bonne place dans le peloton. Le train de course sera honnête : je ne me souviens pas d’"Arc" au galop de chasse. »

Et on revient donc à la tactique... Aucun jockey, même sous la torture, ne vous révélera ses plans. Avec simplicité, Andrea ne se cache pas : « Je suis confiant parce que Postponed est au top, sur sa distance et il a dans son répertoire tout ce qu’il faut. Un petit peu de vitesse, pour trouver sa place, c'est primordial dans un lot fourni comme celui de l'"Arc". Postponed est vite sur jambes, comme il l’a montré sur plus court à York. Autre bonne chose : c’est un battant et, dans un peloton assez fourni, il faut encaisser quelques coups et rester là, à sa place. »

 

La qualité avant la quantité. L’"Arc" est un grand tournant dans la carrière d’Andrea Atzeni. Le garçon a bien retenu sa leçon de mathématiques… « Dans le classement des jockeys je regarde avant tout la dernière colonne, celle sur la droite : les gains. Je suis là, troisième, derrière Ryan Moore et Lanfranco. Vous pouvez gagner 300 courses, mais ce qui compte, c'est de monter les bons chevaux, ceux qui gagnent les grandes courses, et de garder un "strike rate" efficace. C’est cela qui fait la différence à la fin de la saison et, quand vous avez beaucoup de gains, c’est parce que vous avez monté les bons chevaux. »

Andrea Atzeni, avec ses petites jambes, a fait un long chemin, mais il est resté le garçon qui rêvait du Palio. Il avait même décidé d’en organiser un à Nurri, son petit pays. Un jockey sponsor d’une course, un Palio, c’était une première ! Il raconte : « Malheureusement, un incendie a brûlé plus de mille hectares, y compris le terrain où on devait courir. Je ne pouvais pas monter mais j’aurais bien aimé le faire. Il ne faut pas oublier d’où on vient et si je peux donner un coup de main à mes amis, je le fais de tout mon cœur. Le rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, Nurri mérite d’avoir son Palio, pour sa passion ». Avec un grand cœur et des petites jambes, on peut faire un long chemin.

 

 

Andrea Atzeni en chiffres

4          Les victoires d’Andrea Atzeni en France, sur 39 montes. Il a remporté le Prix Foy avec Postponed et le Prix Greffulhe sur Sumbal.

647      Ses victoires en Angleterre. Sa saison record fut en 2014, avec 124 victoires. Au niveau des gains, ses chevaux ont dépassé les trois millions de livres sterling en 2014 et 2015, et ils sur le bon chemin cette année.

51        Ses victoires dans les courses de Groupe. La première est arrivée en Allemagne, le 21 octobre 2012, à Baden-Baden dans une épreuve du Défi du Galop, avec Seismos. Son premier Gr1, le Premio Lydia Tesio, remonte au 28 octobre 2012, avec l’allemande Sortilège. À partir de 2013, il a remporté au moins dix Groupes à chaque saison.

25        Ses victoires en Italie. La première a eu lieu à Pise, un 21 février, sur un certain Soglio, dans une épreuve du Ribot Cup, le tournoi pour jockeys qu’il a gagné deux fois. C’est en Italie qu’il a remporté son premier classique : le Derby, en 2013, sur Biz the Nurse.

2          Ses montes dans le Prix de l’Arc de Triomphe. En 2014, il avait terminé quatrième, en selle sur le lauréat du St Leger (Gr1) Kingston Hill. L’année dernière, il fut douzième sur l’outsider Spiritjim.

31        Les adversaires qu’il avait battus, en selle sur le favori, Darley Sun, dans le célèbre Cesarewitch, sa première victoire importante, le 17 octobre 2009 à Newmarket. Encore apprenti, il avait une décharge de trois livres.

2.188   Les habitants de Nurri, la commune dans le centre de la Sardaigne ou il est né le 26 mars 1991 et où il revient toujours pour fêter ses grandes victoires.