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AUX ORIGINES DE...  Et si In the Wings était le cheval préféré d'André Fabre ?

Élevage / 27.09.2016

AUX ORIGINES DE... Et si In the Wings était le cheval préféré d'André Fabre ?

AUX ORIGINES DE…

Et si In the Wings était le cheval préféré d’André Fabre ?

Par Adrien Cugnasse, journaliste à JDG

Dans la petite dizaine de chevaux dont la présence est confirmée au départ du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe 2016, deux sont issus d’In the Wings (Sadler´s Wells) : Savoir Vivre (Adlerflug) et Left Hand (Dubawi). La candidature de cette dernière prend du crédit après le retrait de La Cressonnière (Le Havre). Avant d’entrer au haras, leur ancêtre commun fut lui-même un grand cheval de course. À tel point qu’André Fabre a rebaptisé son équipe de polo à son nom…

L’équipe In the Wings. On a prêté la préférence d’André Fabre à plusieurs chevaux, comme Peintre Célèbre (Nureyev) ou Manduro (Monsun). Mais qui sait, parfois, on peut changer d’avis. Toutes les personnes qui pratiquent le polo connaissent l’enthousiasme du maître cantilien pour ce sport. Aussi, quand il choisit In the Wings pour nommer l’équipe qu’il dirige, cela ne peut pas être anodin. Et pour cause, des bons chevaux, il en a connu. Depuis ses débuts dans les sports équestres, en passant par sa carrière de gentleman-rider, puis d’entraîneur de sauteurs et enfin sa consécration en plat, André Fabre a croisé la route d’un très grand nombre de sujets sortant de l’ordinaire. Et pourtant, c’est In the Wings qu’il a choisi.

Un grand moteur dans une petite carrosserie. Petit (1,56m), mais bien fait, In the Wings a débuté sa carrière par une victoire au mois de juin de ses 2ans à Chantilly. Il a enchaîné par un succès à Deauville, dans le Prix du Haras de la Huderie (L). Un chip dans un genou l’a éloigné de la compétition jusqu’au mois de septembre de ses 3ans. Pour sa rentrée, l’élève et représentant du  cheikh Mohammed Al Maktoum s’est imposé dans le Prix du Prince d’Orange (Gr3), devant Mansonnien (Tip Moss). À l’occasion de la quatrième sortie de sa carrière, il s’est classé onzième du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1), une épreuve dont il faisait pourtant partie des favoris. Après presque sept mois sans compétition, il est revenu sur le devant de la scène à 4ans, pour ce qui fut la grande saison de sa carrière. Deuxième du Prix Ganay (Gr1) pour sa rentrée, il s’est ensuite imposé dans le Coronation Cup, le Grand Prix de Saint-Cloud et le Breeder’s Cup Turf (Grs1).

Un des premiers bons fils de Sadler’s Wells. S’il fut l’un des premiers très bons produits de Sadler’s Wells en piste, il fut également l’un de ses premiers fils à succès au haras. In the Wings a souvent donné des produits à son image. C’est-à-dire des sujets de classe mais peu précoces, qui exprimaient leur potentiel avec le temps et l’allongement des distances. Il a donc mis du temps à s’imposer. À partir des années 2000, ses books se sont étoffés et, dans le même temps, son prix de saillie a grimpé pour atteindre 60.000 € en 2004, l’année de sa disparition, à l’âge de 18ans. Il a donné une dizaine de lauréats de Gr1, dont Adlerflug, Soldier Hollow et Singspiel.

Photo : Left Hand portera les espoirs de Wertheimer et Frère dans l’"Arc"  

La réussite de Wertheimer et Frère avec le sang de Singspiel. Issu de deux géniteurs peu précoces, Singspiel a logiquement eu besoin d’un certain temps pour s’épanouir. C’est à 4 et 5ans qu’il a pris en son envol, en remportant les Juddmonte International Stakes, le Coronation Cup, les Canadian International Stakes et le Japan Cup (Grs1). En une dizaine d’années de monte, il a engendré une quinzaine de gagnants de Gr1. L’élevage Wertheimer et Frère a connu une certaine réussite avec le sang de Singspiel. Il leur a donné le champion Solow, quintuple lauréat de Gr1, mais aussi Balladeuse, la mère de Bilissie et de Left Hand. Cette dernière s’est imposée dans le Qatar Prix Vermeille (Gr1) et ses chances dans le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) sont très sérieuses.

À la conquête de l’Allemagne. Le sang d’In the Wings s’est fait une place de choix en Allemagne depuis le début des années 2000. Tout a commencé le 23 septembre 2001. Ce jour-là, le "Godolphin" Kutub (In the Wings) s’est imposé dans le Preis von Europa (Gr1). Quelques jours plus tard, en octobre 2001, lors des ventes Tattersalls, un yearling par In the Wings fut acheté par German International Bloodstock pour 75.000 Gns. Cet élève de Car Colston Hall Stud, c’était Soldier Hollow. Exporté en Allemagne, il a gagné deux courses à 2ans et s’est imposé dans un Gr3 à 3ans. À 4ans, il a gagné le Premio Roma (Gr1). Mais c’est à partir de 5ans qu’il s’est vraiment affirmé en piste. Il a notamment gagné le Grosser Dallmayr-Preis Bayerisches Zuchtrennen (Gr1) à deux reprises, et le Premio Roma (Gr1). Soldier Hollow a également battu Manduro (Monsun) dans le Prix Dollar (Gr2). Il s’est ensuite imposé comme un leader du parc étalon allemand, en produisant notamment Ivanhowe, triple lauréat de Gr1, l’étalon Pastorius, lui aussi triple gagnant à ce niveau, dont le Prix Ganay (Gr1) devant Maxios XX (Monsun) et Dunaden (Nicobar). Son porte drapeau actuel est Serienholde, qui a gagné l’édition 2016 des Oaks allemandes. Soldier Hollow a débuté sa carrière d’étalon à 6.500 € la saillie, avant de monter à 15.000 € en 2015. Il est private cette année.

Photo : Ivanhowe, un des meilleurs produits de Soldier Hollow, entraîné par Jean-Pierre Carvalho

Faire saillir à l’étranger, une nécessité. Aller faire saillir à l’étranger n’est pas un choix pour les grands élevages allemands. C’est une nécessité. Après la première guerre mondiale, les finances du pays n’ont plus permis d’importer régulièrement des chevaux du calibre de Dark Ronald (Bay Ronald), Ard Patrick (St Florian), Chamant (Mortemer) ou Nuage (Simonian). Dès lors, deux solutions s’offraient aux Allemands : utiliser les meilleurs étalons produits localement (Monsun, Königsstühl…) ou aller faire saillir à l’étranger. C’est la conjugaison de ces deux méthodes, plus que l’importation de sires meilleurs marchés, qui fit le succès de l’élevage germanique. Il y a un siècle, des juments allemandes traversaient déjà les frontières pour aller à la saillie des meilleurs étalons anglais (Tudor Minstrel, Nearco, Owen Tudor…), français (Tantième, Tanerko, Wild Risk, Sicambre…) ou italiens. Plus récemment, en 2003, suite aux succès de Soldier Hollow et Kutub, le Gestüt Schlenderhan a envoyé Aiyana (Last Tycoon), une jument de la famille d’Allegretta (Lombard), à la saillie d’In the Wings. C’est ainsi qu’Adlerflug a été conçu.

Adlerflug prend son envol. Adlerflug, littéralement "Aigle volant" en français, semble prendre son envol cette année. Il n’était pas le plus attendu des participants de l’édition 2007 du Derby allemand (Gr1) et il s’est pourtant nettement imposé dans cette épreuve (officiellement de sept longueurs). Le poulain a ensuite remporté le Deutschland-Preis (Gr1). La dernière sortie de sa carrière fut une proche troisième place dans le Prix Ganay (Gr1) de Vision d’État (Chichicastenango). Au haras, son prix de saillie n’a pas bougé depuis ses débuts, à 5.500 €. Sa première génération, née en 2001, comptait Ito (Grosser Preis von Bayern, Gr1). En 2016, les choses semblent s’accélérer : Moonshiner (Adlerflug) s’est imposé dans le Prix de Lutèce (Gr3), Iquitos, dans le Longines Grosser Preis von Baden (Gr1) et Meergörl, dans le Diana-Trial (Gr2). Gambissara a aussi pris la deuxième place des Oaks d’Italie (Gr2). Enfin, Savoir Vivre, deuxième du Derby allemand (Gr1), a gagné le Grand Prix de Deauville (Gr2) et vise le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

De la tenue et l’aptitude au souple. Jean-Pierre Carvalho est installé en Allemagne, où il entraîné un certain nombre de descendants de Soldier Hollow et Adlerflug. Il nous a expliqué : « Ce sont deux étalons assez différents mais ils sont les deux meilleurs à faire actuellement la monte en Allemagne.On peut dire, je pense, qu’ils sont tous les deux des très bons reproducteurs. Ce n’est pas très surprenant, mais ils produisent des chevaux qui ont de la tenue et qui vont dans le souple. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont moins à l’aise en bon terrain. Les descendants de Soldier Hollow sont souvent plus précoces que les "Adlerflug". On en voit à 2ans. Les produits d’Adlerflug sont souvent tardifs, mais ils ont une vraie pointe de vitesse. On trouve une réelle diversité de personnalités et de comportements dans la production d’Adlerflug. Les "Soldier Hollow" sont souvent gentils et maniables, mais j’ai un faible pour les "Adlerflug", car il faut savoir les comprendre. Par ailleurs, Adlerflug se rapproche lui-même du croisement qui a donné Galileo, c’est-à-dire le sang de Sadler's Wells (Northern Dancer) sur la famille d’Allegretta (Lombard). »

Photo : Jean-Pierre Carvalho et Savoir Vivre, son partant dans l’"Arc" 2016