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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

International - Élevage / 27.09.2016

Felipe Hinojosa, d'Heshem à Milagro en passant par l'Angleterre et l'Irlande

Felipe Hinojosa, d’Heshem à Milagro en passant par l’Angleterre et l’Irlande

Heshem (Footstepsinthesand) a remporté l’édition 2016 du Prix Eugène Adam (Gr2) avec la manière. À cette occasion, il a mis en avant l’une des structures d’élevage de Felipe Hinojosa, la yeguada de Milagro, en Espagne. Le Madrilène possède également Loughtown Stud à Kildare, en Irlande. Il a revendu Chevington Stud à Newmarket, en Angleterre, en 2012. Propriétaire bien connu en France, notamment chez Carlos Laffon-Parias, Felipe Hinojosa connaît une année extraordinaire en tant qu’éleveur avec Heshem, First Selection (Diktat) ou encore Noozhoh Canarias (Caradak) et la mère de The Gurkha (Galileo). L’éleveur nous a accordé une interview exclusive au cours de laquelle nous avons évoqué Heshem, ses choix de croisements, ses différents haras et le futur des courses espagnoles.

HESHEM OU LE BUT DE TOUT ÉLEVEUR

Jour de Galop. – Comment avez-vous vécu la victoire d’Heshem dans le Prix Eugène Adam, le 17 juillet à Maisons-Laffitte ?

Felipe Hinojosa. – Un cheval qui atteint le niveau black type est la plus belle des récompenses pour toute personne qui s’oriente vers l’élevage de pur-sang.

Pourquoi avoir choisi Footstepsinthesand pour Doohulla?

C’est un étalon qui a une lignée maternelle de grande qualité. L’association de Nijinsky et Blushing Groom connaît une belle réussite. Cela me paraissait compatible avec Doohulla. D’autre part, Foostepsinthesand est un étalon avec une descendance de qualité. C’est un reproducteur intéressant à un prix attractif.

Comment était Heshem dans son comportement et son physique quand il était à l’élevage?

Heshem est né à Loughtown Stud, à Kildare, en Irlande. Cette structure était alors dirigée par mon manager, David Noughton, récemment disparu. Dès le debut, David a trouvé en Heshem un cheval supérieur aux autres. Surtout du point de vue de sa conformation physique. Il était fort et athlétique. Je ne me rappelle pas qu’il m’ait parlé de son caractère et je ne crois pas qu’il ait présenté des difficultés à ce niveau.

Que vous reste t-il de la famille d’Heshem?

J’ai vendu Doohula et il me reste sa fille Clunia (Silent Times) qui a été la meilleure pouliche de sa génération en Espagne. J’ai présenté avec Jamie Railton une fille de Clunia, par Peintre Célèbre, lors de la vente de yearlings de Baden-Baden 2015. Le frère utérin d’Heshem et propre frère de Xanadou, également par Peintre Célèbre, est au catalogue de cette vacation en 2016.

Comment aviez-vous acheté Doohulla?

Je l’ai achetée pour 50.000 guinées lors de la vente à l’entraînement organisée par Tattersalls en 2005.

DEHESA DE MILAGRO, LE MEILLEUR HARAS ESPAGNOL

Combien de poulinières possédez-vous ?

En 2016, j’ai fait saillir quinze poulinières qui m’appartiennent.

Comment choississez-vous vos croisements ? Allez-vous en majorité à vos étalons Caradak et Pyrus ? Comment décidez-vous d’aller à des étalons étrangers ?

Je n’ai pas un critère unique pour le choix d’un étalon. Si vous voulez élever un bon athlète, le plus logique est d’aller à des étalons confirmés qui ont amélioré la qualité de la production des juments qu’ils ont saillies. Il n’y a pas beaucoup de statistiques qui mesurent cette qualité. Et celles qui la mesurent bien ne le font qu’à partir du moment où un étalon à déjà plusieurs générations en âge de courir.

D’autre part, les nouveaux étalons sont très commerciaux et peuvent représenter une bonne affaire. Il y a tant de hasard dans une combinaison génétique d’un cheval que cela ne rend pas plus sûr les deux méthodes. Mais personnellement, j’aime les étalons issus de mères qui ont pris du black type et donné des chevaux black types.

En 2016, nous avons fait saillir trois de mes quinze poulinières par les étalons de Milagro. Je considère l’élevage de pur-sang comme quelque chose d’unique, mais au niveau national, je ne lui vois pas beaucoup de sens. Peut-être pourrait-on disiser les coûts en fonction des continents. Nous surmonterons tout cela le jour où nous adopterons l’insémination artificielle. Avec une régulation inteligente, il est posible de trouver des accords et d’approfondir cette méthode qui n’apportera alors que des avantages.

Quels sont les meilleurs chevaux élevés à Milagro ?

Je souhaite créer un registre des chevaux de qualité élevés chez nous suivant leur année de naissance et je ne veux pas le limiter à mon activité en Espagne. J’inclurai donc les chevaux nés en Irlande, à Loughtown Stud, et en Angleterre, à Chevington Stud et Newmarket. Mais aussi ceux que nous avons élevés pour des clients, par exemple First Selection, élevé par Gonzalo Ussía, ou Noozhoh Canarias, un élève des frères Bolanos. Il faut aussi ajouter le récent succès de Chintz, qui a gagné un Gr3 en 2008 au Curragh et dont le fils, The Gurkha, a gagné la Poule d’Essai des Poulains (Gr1) cette année devant First Selection.

Comment est née Dehesa de Milagro ?

Je souhaitais investir dans des exploitations agricoles et j’ai eu l’opportunité d’acheter la Dehesa de San Juan à Milagro, en Navarre. C’est une propriété de qualité que nous avons agrandie avec des terrains dédiés à la culture de fruits. José Hormaeche, qui élevait des chevaux en Angleterre, a transféré son activité en Espagne en 2005, lorsque le gouvernement espagnol a décidé de rouvrir l’hippodrome de la Zarzuela à Madrid. Et nous avons choisi de nous associer pour exploiter chacun une partie de Milagro avec nos poulinières. Nous pensions qu’enfin, notre pays allait retrouver une filière hippique de qualité. Malheureusement, cela ne s’est pas passé ainsi. Et durant les onze dernières années, les dirigeants des courses en Espagne ont continué à laisser baisser le niveau des courses. José Hormaeche et moi-même avons séparé nos activités lorsqu’il a décidé de soutenir les dirigeants actuels.

Comment répartissez-vous vos poulinières sur vos différentes opérations d’élevage ?

J’ai décidé d’oublier le marché espagnol pour le moment, bien que je garde espoir que la nouvelle administration publique qui gouvernera l’Espagne saura corriger le travail négatif de ces onze dernières années.

Comment décidez-vous d’envoyer vos chevaux aux ventes françaises, anglaises, allemandes ou espagnoles ?

En 2015, je n’ai pas tenté de vendre en Espagne et ne le ferai pas non plus en 2016. J’ai réduit le volume de chevaux que nous présentons en vente avec Jamie Railton et je ne déplace plus de personnel. Nous décidons avec Jamie quels chevaux vont à quelles ventes avec les personnes des différentes agences de ventes qui se déplacent pour voir les chevaux.

Comment avez-vous eu Caradak et Pyrus à Milagro ?

C’est grâce à des initiatives réussies de José Hormaeche qu’ils sont arrivés à Milagro.

Comment voyez-vous le futur des courses et de l’élevage en Espagne ?

Il y aura un avenir pour les courses espagnoles seulement si les autorités changent leur manière de voir les choses. Le financement des courses doit passer par les paris extérieurs et ils doivent être exploités par des entreprises privées et compétentes. L’argent doit revenir au secteur pour aider les hippodromes, l’élevage et aussi pour financer l’organisme régulateur des courses. Tout cela doit être administré par le Jockey Club et non par l’hippodrome de Madrid, qui est financé par une société d’État (Sepi). Le Jockey Club doit être formé par des éleveurs, propriétaires et des associés à titre personnel et par des syndicats formés par ces personnes. Et l’administration publique doit être correctement représentée par le Jockey Club.

Quels sont les projets concernant Milagro ?

Nous souhaitons continuer d’élever en prenant du plaisir à le faire.

Quels sont les critères pour choisir un étalon qui va faire la monte en Espagne ?

La première chose à faire est d’attendre qu’il y ait un marché qui vous permettra d’amortir l’achat d’un étalon. La précocité et la vitesse sont deux choses dont on ne peut se défaire si l’on veut un étalon, mais cela vaut partout dans le monde. Sans la précocité et la vitesse, il n’y a pas de classe et de qualité. Peut-être que la performance qui m’attire le plus pour un étalon est est une victoire sur 1.600m en début d’année de 3ans ("Guinées", "Poules").

Est-ce un handicap d’élever en Espagne?

Oui c’est un handicap. L’offre d’étalons est pauvre et vous devez faire voyager vos poulinières plus loin et plusieurs fois dans d’autres pays, sans pouvoir récupérer les frais investis sur le marché intérieur. Mais d’un autre côté, notre hiver est meilleur que dans le nord de l’Europe.

Quel est votre métier?

Je travaille dans la culture et la distribution de fruits, mais aussi dans l’élevage de bovins pour la viande.