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Jour de Galop

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Élevage / 27.09.2016

Histoire, histoires… : Miss Dan, une fille du sud-ouest qui aimait la Normandie

HISTOIRE, HISTOIRES…

Miss Dan, une fille du Sud-Ouest qui aimait la Normandie

Lors de sa première réunion du mois d’août, l’hippodrome de Clairefontaine rend hommage à une pouliche nommée Miss Dan. Le Prix Miss Dan (D) est un handicap pour 3ans couru le 1er août. Cette fille de Dan Cupid a gagné le Grand Prix de Deauville au début des années 1970, pour le compte du député Aymar Achille Fould. Outre son succès à Deauville, elle s’était montrée à son avantage dans le Prix Vermeille, dans le Prix de l’Arc de Triomphe et à l’étranger.

Xavier Bougon a consacré toute sa vie aux courses, cultivant sa passion pour l’histoire de notre sport, en complément de ses activités professionnelles dans le cadre de l’Institution. Depuis le mois de janvier 2016, il vous propose une rubrique régulière consacrée à l’histoire des courses.

Dan Cupid, le père de Sea Bird. En piste, le fait d’armes de Dan Cupid fut une deuxième place dans le Prix du Jockey Club, à une encolure d’Herbager. Au haras, il a acquis son titre de gloire en étant le père de Sea Bird dès sa première année de monte.

La mère de Miss Dan appartient à une vieille souche française. Cette famille est longtemps restée en sommeil, mais elle s’était réveillée dans le Sud-Ouest, au haras d’Ibos, près de Tarbes. Cette structure était la propriété, depuis 1832, d’une famille de banquiers et de politiciens, la famille Fould, devenue Achille Fould. Pour retrouver son ascendance tarbaise, il faut remonter à La Jarretière (Perplexe), née en 1884, qui fut la dauphine de la championne Bavarde dans le Prix de Diane, après avoir enlevé le Prix de la Salamandre à 2ans, à Chantilly, pour les couleurs du baron Arthur de Schickler. Entraîneur particulier à Chantilly depuis 1878, William Webb avait également fait triompher son frère cadet, Le Justicier, lors d’une des premières éditions des Eclipse Stakes à Sandown.

Mortagne, la matrone. De la descendance de La Jarretière figure notamment Mortagne (Prince Eugène). Née en 1921, elle fut achetée à l’amiable 6.000 francs par William Webb, pour le compte du député-maire Armand Achille Fould. Précédemment, elle avait été retirée 7.000 francs par son éleveur, le comte Maurice des Monstiers-Mérinville (Haras de la Bourdaisière, dans l’Indre-et-Loire). C’est donc à partir de l’année 1922 que cette famille fit son entrée dans l’effectif de l’élevage familial des Achille Fould.

Très prolifique, Mortagne donnera nombre d’excellents chevaux, dont la plupart se sont distingués dans le Sud-Ouest. On pensera notamment à Marboré (Derby du Midi, 1931). Certains d’entre eux ont également tenté leur chance en région parisienne, tels que Marchenoir (Grand Steeple-Chase d’Enghien 1939 pour Arthur Veil-Picard).

Mortagne a aussi donné des filles, parmi lesquelles Morkande (1934 Ksar), gagnante à 3ans, sous l’entraînement de Gabriel Faucon, de la Poule d’Essai de Pau, de la Poule de Produits à Bordeaux et qui s’était classée deuxième du Grand Prix de Biarritz de son compagnon d’écurie, Silky. Au haras, cette dernière donnera naissance notamment à Morkandor (Dadji), vainqueur du Prix de l’Espérance et deuxième du Prix du Lys. Morkande a également donné Mormyre (Atys).

Du Sud-Ouest à Epsom. Entraînée par James Crockett, Mormyre s’est imposée à 2ans dans le Grand Critérium de Bordeaux, montée par Armand Dibos. À 3ans, elle s’est inclinée face à une élève de Paul Duboscq, Sylvicola, dans l’édition 1949 du Derby du Midi. Mormyre deviendra la gloire de l’élevage Achille Fould en mettant au monde l’une des meilleures pouliches de l’après-guerre, Monade. Lors d’une vente de yearlings à Saint-Cloud, l’important propriétaire grec, George Peter Goulandris – l’oncle de Lady O’Reilly – fit l’acquisition de cette fille de Klairon pour 25.000 francs. Entraînée à Maisons-Laffitte par Joseph Lieux, Monade débute par une deuxième place dans le Prix Yacowlef de Prudent. À 3ans, sous la monte de Maurice Larraun, elle s’est imposée dans les Prix Imprudence et Pénélope. Mais c’est surtout son succès dans les Oaks d’Epsom, sous la monte d’Yves Saint-Martin, qui la fait entrer dans le Gotha hippique, malgré des conditions de transport mémorables. À l’automne, elle enlève le Prix Vermeille, avant de s’incliner dans le Prix de l’Arc de Triomphe, face à Soltikoff. Monade a ensuite remporté La Coupe de Maisons-Laffitte, le Prix de Pomone et a fait l’arrivée des Prix Ganay, Jacques Le Marois (deux fois) et d’Ispahan. Elle fut vendue à Robert C. Kleberg, un Américain élevant à King Ranch Farm, dans le Kentucky. Aux États-Unis, la descendance de Monade, qui compte nombre de black type, est encore bien vivante.

De Miraloma à Miss Dan. Outre Monade, Mormyre a heureusement donné deux autres bonnes femelles, Miraloma (1954, Clarion) et Beychevelle (1964, Right Royal). Entraînée par Étienne Pollet, Beychevelle débute dans le Prix Saint-Roman, où elle prendra la troisième place. Pour sa rentrée, elle atomise ses adversaires (huit longueurs) dans le Prix de Chaillot, à Longchamp. Cette performance lui ouvre les portes du Prix de Diane où elle ne fera qu’illusion. Miraloma s’est classée deuxième du Prix de Flore et du Prix de l’Élevage, sous la coupe de Philippe Lallié. Elle s’est ensuite contentée de la quatrième place des Prix Fille de l’Air et Cléopâtre. Elle donnera naissance ensuite à Miss Dan. La fille de Dan Cupid fut élevée par Armand Achille Fould. Ce dernier avait pris la suite de son père à la tête du haras, en 1919. L’ancien ministre et député décède le 14 octobre 1969, deux jours après les débuts de sa pouliche à Compiègne, où elle prendra la deuxième place du Prix de la Mariole, une épreuve pour inédites. Elle était entraînée par Philippe Lallié, le président de l’association des entraîneurs. Natif du Pin au Haras, le Cantilien était le petit-fils d’un officier de cavalerie et fils d’un officier des Haras, en poste notamment au Pin au Haras et dans le Sud-Ouest.

Trois semaines plus tard, Miss Dan enlève, sous la monte d’Alfred Gibert, le Prix Zariba, un maiden à Saint-Cloud pour les couleurs plus que centenaires – casaque rayée blanc et lilas – d’Aymar Achille Fould, fils de l’éleveur.

Souvent battue à un haut niveau à 3ans. Miss Dan fait sa rentrée à 3ans sur 2.000m, à Saint-Cloud, dans une épreuve remportée par Dictus. Après un passage par le Prix Cléopâtre, dominée par Péronelle (élevée par Claude Guerlain), elle écrase ses adversaires du Prix Fille de l’Air – couru à l’époque en juin – dominant quelques aînées dont une certaine Schönbrunn. En fin de meeting de Deauville, Miss Dan est nettement dominée par Santa Tina dans le Prix de Pomone. Cette pouliche s’était récemment imposée dans les Irish Oaks, montée par Lester Piggott. C’est ensuite l’heure du Prix Vermeille où Miss Dan est battue tout à la fin par Highest Hopes (deuxième du Prix de Diane) qui gagne dans un temps record (un record qui ne fut battu que vingt ans plus tard). Au départ du Prix de l’Arc de Triomphe, elle est la seule pouliche de 3ans. Montée par Jacky Taillard, elle n’y sera devancée que par le duo Sassafras - Nijinsky. Miss Dan terminera sa saison par une deuxième place dans le très international Washington D.C., couru à Laurel Park, en terrain extrêmement lourd. Elle ne peut rien contre la supériorité du cheval de l’année aux États-Unis, Marcy, propriété de Rokeby Stable (Paul Mellon). Pour l’anecdote, Irish Ball, autre pensionnaire de Philippe Lallié, y terminera deuxième l’année suivante de Run the Gantlet.

Elle domine le meeting de Deauville à 4ans. Son année de 4ans débute par une deuxième place dans le Prix d’Harcourt de Caro (vainqueur ensuite du Prix Ganay). Elle dominera ensuite, en début de meeting de Deauville, le Prix Kergorlay, suivi, en fin de meeting, d’une victoire dans le Grand Prix de Deauville. Ce succès lui ouvre les portes du Prix de l’Arc de Triomphe disputé en présence du président Georges Pompidou. Dans le sprint final, elle ne peut rien contre la domination de Mill Reef (battant pour l’occasion le record de l’épreuve) suivi, dans l’ordre d’arrivée, de Pistol Packer, Cambrizzia, Caro et Hallez.

La carrière de Miss Dan se termine par une troisième place dans le Preis von Europa (disputé à l’époque après l’épreuve reine de Longchamp) remporté par l’élève du Gestüt Schlenderhan, un certain Lombard (le père de mère d’Urban Sea). Nous n’évoquerons pas sa carrière au haras, tant elle n’a rien de commun avec celle sur la piste.