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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Courses - Élevage / 27.09.2016

La grande interview – serge boucheron, un éleveur béni des dieux

LA GRANDE INTERVIEW

Serge Boucheron, un éleveur béni des dieux

Signs of Blessing (Invincible Spirit) – littéralement des signes de bénédiction – a remporté avec la manière le LARC Prix Maurice de Gheest (Gr1), ce dimanche à Deauville. Après Naaqoos (Oasis Dream) en 2008, il est le deuxième élève de Serge Boucheron à remporter un Gr1 en l’espace de huit ans. Rencontre avec un éleveur "béni des dieux".

Photo : La victoire de Signs of Blessing dans le LARC Prix Maurice de Gheest

Un don du ciel. « C’est fabuleux. Signs of Blessing est un don du ciel. Pour un éleveur comme moi, qui ne fait saillir qu’une poignée de juments chaque année, c’est fantastique de gagner un Gr1. Mais gagner deux Grs1 en huit ans, c’est incroyable. Les grands éleveurs vont aux meilleurs étalons et ils ont des mères lauréates de Groupe. La concurrence à ce niveau est extrêmement forte. Je regrette simplement de ne pas avoir été présent lors de sa troisième place dans les Diamond Jubilee Stakes (Gr1) à Royal Ascot. J’espère avoir l’occasion de le voir courir en Angleterre. Au départ, mes ambitions étaient beaucoup plus humbles. J’ai démarré un élevage plutôt local et petit à petit, tout cela a évolué. Pour durer dans le temps, il faut essayer de s’adapter aux exigences du marché. C’est en essayant de produire à bon niveau que l’on peut s’en sortir. »

Photo : Serge Boucheron

Un premier Groupe en 1999. « Mon activité dans les courses a démarré il y a vingt-cinq ans. J’ai toujours beaucoup aimé les chevaux mais aucun membre de ma famille n’était dans ce milieu. Au départ, j’élevais pour faire courir sous mes couleurs. C’est un ami, qui était aussi un bon éleveur, qui m’a donné le goût du sport hippique. Avec cet ami, Henri Baudouin, nous avions fait naître Kadouville (Kaldoun), à partir d’une jument qu’il avait lui-même coélevée. Kadouville a gagné cinq courses et elle s’est classée troisième du Vase d’Argent à Toulouse. Au haras, elle nous a donné huit gagnants, dont Kadance Ville (Fabulous Dancer), qui fut le premier bon cheval à porter ma casaque. Cette dernière a remporté Prix André Baboin (Gr3) et la Coupe du Fonds Européen de l'Élevage (L), sous la férule de Jean-Claude Rouget. Depuis cette époque, je suis un fidèle de cet entraîneur. Actuellement je n’ai plus de chevaux à l’entraînement, mais j’aimerais renouer avec le propriétariat et retrouver ces sensations. Cet automne, je souhaiterais lui envoyer un, voire plusieurs yearlings. »

La création d’un haras. « Dans un premier temps, les chevaux n’étaient qu’un loisir, en parallèle de mon activité professionnelle [Serge Boucheron a dirigé une entreprise d’import-export qui collecte actuellement plus de 100.000 tonnes de céréales par an, ndlr]. Suite à la cession de mon entreprise, j’ai consacré plus de temps aux chevaux. Pendant une quinzaine d’années, j’ai exploité le haras des Crouas, une ancienne ferme [à Lublé, entre Tours et Angers, ndlr] Nous avons eu jusqu’à 150 chevaux, dont une grande partie appartenait à des clients. »

Un passage chez les sauteurs. « Au départ, j’ai également élevé des AQPS et des chevaux d’obstacle, dont Chant Royal (Garde Royale). Il avait un pedigree superbe : Garde Royale et la sœur de Cadoudal. Ce cheval s’est classé troisième du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), derrière Al Capone (Italic) et Mandarino (Trempolino). C’était un grand moment. L’année précédente, il s’était imposé dans le Prix du Président de la République. Malheureusement je n’ai pas pu garder cette famille après avoir perdu la mère. J’avais également acheté l’étalon Agent Bleu (Vacarme), avant d’en céder la moitié au père d’Éric Hoyeau, mais je n’ai jamais eu d’étalon dans ma propre structure. Nicolas de Lageneste était également impliqué dans ce cheval et Agent Bleu a produit quelques bons chevaux dans le Centre. Il a notamment donné Line Marine, qui avait remporté le Grand Steeple-Chase de Paris. »

Photo : Chant Royal à Auteuil

Un terrien qui élève "sans sol".  « Au bout d’un moment, la gestion du personnel s’est révélée pesante. J’ai donc décidé de réduire ma jumenterie et d’élever au haras du Mézeray, en essayant de me concentrer sur des origines de qualité. Marc-Antoine Berghgracht me conseille. Il m’aide à choisir les croisements et les juments. Ces dernières sont le plus souvent achetées à Newmarket. Je fais saillir entre trois et cinq juments tous les ans. C’est très peu, mais nous avons eu le bonheur d’avoir deux lauréats de Gr1 en l’espace de huit ans, alors qu'il s'agit d'une des catégories dans lesquelles, naturellement, la concurrence est très forte. J’essaye d’aller vers les origines où il y a de la vitesse. Par goût d’une part, mais aussi car cela correspond à la demande des acheteurs. C’est un critère de production, et j’en tiens compte dans le choix des juments et dans les croisements. Être éleveur sans sol, c’est complètement différent de ce que j’avais connu auparavant. Il faut s’y habituer. Au départ ce n’est pas forcément facile quand on a commencé à élever chez soi. Mais j’ai de bonnes relations avec monsieur de Moussac. Nous pouvons aller voir nos chevaux quand nous voulons. Le personnel du haras du Mézeray sait nous mettre à l’aise. Cela compense la distance avec les chevaux. Nous avons beaucoup de plaisir à suivre l’évolution des poulains. Et ce d’autant plus que c’est toujours un véritable challenge quand on essaye de faire les choses bien. Nous avons par exemple utilisé Frankel et Sea the Stars. »

L’achat de la mère de Signs of Blessing. « Lors des achats de poulinières, le pedigree puis le modèle priment. Il est très difficile d’acheter des juments ayant des performances. J’acquiers donc souvent des femelles n’ayant pas couru. Je me souviens très bien de l’achat de Sun Bittern (Seeking the Gold), la mère de Signs of Blessing. Nous l’avons acquise en décembre 2008, pleine de Pivotal. C’était l’année où il fallait acheter. Nous étions attirés par le pedigree mais c’était aussi une très belle jument. Elle est encore à la reproduction. Dans quelques jours, le haras du Mézeray présente la propre sœur de Signs of Blessing aux ventes chez Arqana. Sun Bittern est non suitée en 2016 et a été saillie par Muhaarar. La mère du gagnant de l’édition 2016 du Prix Maurice de Gheest (Gr1) est donc pleine du lauréat de l’année précédente de cette même épreuve ! C’est un croisement très plaisant. »

Photo : La victoire de Barastraight dans le Prix La Force sous les couleurs de Serge Boucheron

Straight Lass, la jument d’une vie. « Straight Lass (Machiavellian) restera l’un des chevaux marquants de ma carrière d’éleveur. Je me souviens très bien de son achat. C’était en 2003, à l’occasion de l’un de mes premiers voyages à Newmarket. Marc-Antoine Berghgracht et moi-même avions été conquis au rond de présentation. C’était une peinture. Elle était magnifique. Mais nous n’étions pas seuls et il avait fallu batailler pour l’avoir. Elle n’avait jamais couru mais son papier était très bon. Sa mère était placée de Listed et sa deuxième mère avait remporté les 1.000 Guinées (Gr1) d’Irlande. Si on remonte un peu plus loin dans le pedigree, c’est notamment la famille de plusieurs très bons chevaux de course, comme Youmzain (Sinndar) ou Pilsudski (Polish Precedent). Straight Lass, c’est un rêve de jument, elle m’a donné trois black types, Naaqoos, Barastraight et Sizing Stars (Sea the Stars). Son 2ans par Frankel est à l’entraînement chez André Fabre et elle est suitée d’Invincible Spirit. Elle est pleine de Siyouni. Je pense qu’elle n’a pas fini de nous faire plaisir. »

De Naaqoos à Barastraight. « Naaqoos (Oasis Dream) a gagné le Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1) en 2008. Il n’a pas été un grand étalon mais il avait alors battu le record du toboggan à Longchamp. Son frère Barastraight (Barathea) a été vendu 90.000 euros au Hong Kong Jockey Club alors qu’il était yearling en août 2008. Mais il m’a été rendu car il tiquait. Je l’ai donc placé à l’entraînement chez Jean-Claude Rouget et il est resté invaincu jusqu’à la fin du mois d’avril de ses 3ans. Sous mes couleurs, il a remporté le Prix La Force (Gr3). J’étais encore associé sur lui lorsqu’il a couru le Prix du Jockey Club (Gr1), avec la casaque de Matthias Keller. J’ai ensuite revendu ma part et le cheval a poursuivi sa carrière en France et aux États-Unis pour le compte de son propriétaire américain. Il est revenu dans l’Ouest pour sa carrière de reproducteur. Barastraight officie au haras des Sablonnets. »

Photo : Naaqoos a offert un premier Gr1 à Serge Boucheron

Une jumenterie de qualité. « En 2007, Jean-Claude Rouget m’avait acheté deux yearlings aux États-Unis, Fair West (Gone West) et Pegase Hurry (Fusaichi Pegasus). À cette époque, le taux de change du dollar nous était favorable. J’ai revendu Fair West et conservé Pegase Hurry à l’élevage. Elle a bien produit. Ses deux premiers poulains ont gagné, le meilleur étant Mind that Boy (Acclamation), lauréat du Prix de Louviers-en-Auge (B), avant d’être exporté. Il courait sous les couleurs de Pandora Racing, l’entité de Tony Forde, qui est l’un des copropriétaires de Signs of Blessing. J’ai de bonnes relations avec Tony Forde. Il aime bien m’acheter des chevaux ! Le propre frère de Mind that Boy devrait passer aux ventes en octobre, un gros rhume ayant retardé sa préparation pour le mois d’août. Actuellement, j’ai quatre poulinières à la reproduction : Straight Lass, la mère de Naaqoos, Sun Bittern, la mère de Signs of Blessing, Lucrèce (Pivotal), la sœur utérine de Signs of Blessing, et Reprint (Nayef). J’ai acquis cette dernière en décembre 2015 chez Arqana. Elle n’a pas couru mais sa mère a produit Sasparella (Shamardal), une lauréate du Prix Eclipse (Gr3). Sa deuxième mère est la célèbre Occupandiste (Kaldoun), une grande poulinière de l’élevage Wertheimer & Frère. »

Plusieurs décennies au service la filière. « Je suis président d’honneur de l’hippodrome de Durtal, qui n’est pas très loin de chez moi. J’y ai consacré beaucoup de temps. J’ai également été vice-président de cette société de courses pendant une quinzaine d’années. Cet autre aspect des courses m’intéresse énormément. Pendant une vingtaine d’années, j’ai fait partie du Syndicat des éleveurs, dont j’ai intégré le Bureau. Sous la présidence de Jean-Luc Lagardère, j’ai également fait partie du Comité de France Galop. »

LES MEILLEURS ÉLÈVES DE SERGE BOUCHERON (*)

- CHANT ROYAL - né en 1992, par Garde Royale & Chantocelle, par Carwhite

Prix du Président de la République (Gr3) & 3e Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1)

- FABULEUX VERMAND - né en 1992, par Fabulous Dancer & Marie de Vermand, par Sanctus

2e du Critérium du Languedoc (L)

- KADANCE VILLE - née en 1995, par Fabulous Dancer & Kadouville, par Kaldoun

Coupe du Fonds Européen de l’Élevage (L) & Prix André Baboin (Gr3)

Prix des Sablonnets (L)

- AL NOWHERE - né en 1995, par Exit to Nowhere & Flyaway Bride, par Blushing Groom

Prix Denisy (L)

- PRINCE POWHATAN - né en 1996, par Hero's Honor & Wish for Diamonds, par Lyphard's Wish

Prix des Sablonnets et Prix du Point du Jour (Ls)

- SIZING STARS - né en 2001, par Sea the Stars & Straight Lass, par Machiavellian

3e du Prix de l'Avre (L)

- BARASTRAIGHT - né en 2003, par Barathea & Straight Lass, par Machiavellian

Prix La Force (Gr3), 3e Prix Guillaume d'Ornano (Gr2)

- NAAQOOS - né en 2006, par Oasis Dream & Straight Lass, par Machiavellian

Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1)

- GUEST VILLE - né en 2006, par Highest Honor & Kadance Ville, par Fabulous Dancer

2e Prix Noailles (Gr2)

- LORD OF GRACIE - né en 2009, par Oratorio & La Horquela, par Acatenango

2e Grand Prix de Marseille (L), 3e Grand Prix de Compiègne et du Prix Max Sicard (Ls)

- SIGNS OF BLESSING - né en 2011, par Invincible Spirit & Sun Bittern, par Seeking the Gold

LARC Prix Maurice de Gheest (Gr1), 3e Diamond Jubilee Stakes (Gr1)

(*) Liste non exhaustive