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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Institution / Ventes - Élevage / 27.09.2016

Le tour des haras – Ecurie des Monceaux

LE TOUR DES HARAS

Écurie des Monceaux

Henri Bozo

14100 Les Monceaux

Le haras des Monceaux a été créé en 1925 par Ralph Beaver Strassburger, industriel américain. Cet élevage s’est bâti un remarquable palmarès et a établi des souches de grande qualité en France. En 2003, Lucien Urano, propriétaire et éleveur de trotteurs, décide de se lancer dans les galopeurs. Il devient propriétaire du haras des Monceaux, laissé vacant depuis quelques années et décide de le développer. En huit ans, quatre lauréats de Gr1 y ont été élevés, Chicquita, Ectot, Charm Spirit XX et Most Improved. Henri Bozo est le directeur de l’écurie des Monceaux, une structure régulièrement en tête des vendeurs en août à Deauville.

1) TERRE D'ÉLEVAGE

Jour de Galop. – Êtes-vous plutôt étalon, poulinière ou yearling ?

Henri Bozo. – Poulinière, parce que c’est la base de l’élevage.

Barn ou paddock ?

Paddock définitivement. Je suis un grand fan de l’élevage dehors. J’aime laisser les poulains le plus possible au paddock.

Bai, alezan ou gris ?

Bai.

Pedigree ou modèle ?

Pedigree. Il me semble indispensable pour créer un élevage. Quand j’achète des juments, je les sélectionne sur le pedigree. Et au sein de cette liste, je vais étudier le modèle, en observant la qualité globale du physique, qui m’intéresse plus que des aplombs parfaits par exemple. Quand on a choisi un pedigree pour élever, il faut ensuite savoir être patient mais les souches finissent toujours par ressortir. Et ça peut même ressortir à haut niveau.

Vitesse ou tenue ?

Peu importe, tant qu’il y a de la qualité.

L'éleveur qui vous a le plus marqué ?

J’ai été marqué par Robert Griffin, chez qui j’ai fait un long stage en Irlande. C’était un éleveur fantastique et un homme que j’aimais beaucoup. Il était extrêmement méthodique, il avait le sens du cheval, le sens du pedigree et était très exigeant. Seule la qualité l’intéressait. J’aimais sa manière de fonctionner et de réfléchir. Il n’hésitait pas à réduire son effectif quand il estimait ne pas avoir la qualité nécessaire.

L’autre éleveur qui m’a marqué, dans sa façon d’élever, c’est mon père. Il a eu beaucoup de succès avec la famille Moussac. Il est l’exemple d’un éleveur patient et très respectueux des chevaux.

Le métier que vous auriez fait si vous n'aviez pas été éleveur ?

Entraîneur du Stade toulousain ! (rires)

Le conseil que vous donneriez à un ami souhaitant se lancer dans l'élevage ?

La persévérance. Il faut toujours y croire et entreprendre. À mon avis, c’est vraiment quelque chose qui fait la différence, parmi les nouveaux entrants, entre ceux qui arrêteront avec les premiers déboires et ceux qui continueront. Et puisque l’on parle des nouveaux entrants, j’aimerais que l’on puisse développer les syndicats d’élevage en France, comme on a développé les écuries de groupe. Aujourd’hui, c’est un tout petit peu compliqué de déclarer plus de quatre éleveurs sur une jument. C’est un peu limitant et c’est dommage. Depuis quelques années, nous avons essayé aux Monceaux de développer des partenariats – pas uniquement avec des clients aux moyens importants, mais aussi avec des jeunes Français. Nous en avons de plus en plus qui prennent 10 % d’une jument avec les moyens qui sont les leurs, ce qui représente déjà pas mal.  Ce serait bien de faire évoluer la déclaration de naissance pour que tous les associés d’une jument se sentent concernés. Ils le font en Australie ; ça doit pouvoir être possible en France.

Votre première mesure si vous deveniez président du Syndicat des éleveurs ?

Promouvoir l’intérêt général de la filière vs les petites guerres de clochers et de personnes. Je crois que ce temps est révolu et que nous devrions nous unir pour créer un gros syndicat professionnel avec les propriétaires et les éleveurs pour peser plus lourd, mettre nos efforts en commun, faire connaître notre milieu, notre travail, notre secteur économique, les emplois que nous représentons, notre rôle dans l’aménagement du territoire auprès des autorités politiques mais aussi du grand public. En France, nous avons tellement de bons professionnels, des choses qui vont bien et nous restons tellement en vase clos et peu connus du grand public. C’est regrettable. Nous devons dépasser nos divergences. Il y a beaucoup à faire pour l’avenir des courses et nous devons combattre ensemble. Je crois que tout le monde en est conscient.

Votre lieu préféré à Deauville ?

J’adore Deauville, c’est un endroit fantastique. Le champ de courses est très chouette, accessible, convivial. Il y a toujours une belle ambiance. Et j’adore l’établissement des ventes… Je ne sais pas pourquoi ? (rires) J’y ai passé des bons moments et j’espère encore en passer de nombreux.

Votre adresse secrète en Normandie ?

Une bonne adresse, c’est chez Philip Prévost-Baratte [débourreur-préentraîneur au Mesnil-Eudes, dans le Calvados , ndlr] : il a une cave un peu ordinaire (rires) mais sa femme cuisine super bien !

2) CHAMP DE COURSES

Turf ou P.S.F. ?

Définitivement turf. J’ai encore un peu de mal avec la P.S.F. Ce n’est pas la même beauté d’arrivée. Et j’ai plus confiance dans les résultats sur gazon.

Ligne droite ou parcours avec tournant ?

Peu importe, tant que l’on voit des bons chevaux qui accélèrent.

Longchamp ou Deauville ?

J’adore Deauville mais je pense que Longchamp est la référence, clairement, et un endroit magique. Je suis très optimiste avec le Nouveau Longchamp car il peut répondre à notre besoin de relance. Même si cela coûtera cher, je pense que c’est une bonne décision d’avoir lancé le chantier. Il faut être ambitieux. Longchamp était quand même devenu un repoussoir avec le temps. Aujourd’hui, il peut devenir un super outil pour attirer en plein Paris une population de jeunes parieurs, propriétaires potentiels. Je suis sûr que France Galop va réussir à inscrire ce lieu dans les sorties préférées des Parisiens. Quand on voit les champs de courses en Angleterre… Ascot est fantastique par exemple : c’est un bel endroit, c’est un lieu où l’on a envie de passer des bons moments.

Sprinter, miler, classique ou stayer ?

Je ne suis pas un fou du sprint. Le reste, peu importe, tant que les chevaux peuvent accélérer.

Prix de l'Arc de Triomphe ou Prix Morny ?

"Arc de Triomphe". C’est le Graal. C’est la course que je rêverais de gagner en tant qu’éleveur, même si le "Morny" est hyper excitant. L'"Arc" reste la référence. J’ai des souvenirs de Trempolino et de Subotica : j’étais tellement fier que le Mézeray ait élevé ces deux champions. Cela reste de très, très grands souvenirs pour moi. Des souvenirs extrêmement marquants… qui nous avaient valu un beau voyage en famille ! (rires) Donc ces victoires m’ont doublement marqué. Le week-end de l'"Arc", c’est vraiment le moment que j’attends toute l’année.

Votre pur-sang favori dans l'histoire des courses ?

Zarkava. Elle était hallucinante ! Sa victoire dans le "Vermeille", où elle rendait tellement de longueurs, c’était juste incroyable, surtout quand on sait ce qu’elle a battu…

Entraîneur ?

Comme beaucoup de jeunes Français, j’ai été marqué par la période de stage que j’ai passée chez Christophe Clément, qui a depuis longtemps accueilli et formé avec enthousiasme et beaucoup de générosité plein de jeunes. L’an dernier, nous avons fêté ses cinquante ans et nous nous sommes retrouvés, tous ses jeunes ex-stagiaires. C’était super sympa. Humainement, il sort vraiment de l’ordinaire. À côté de cela, si les courses étaient un sport olympique, je pense que nous aurions actuellement deux médaillés chez les entraîneurs avec André Fabre et Jean-Claude Rouget.

Jockey ?

Yves Saint-Martin. Ca fait un peu vieux, non ? (rires)

Casaque ?

Celle qui a marqué mon enfance, c’est la casaque abeille de la famille Moussac. Je suivais tous ses partants. Ce sont des beaux souvenirs. Et elle a eu des succès incroyables chez Jacky Cunnington puis chez André Fabre. De très nombreux gagnants de Groupe, deux gagnants de l'"Arc" en très peu de temps, etc.

La dernière émotion que vous avez ressentie sur un champ de courses ?

Il y a eu la déception, il y a deux ans, dans l'"Arc" : avant la course, j’étais très fier d’avoir trois élèves avec Ectot, Chicquita et Free Port Lux… le retour a été un peu plus difficile. (rires) Mais je vibre dès que je vois un de nos élèves gagner, quel que soit le niveau. Ma plus grande émotion récente, ç'a été la victoire de Charm Spirit dans les Queen Elizabeth II Stakes. Un grand moment. Devant la Reine. C’était super.

Votre première mesure si vous deveniez président de France Galop ?

Faire en sorte que les courses redeviennent une fête. Je rendrais l’entrée gratuite et je ferais en sorte qu’il y ait une ambiance festive comme c’est le cas en Angleterre, avec une restauration gaie, originale, abordable, des petits orchestres de jazz… Il faut à tout prix faire en sorte que les gens aient à nouveau envie de venir aux courses en famille. Que ce ne soit pas un plaisir uniquement pour le papa qui parie, ou un plaisir réservé aux initiés, mais une sortie attendue par toute la famille. Il y a des choses à faire mais j’ai vraiment confiance dans l’équipe actuelle de France Galop : je suis sûr qu’ils vont s’y atteler et je sais qu’ils s’y attellent déjà.

3) JARDIN SECRET

Votre mot préféré dans la langue française ?

Espoir.

Le rêve que vous n'avez pas encore accompli ?

Élever un gagnant d’"Arc de Triomphe". Je veux vraiment y arriver avant d’arrêter !

Votre plus grande qualité ?

Il faudrait demander à ma femme…

Votre plus grand défaut ?

… même réponse : il faudrait demander à ma femme, et je suis sûr qu’elle aurait plein d’idées ! (rires)

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’authenticité. C’est agréable d’avoir des gens qui sont eux-mêmes, quel que soit le public, quelles que soient les conditions.

Votre devise ou citation préférée ?

« Keep the flag flying ! »

Votre plat ou vin favori ?

La pasta ! Avec un coteaux du Languedoc.

Votre porte-bonheur ou objet fétiche ?

Ce n’est pas mon truc.

Vacances : mer, montagne ou campagne ?

Le ski. Ce sont les vacances qui me font le plus de bien. J’aime beaucoup l’Afrique du sud aussi.

Votre peintre, chanteur ou écrivain favori ?

Je suis un grand fan de U2. Ça commence à faire vieux c… (rires), mais Bono a su se renouveler.

En quel animal /végétal aimeriez-vous vous réincarner ?

Plutôt un animal. Un bel oiseau. Je rêve de voler. Un aigle. Je trouve ça tellement beau de voler.