L’ÉDITORIAL -  La chasse aux partants ? Une augmentation de l’offre "déguisée", qui écœurera les parieurs comme l’augmentation du nombre de courses

Autres informations / 22.09.2016

L’ÉDITORIAL - La chasse aux partants ? Une augmentation de l’offre "déguisée", qui écœurera les parieurs comme l’augmentation du nombre de courses

L’ÉDITORIAL

La chasse aux partants ? Une augmentation de l’offre "déguisée", qui écœurera les parieurs comme l’augmentation du nombre de courses

Par Pierre Laperdrix

Depuis maintenant plusieurs semaines, le chiffre d’affaires du pari hippique et la relance des enjeux sur les courses focalise l’attention de beaucoup de professionnels, particulièrement au galop. Objectivement, le sujet n’est pas facile à appréhender lorsque l’on n’est pas joueur… et ce qu’il faut dire d’entrée, c’est que le PMU fait de son mieux pour tenter de redévelopper son chiffre d’affaires, tout en se devant de respecter les contraintes de l’Arjel et les vœux des sociétés-mères (lesquelles doivent composer avec leur logique sportive et historique, ce qui les conduit parfois à accepter et parfois à refuser certaines évolutions… sans avoir toujours le même point de vue sur les choses). Il est donc inutile de critiquer le PMU en boucle, car c’est l’Institution dans son ensemble qui doit se mettre d’accord sur des solutions.

Le mal français : la complication. Aujourd’hui, l’une des problématiques sur laquelle s’attarde le galop, c’est le nombre de partants en moyenne par course. La réforme qui a touché le programme des 2ans pour le second semestre 2016 va dans ce sens : en réduisant l’offre de courses, on espère ainsi augmenter le nombre de partants en moyenne dans ces épreuves pour 2ans. Cette réforme s’appuie sur la courbe des enjeux qui progresse mécaniquement en suivant le nombre de chevaux au départ. Il est donc logique de penser : « Trouvons des solutions pour obtenir plus de partants dans ces courses, ainsi le chiffre d’affaires augmentera tout seul. » Pourtant, ce n’est qu’une solution de facilité et ce n’est pas cela qui, sur le long terme, va pérenniser l’univers hippique.

Ces dernières années, l’arrivée d’un nouveau pari hippique s’est souvent accompagnée d’un niveau de difficulté supplémentaire. Le PMU a créé le Multi, où il faut trouver les quatre premiers de la course. Puis le Pick5, où il faut les cinq premiers. Le problème, c’est que ce principe ne colle pas à l’esprit sportif des courses : en effet, plus on s’éloigne de la première place, moins le résultat est logique.

Augmentation de l’offre : la solution de facilité. Multi et Pick5 (au PMU) ne sont proposés qu’à partir d’un certain nombre de partants. Aujourd’hui, il faut au moins douze partants pour un Pick5, quatorze pour un Multi et entre dix et treize pour le Mini Multi.

À leur lancement, les Multi et Pick5 étaient rares : un par jour. Désormais, ils sont devenus une norme, puisque le PMU offre un Multi ou un Mini Multi sur chaque course qui rassemble le nombre de partants indispensables (donc au moins 10) et trois Pick5 par jour. Ces jeux ne sont plus des événements. Évidemment, en les proposant de façon plus régulière, le PMU a mécaniquement augmenté son chiffre d’affaires puisque ces jeux, qui offrent a priori une promesse de gains conséquente, sont assez prisés des turfistes. D’où le raisonnement : « Il faut plus de courses avec au moins 10 partants, ce qui va nous permettre de proposer à chaque fois au moins le Mini Multi, aux fins d'augmenter le chiffre d’affaires. »

C’est à mes yeux une solution de facilité ; ni plus ni moins qu’une augmentation de l’offre déguisée qui, à long terme, détournera les joueurs des courses.

Le complexe ne doit pas devenir une norme. Pendant longtemps, avant de faire la chasse aux partants, la solution a été d’augmenter quantitativement l’offre de courses afin de maintenir un certain niveau de chiffre d’affaires. On voit où cela nous mène aujourd’hui, avec des courses quasiment virtuelles à l’autre bout du monde chaque matin et chaque soir. Vouloir augmenter le nombre de partants moyen par course afin de proposer plus de jeux à combinaisons revient exactement au même ! Et cette solution de court terme emmènera les courses dans le mur à moyen ou à long terme.

Car que se passera-t-il si ces jeux dits complexe deviennent la norme ? Ce que l’on observe déjà : une dispersion des masses d’enjeux, disséminées sur trop de paris différents et, quoi qu’on en dise, une baisse du rapport moyen de ces jeux. Sur le long terme, on dégoûte les parieurs qui ont eu la perspicacité de trouver la bonne combinaison sur ces jeux complexes et, peu à peu, ils se détourneront des paris hippiques pour aller ailleurs, car l’espérance de gain n’est pas assez élevée aux courses.

Pour étayer ces propos, voici un exemple concret. Vendredi 16 septembre, il y avait une course de 2ans de niveau maiden à Salon-de-Provence. Ils étaient dix au départ, donc l’épreuve était support de Mini Multi. Comme le montre la capture d’écran ci-contre, les parieurs avaient nettement détaché cinq chevaux dans cette course. Que s’est-il passé ? Quatre des cinq favoris ont conclu à l’arrivée et ceux qui ont choisi un Multi en 4 (le niveau de difficulté le plus élevé) ont royalement touché un rapport de… 8,5/1 ! Comment motiver les joueurs avec un "Quarté sans ordre" à 8,5/1 ?

Pour en revenir à la réforme du programme des 2ans, il existe des différences de niveau (et d’ambitions) flagrantes entre les concurrents dans ces épreuves. Alors si ces courses sont support de Mini Multi sous prétexte qu’elles ont réuni assez de partants grâce à cette réforme, on se dirige à coup sûr vers des rapports de l’ordre de ceux de Salon-de-Provence. Quel intérêt pour le turfiste ? Aucun ! Et le signal envoyé est négatif : les jeux à combinaison censés être complexes et offrir des rapports corrects n’offrent en fait que de faibles rapports qu’on ne peut que recycler…

Ainsi, loin d’attirer les parieurs vers ces courses, on va les faire fuir !!!

Les jeux complexes comme les Multi et Pick5 conviennent aux handicaps ; pas aux courses à conditions de 2ans ou de 3ans où les favoris sont trop solides et les surprises pas assez nombreuses pour susciter de gros rapports.

Si l’on suit cette logique... Si l’on va plus loin, que se passera-t-il si cette chasse aux partants continue ? On jugera un jour que seuls les handicaps font la recette et qu’il faut en proposer plus. Dans une réunion de huit courses, nous aurons une bonne course et sept "alimentaires", dont deux handicaps pour les chevaux de valeur 20 et moins, afin de faire vivoter les courses pour "assurer la recette".

C’est au pari de s’adapter et non au programme. Aujourd’hui, on tente d’adapter le programme des courses (au galop) afin de maintenir un certain niveau d’enjeux. Or, c’est tout le contraire qu’il faut faire si l’on veut être tous gagnants à long terme.