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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Courses - Institution / Ventes / 27.09.2016

Six mois après, le galop bilan et perspectives… par Hubert Tassin

Six mois après, le Galop bilan et perspectives...

Par Hubert Tassin, président des P.P. et administrateur de France Galop et du PMU

« Le nouveau Conseil d'administration de France Galop et son nouveau président, élus fin décembre,  sont à l'ouvrage depuis janvier. Chacun cherche à jouer son rôle à plein – et j'y prends ma part, je le crois – au sein du Conseil de la société mère, et de la Commission des régions mais aussi de celui du PMU. Au stade actuel, la transparence vis-à-vis des propriétaires que je représente et de l'ensemble de l'écosystème du Galop me dicte de dresser un bilan d'étape personnel. Il s'articule autour d'une analyse sans concession de la situation, sur les mesures déjà mises en œuvre et sur les pistes stratégiques qui sont indispensables, mais encore à définir.

Les atouts si nombreux des courses françaises et du Galop. Les élections au Comité avaient permis, en novembre dernier, de dresser un bilan. Sur le plan financier, la situation du moment est plus difficile encore. Pour commencer, je pense qu'il faut cependant souligner la très grande assise qui est celle des courses en France et les atouts spécifiques du Galop. Huit virgule quatre pour cent  de nos compatriotes de plus de 18 ans ont engagé un pari sur les courses l'année dernière. Le chiffre d'affaires des paris hippiques du PMU – le G.I.E. des acteurs des courses – atteindra cette année près de 9 milliards d'euros. La Fédération nationale estime à trois millions le nombre d'entrées sur les 240 hippodromes français, un maillage qui représente la moitié des champs de courses européens. Le Galop peut lui-même afficher ses attraits, en particulier vis-à-vis des propriétaires, les piliers du système à côté des parieurs. Il le doit à l'excellence de ses compétitions, à la grande qualité de son élevage d'obstacle, mais aussi de plat, et à la compétence de ses professionnels : entraîneurs,  jockeys, éleveurs.

Ces quelques éléments et pas mal d'autres expliquent le prestige incontesté de nos courses et de nos hippodromes, celui du modèle économique que – pour prendre une expression qui ne serait pas galvaudée pour une fois – le monde entier nous envie.

Le constat financier alarmant : en l’état, le Galop ne peut tenir au-delà de deux ans. Ce modèle d'exception, ces fonds de commerce et cette rentabilité, doivent faire face à une crise.  On peut dire une crise de croissance au vu de la formidable phase d'expansion des paris hippiques – et en conséquence des allocations et primes versées – de 1997 à 2011. Le choc va cependant plus loin : les courses françaises doivent répondre à une mutation, liée pour bonne une part à l'émergence des paris sportifs, sur le football pour l'essentiel. La donne change au moment où le chômage et la stagnation du pouvoir d'achat pénalisent mécaniquement l'activité du PMU et des autres opérateurs de paris hippiques. La mutation intervient alors que l'augmentation de l'offre de jeux nationaux aux courses, qui a assuré la formidable croissance, a atteint ses limites depuis deux à trois ans. Je pense même qu'elle les a dépassées. Le besoin d'une stratégie prenant le relais est urgent.

Le constat financier est franchement alarmant. Depuis le début de l'année, la trajectoire financière à cinq ans définie par les équipes du PMU a été révisée deux fois en nette baisse. Le niveau d'allocations du Galop, qui pouvait tenir grâce à la trésorerie jusqu'en 2020 sur les projections de la fin de l'année dernière, n'apparaît assuré que pour deux ans maximum. La dégradation par rapport à une situation déjà très fragile peut faire craindre une rupture généralisée. Le Galop n'échapperait pas à une spirale de récession qui toucherait l'ensemble de ses composantes. Le calendrier est serré : nous avons collectivement moins de deux ans pour agir. On comprend les ressorts du débat des travaux de Longchamp à l'automne : le projet raccourcit les délais et a très fortement amoindri les marges de manœuvre.

Le préalable : le Galop va "balayer devant sa porte". La première des réactions est de travailler la gestion interne, de "balayer devant sa porte" comme on dit.

Une réforme des programmes d'obstacle et de plat a été lancée à partir de septembre. L'objectif de présenter des programmes attractifs pour le jeu va dicter une évolution structurante sur deux ans.

Un plan de réduction des coûts de France Galop de 10 millions en rythme annuel a été défini et présenté aux représentants du personnel et au Comité de France Galop. L'effort de productivité est important venant après des années de vaches grasses, sa mise en place ne sera pas facile, et il comprend des évolutions de périmètre, en particulier l'abandon de l'obstacle à Enghien. Pour autant, il est loin de résoudre l'équation : abaisser le point mort de 10 millions d'euros quand on perd 35 millions, ce n'est pas suffisant.

Nécessaires, mais insuffisants, la réforme des programmes et le plan de performance ne peuvent constituer qu'une étape. L'action de court terme doit annoncer celles de moyen et celles de long terme.

Pour le moyen terme : une stratégie de (re)conquête du PMU. Pour le moyen terme, pas besoin de tergiverser : une stratégie de (re)conquête doit être définie, puis menée par le PMU, en visant le retour nécessaire aux filières à une échéance de deux à trois ans. Les courses ne sont pas en panne, mais le pari hippique est en retard de croissance. La relance stratégique basée sur les fondamentaux des courses passe par des réseaux physiques et numériques nouveaux ou renouvelés, la gamme des paris, la redéfinition du nombre d'occurrences quotidiennes et les masses critiques par pari, les programmes, l'international, les ponts entre paris sportifs et paris hippiques, la communication... La définition de cette stratégie d'ici à la fin de l'année, sa mise en œuvre au plus vite, sont les priorités des semaines qui viennent pour les deux sociétés mères, responsables des filières et, bien sûr, pour les équipes du PMU.

Pour le long terme : proposer d'ici à février des structures nouvelles pour répondre à un environnement nouveau. On ne doit pourtant pas imaginer que le plan d'économie de France Galop et de l'ensemble des structures communes de l'Institution ou que la stratégie moyen terme de relance du PMU vont suffire pour que les courses françaises retrouvent une dynamique de croissance créatrice de valeur. Pour construire dans un monde des paris et des jeux bouleversé, pour relancer ainsi la fréquentation des hippodromes, pour proposer des perspectives aux acteurs, je suis persuadé qu'il faut un environnement règlementaire et fiscal nouveau. Il faut aussi un nouveau mode de fonctionnement structurel de l'Institution.

À mon sens, le calendrier politique dicte l'action : avant février, le Trot et la Galop dans toutes leurs composantes, les sociétés de courses réunies au sein de la Fédération nationale, les organismes communs et en premier lieu le PMU, devront présenter aux cabinets des candidats à la présidence de la République ce modèle nouveau que chacun comprend désormais indispensable à mettre en œuvre.

Une vraie politique des paris et jeux, qui profite du Brexit pour étendre le modèle de financement de nos courses à l'Europe, sera un préalable avec ses conséquences. Elles seront fiscales pour assurer le développement des filières hippiques, et règlementaires pour ouvrir le champ d'activité du PMU et des autres opérateurs. Mais on comprendra qu'un accord gagnant-gagnant passé entre les courses et l'État ne peut avoir comme seule base un transfert du budget public vers le Trot et le Galop. Pour être effectivement gagnante-gagnante, la stratégie doit présenter des perspectives dynamiques et, aussi, des économies de gestion dépassant très largement le cadre défini aujourd'hui.

Aucun tabou ne doit s'opposer à une reconstruction qui est absolument indispensable. Ce ne sera pas forcément facile, puisque les structures nouvelles et en grande partie communes devront porter les modèles d'activité différents des acteurs du Trot et du Galop. Ma confiance dans le génie des courses et les attraits du pari hippique m'incitent cependant à l'optimisme, mais aussi à m'investir avec détermination pour définir ce nouveau fonctionnement au service de ce génie qui est notre ADN. Pour réussir, pour arriver à convaincre, il y a un seul vrai préalable : l'unité. Si le Trot et le Galop, les sociétés de courses et les acteurs, quelles que soient leurs tailles, dépassent des visions parcellaires et se réunissent, le rendez-vous politique de février sera la base d'une nouvelle ère de croissance. »