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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Institution / Ventes - Élevage / 27.09.2016

Tour des haras - haras d'Ellon

HARAS D’ELLON

Thierry de la Héronnière

14250 Ellon

 

Situé dans le Bessin, le haras d’Ellon est un lieu chargé d’histoire, et Thierry de la Héronnière représente la quatrième génération d’éleveurs à l’exploiter. Il a repris la structure en 2001. Le haras accueille une cinquantaine de poulinières et présente chaque année une sélection de yearlings aux ventes. Récemment, Volta (Siyouni), troisième du Prix de Diane Longines et deuxième du Prix Rothschild (Grs1), a mis en avant l’une des souches les plus anciennes du haras, celle de Vitiges, champion né à Ellon.

 

1) TERRE D'ÉLEVAGE

Jour de Galop. - Êtes-vous plutôt étalon, poulinière ou yearling ?

Thierry de la Héronnière. - Poulinière. C’est la base de l’élevage. Avant de savoir si elle est bonne, si elle produit bien, il faut attendre au moins quatre ans.

 

Barn ou paddock ?

Paddock. Le cheval est un animal d’extérieur.

 

Bai, alezan ou gris ?

Beau ! Il y a beaucoup plus de bais, mais un bel alezan ou un beau gris, ça me plaît aussi.

 

Pedigree ou modèle ?

Pedigree d’abord. Je suis passionné par la génétique et je choisis donc toujours mes juments sur leur pedigree. Et ensuite, je m’adapte au modèle. Beaucoup de progrès ont été faits en matière de génétique ; on trouve énormément d’informations et d’outils pour analyser les croisements. Même si je n’ai pas le temps de tout lire, j’aime bien utiliser ces différentes sources.

 

Vitesse ou tenue ?

Vitesse. Pour moi, le pur-sang est un animal de vitesse. On ne fait pas des courses de tortues !

 

L'éleveur qui vous a le plus marqué ?

Mon père évidemment. J’étais très complice avec lui. Il m’a transmis sa passion. Il me manque beaucoup. J’aimais notre partage, nos échanges au moment de faire les croisements. Nous nous comprenions sans nous parler. C’est de lui que je tiens le goût des pedigrees. Pour simuler les croisements, il avait un carnet en deux parties, avec d’un côté les poulinières et de l’autre les étalons, qui permettait de faire défiler à droite les pages des étalons tout en laissant afficher à gauche la page de la poulinière. Il connaissait tout : les courants de sang, les performances, le caractère des chevaux. Aujourd’hui encore, c’est un bonheur de rencontrer quelqu’un avec qui je peux parler d’élevage.

 

Le métier que vous auriez fait si vous n'aviez pas été éleveur ?

Chercheur. J’ai une grande admiration pour ces gens qui sont aussi des créateurs. C’est pour cela, notamment, que j’ai baptisé une pouliche Volta, en hommage au savant italien Alessandro Volta. J’ai voulu appeler un cheval Turing en hommage à Alan Turing, le précurseur de l’informatique, mais c’est toujours difficile d’obtenir les noms que l’on propose.

 

Le conseil que vous donneriez à un ami souhaitant se lancer dans l'élevage ?

Il faut beaucoup de patience car le plus dur, ce sont les cinq premières années. Quand on se lance, même quand on a déjà été propriétaire, c’est le moment le plus difficile à accepter.

 

Votre première mesure si vous deveniez président du Syndicat des éleveurs ?

Organiser un "Grenelle de l’élevage", pour revoir le processus électoral, la représentativité, de manière à ce que toutes les familles d’éleveurs soient représentées autour de la table. C’est la seule solution si nous voulons regrouper tous les éleveurs au sein du Syndicat. Aujourd’hui, seule la moitié des éleveurs français est au Syndicat : ce n’est pas normal !

 

Votre lieu préféré à Deauville ?

Le champ de courses. C’est là où l’on rêve.

 

Votre adresse secrète en Normandie ?

Comme elle est secrète, elle le restera ! (rires) Non, le jardin secret que j’aimerais faire partager, c’est La Marine à Arromanches. C’est mon endroit fétiche où a eu lieu le Débarquement, avec un ballet de couleurs absolument magnifique lorsqu’il y a du soleil.

Ce lieu est plein d’histoire et magique ! Comment a-t-on pu faire traverser la Manche à une armée entière et à un port artificiel avec des bateaux en béton il y a plus de soixante-dix ans ?!

 

 

 

2) CHAMP DE COURSES

 

Turf ou P.S.F. ?

Turf. La P.S.F., ce n’est pas inintéressant mais la sélection doit rester sur le turf.

 

Ligne droite ou parcours avec tournant ?

La ligne droite, c’est tout de même un peu spécial. On voit moins bien les courses et surtout, on se rend moins compte de la vitesse.

 

Longchamp ou Deauville ?

Il nous faut les deux. Deauville en août, c’est super. Je regrette simplement que la vente de yearlings ait lieu aussi tôt. Je la placerai plus tard. Les Anglais ont reculé leur vente de sélection de septembre à octobre et cela leur réussit.

 

Sprinter, miler, classique ou stayer ?

J’ai un faible pour les milers. Le mile, c’est la vraie beauté du sport… et une excellente distance pour la sélection.

 

"Arc de Triomphe" ou "Morny" ?

Plutôt le Prix Morny, qui est un peu magique. C’est une émotion spéciale. J’aime le pur-sang dans sa beauté sauvage d’animal de vitesse. À 2ans, les chevaux sont plus proches de la nature. Comme pour les ventes, je regrette sa position dans le calendrier : quand le "Morny" avait lieu à la veille des ventes et non pas après, c’était autre chose. Mais pour en revenir à l'"Arc", je ne suis pas insensible, bien sûr, à des champions comme Mill Reef, Allez France, Zarkava : la distance classique permet peut-être de mieux apprécier les champions ou les cracks comme Sea Bird.

 

Votre pur-sang favori dans l'histoire des courses ?

Blushing Groom et le trio Aga Khan/Mathet/Samani. Blushing Groom a tout gagné à 2ans en 1976, au moment où je commençais à vraiment suivre les courses. Il était aussi impressionnant physiquement que sur la piste. C’était l’époque où existait un grand chelem des 2ans, avec quatre Grs1 à suivre [Prix Papin, Morny, de la Salamandre et Grand Critérium, ndlr]. Aujourd’hui, j’adore par exemple construire un inbreeding sur Blushing Groom. Et puis je citerai aussi Vitiges, élevé par mon père à Ellon, qui a gagné le Prix Morny en 1975.

 

Entraîneur ?

Tous les grands : François Mathet, Alec Head, François Boutin, André Fabre, Jean-Claude Rouget, Alain de Royer Dupré et d’autres encore.

 

Jockey ?

Jeune, j’étais fan de Freddy Head. Mais le plus impressionnant, c’était Yves Saint-Martin. La beauté du pilotage. Un régal à voir. Ah, la lutte entre Sassafras et Nijinsky dans l'"Arc" 1970, avec Piggott face à lui ! Aujourd’hui, Olivier Peslier et Christophe Soumillon font le show et Pierre-Charles Boudot nous a régalés en montant des courses aux petits oignons avec Volta.

 

Casaque ?

Les classiques, mythiques : Aga Khan, Wildenstein, Rothschild, Wertheimer…

 

La dernière émotion que vous avez ressentie sur un champ de courses ?

Dimanche, j’ai vécu des choses très fortes avec Volta dans le Prix Rothschild. Mais l’émotion la plus élevée sur l’échelle de Richter, avec Volta, ce fut dans le Prix de Diane Longines. Nous avions une énorme pression après avoir supplémenté. Le "Diane", c’est vraiment une course à part.

 

Votre première mesure si vous deveniez président de France Galop ?

J’ai appris, comme vous, que France Galop allait réduire le nombre de courses de 2ans pour avoir plus de partants… Cela m’a profondément heurté. Que veut-on ? Uniquement des handicaps loteries ? Le pari hippique est un jeu intelligent ; on devrait travailler là-dessus. Au lieu de changer le programme, j’aurais plutôt réfléchi à un jeu intelligent qui rende les courses de 7 ou 8 partants plus attractives pour les parieurs. Au football, il n’y a que deux partants et pourtant les paris sportifs sont populaires !

 

 

3) JARDIN SECRET

 

Votre mot préféré dans la langue française ?

Gagnant.

 

Le rêve que vous n'avez pas encore accompli ?

J’aimerais remporter une course classique. La feuille est encore blanche pour mes propres élèves, même si elle ne l’est pas pour Ellon puisque mon père a gagné le Prix Morny, le Grand Critérium et les Champion Stakes avec un de ses élèves et que j’ai élevé Porlezza [lauréate du Prix Maurice de Gheest en 2003, ndlr] ici, pour un de mes propriétaires.

 

Votre plus grande qualité ?

Je pense être positif et constructif. Cela me vient de ma première vie professionnelle : dans les travaux publics, on est souvent confronté à des problèmes inattendus auxquels il faut réagir positivement et rapidement.

 

Votre plus grand défaut ?

Je ne suis jamais satisfait et je me remets en permanence en question, ce qui n’est pas toujours facile à vivre pour mon entourage. C’est le mauvais côté quand on veut toujours viser l’excellence.

 

La qualité que vous préférez chez les autres ?

L’enthousiasme, la passion, les gens vrais.

 

Votre devise ou citation préférée ?

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » En élevage il ne faut pas se précipiter ni céder trop vite à la mode. Il faut rester calme pour faire les bons choix. C’est la clé de l’élevage : patience et humilité.

 

Votre plat ou vin favori ?

Un turbot à la crème et aux câpres, avec un pessac-léognan.

 

Votre porte-bonheur ou objet-fétiche ?

Je n’en ai pas. Juste des petites habitudes. Par exemple, je ne prends mes jumelles que lors des grandes occasions.

 

Vacances : mer, montagne ou campagne ?

Mer. J’adore le bateau et le soleil.

 

Votre peintre, chanteur ou écrivain favori ?

J’aime beaucoup les peintres et les sculpteurs italiens de la Renaissance. Personne n’a fait mieux depuis.

 

En quel animal /végétal aimeriez-vous vous réincarner ?

Avec mon nom, je devrais répondre le héron ! (rires) J’aimerais être un oiseau, mais plutôt une hirondelle car elle annonce de bonnes nouvelles. C’est mieux que d’être un oiseau de mauvais augure !

 

Les yearlings d’août

Lot       sexe     Origines

14        F          Dark Angel & Espirita

 

Les yearlings de la v.2

Lot       sexe     Origines

383      F          Siyouni & Dentelle

408      F          Camacho & Jummana

428      M        Silver Frost & Mixture

440      M        Siyouni & Ponte di Legno

441      F          Reckless Abandon & Ponte Sanangelo

468      M        Elusive City & Trully Blessed

494      M        Rio de la Plata & Bee Bee