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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TRIBUNE LIBRE – Relance des paris et « augmentation déguisée » de l’offre : les conditions d’une stratégie gagnante – Par Hubert Tassin

Institution / Ventes / 27.09.2016

TRIBUNE LIBRE – Relance des paris et « augmentation déguisée » de l’offre : les conditions d’une stratégie gagnante – Par Hubert Tassin

TRIBUNE LIBRE

Relance des paris et "augmentation déguisée" de l'offre : les conditions d'une stratégie gagnante

Par Hubert Tassin

« C’est une analyse assez pertinente qui a amené Pierre Laperdrix à qualifier, dans l'édition de JDG du 23 septembre, "la chasse aux partants" d’augmentation de l’offre de paris hippiques en France. De fait, les statistiques données par le PMU montrent que le chiffre d’affaires est directement fonction du nombre de concurrents. À nombre de courses égal, augmenter le nombre réunissant plus de 7, plus de 10, plus de 14, plus de 18 partants, accroît mécaniquement les enjeux. Accroître ces courses revient donc à fournir des occasions supplémentaires d’engager des paris pour des franges de la clientèle des parieurs.

Comment ne pas aussi convenir avec Pierre Laperdrix qu’il est vain « de critiquer le PMU en boucle car c’est l’Institution dans son ensemble qui doit se mettre d’accord sur les solutions »  afin de palier la panne de croissance des paris hippiques enregistrée depuis cinq ans.

La spécificité française: les jeux de combinaison. Il y a évidemment les questions de gestion à court terme et de stratégie à (re)construire. Nous – le milieu hippique et les parieurs en son sein, en particulier – avons le sentiment que l’augmentation de l’offre entraîne la banalisation, le fractionnement des masses, la lassitude, la cannibalisation. Mais les données du PMU permettent, jour par jour de l’affirmer : le marché du pari hippique est un marché d’offre.

La spécificité française, c’est la réussite commerciale des jeux de combinaison. Cela induit un décalage avec la réalité des ambitions de compétition des propriétaires, qui cherchent à gagner, voire à être placés dans les trois premiers. Quarante-quatre pour cent des paris et une proportion plus forte de la marge brute sont pris sur des jeux plus complexes et, en effet, de plus en plus complexes, comme pour courir en vain derrière les grands rapports du hasard de la Française des Jeux.

Les "paris complexes" dits verticaux, comme les jackpots et placepots anglais (aux chiffres d’affaires très accessoires par rapport aux jeux simples des bookmakers) ou comme les supports vedettes des pays scandinaves, n’ont pas rencontré leur public chez nous. Cela ne doit évidement pas empêcher de tenter à nouveau de relancer la formule, sur un modèle le plus simple possible.

La problématique : la différence de modèle entre le Trot et le Galop. La question de fond dépasse à mon avis cette constatation de la primauté des jeux de combinaison dans notre clientèle. L’offre de paris, son évolution et une nouvelle offre, doivent supporter deux filières aux modèles économiques très différents : le Trot et le Galop. Le nombre de courses courues par les chevaux chaque année n’est pas le même. Mais c’est surtout la pyramide des allocations, qui fixe les ambitions des éleveurs et des propriétaires, qui traduit une très profonde distorsion. Le modèle du Trot, davantage basé sur les valeurs moyennes que celui du Galop, très élitiste et international, répond mieux à l'actuelle "dictature des partants". Adapter le pari à nos programmes est la bonne piste. Cependant, prendre en compte des possibilités différentes des courses de Galop, pour étoffer encore une offre de paris pourtant déjà sans doute trop large, et aux masses trop fracturées, est un impératif. Mais il prendra du temps.

Conclusion numéro un : l'impératif du rapprochement Trot-Galop. Cela ne doit pas occulter les conclusions de l’analyse assez partagée de la situation.

En premier lieu, il ne faut pas perdre de vue les apports respectifs des deux spécialités l'une à l'autre. C’est ensemble, et seulement ensemble, que nous pourrons bâtir cette stratégie de croissance qui manque aujourd’hui. Il faudra pour cela, on ne peut pas l’occulter, convaincre l’État, le premier bénéficiaire de l’Institution, de nous accompagner dans une vision ambitieuse. Et des rapprochements très forts entre les structures du Trot et du Galop sont indispensables, des mises en commun de ressources autant que de moyens. Au-delà des questions commerciales, il ne faut jamais perdre de vue que le retour aux filières est défini par la loi de finance.

Conclusion numéro deux : dégager la contrainte sur les programmes classiques. Ensuite, la question spécifique des programmes du Galop doit avoir un traitement lui aussi spécifique. Je suis de ceux qui estiment que le programme de haut niveau et ses préparatoires, en obstacle comme en plat, ne peut être conçu pour répondre au diktat de la "course aux partants". Le définir sur le strict plan de la compétition et enregistrer des paris en fonction de la réalité des épreuves ne serait pas seulement cohérent du point de vue sportif. Les parieurs – en tout cas une certaine catégorie – adhéreront à cette cohérence. Les épreuves de sélection, en obstacle comme en plat, n'ont pas comme vocation principale de "faire du jeu" et ne doivent pas être sacrifiées sur cet autel-là. D’autres épreuves sont là pour en assurer le financement. Bien sûr, la mise en avant de ce haut niveau – en particulier avec l'instauration d'un marché antepost à cote fixe – est une nécessité marketing. En laissant aux catégories moyennes et plus faibles la responsabilité de la recette au quotidien, avec un programme défini pour cela, au prix d'un arbitrage des enveloppes, le Galop ne renoncerait pas, au contraire.

La  responsabilité des acteurs et de l'État : nécessité fera loi. Un dernier point dans ce débat qui ne peut se régler sans essayer, tâtonner, prendre des risques. Au-delà de la formule et du ressenti du milieu, il me semble excessif de parler "d'écœurement des parieurs". Il ne faut pas confondre crise de croissance et récession. Avec près de neuf milliards de paris hippiques, les courses françaises sont puissantes et doivent simplement faire face à une érosion de sa part du marché des jeux. Elle est dans sa cinquième année et il ne faut pas qu'elle s'installe. Je crois au génie des courses et du jeu aux courses. Je crois aussi à la responsabilité des acteurs des filières et à celle de l'État. Il faut dépasser bien des tabous et bousculer des acquis pour réunir les conditions d'une phase nouvelle, mais les éléments pour réussir sont là. Et nécessité fera loi. »