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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Found peut-elle devenir la nouvelle Urban Sea ?

Élevage / 07.10.2016

Found peut-elle devenir la nouvelle Urban Sea ?

AUX ORIGINES DE…

Found peut-elle devenir la nouvelle Urban Sea ?

Par Adrien Cugnasse, journaliste à JDG

Le week-end dernier, Aidan O’Brien et les chevaux de Coolmore ont réalisé un véritable braquage à l’irlandaise. Ils sont repartis vers l’île verte avec plus de cinq millions d’euros de gains et un incroyable coup de trois dans le Prix de l’Arc de Triomphe. Au-delà de l’aspect sportif et financier, cette victoire est avant tout celle de l’élevage. Coolmore domine le marché de l’étalonnage. Mais l’entité irlandaise consacre aussi beaucoup d’énergie à sa jumenterie qui connaît une véritable montée en puissance. Dès lors, trois questions se posent. D’où vient Found ? Les lauréates d’Arc sont-elles de bonnes mères ? Pourquoi Coolmore mise-t-il autant sur les gagnantes de Gr1 ?

 

L’acquisition de la famille par Coolmore. Après la victoire de Found dans l’Arc, nous avons demandé des nouvelles de sa mère, Red Evie (Intikhab). La réponse de Coolmore fut : « Red Evie est en grande forme. Elle a donné un très beau yearling mâle et elle est suitée d’une très bonne pouliche. Les deux sont par Galileo. Elle n’a pas été saillie cette année, car elle a pouliné tard. » Avant de devenir la génitrice de Found, Red Evie fut une remarquable jument de course. Non placée pour sa seule sortie à 2ans, elle a ensuite gagné sept courses à 3ans, de 1.400 à 1.600m, dont les Oak Tree Stakes (Gr3), à Goodwood. Sa saison s’est terminée par une dernière place, à trente-quatre longueurs de l’avant-dernière, dans les Sun Chariot Stakes (Gr1), en terrain souple. À 4ans, Red Evie a gagné les Lockinge Stakes (Gr1) en bon terrain pour sa rentrée. Elle s’est aussi classée deuxième des Matron Stakes (Gr1), avant de clore sa carrière par une dixième place en terrain souple, dans le Prix de la Forêt (Gr1). Michael Tabor a expliqué : « Nous avions acheté Red Evie auprès de Michael Bell et c’est une poulinière qui a beaucoup d’importance pour nous. Je voudrais donc le remercier et c’est un privilège qu’il nous a fait en nous la vendant. Je suis très reconnaissant de pouvoir avoir de telles poulinières au haras. »

 

Le croisement d’Igugu. Red Evie a produit, outre Found, Magical Dream (Galileo), gagnante des C L Weld Park Stakes (Gr3). Elle est aussi la mère de la 3ans Best in the World (Galileo), gagnante de Gr3 et placée de Gr2. Ce croisement – Galileo sur une fille d’Intikhab – est celui d’Igugu, une autre super jument. Cette dernière a gagné dix courses en Afrique du Sud, dont huit Groupes et quatre Grs1. Intikhab est aussi le père de mère de Gordon Lord Byron (Byron), triple lauréat de Gr1 sur le sprint. Au sujet de Found, dans le fichier d’inspection des yearlings de Coolmore, il est noté : « Pouliche de qualité, avec de la taille, de l’amplitude et de la force. Elle a de très bonnes jambes et marche très bien. »

 

Northern Dancer
Sadler’s Wells
Fairy Bridge
Galileo
Miswaki
Urban Sea
Allegretta
FOUND (F4)
Red Ransom
Intikhab
Crafty Example
Red Evie
Nordico
Malafemmena
Martinova

 

Pour télécharger le pedigree Weatherbys de Found, cliquer ici

 

Cet italien qui a monté les ancêtres de trois des cinq premiers de l’Arc. La deuxième mère de Found, Malafemmena (Nordico), a gagné au niveau Listed en Italie et s’est classée troisième du Prix du Calvados (Gr3). Son père, Nordico (Northern Dancer), n’a pas fait d’étincelles au haras. Lauréat de deux courses à 4ans et non black type, il fit la monte en Irlande pendant une dizaine d’années, avant d’être exporté à Chypre. Son meilleur produit est Pourquoi Pas, une gagnante du Premio Lydia Tesio (Gr2). C’est également en Italie que la deuxième mère de Found a pris du galon. Elle a couru cinq fois en Europe, sous la selle de Pat Eddery, Willie Carson, John Reid et Fernando Iovine. C’est avec ce dernier qu’elle a décroché sa seule victoire, dans le Premio Vittorio Crespi (L), sur 1.200m à San Siro. L’ancien jockey a confié cette semaine à Franco Raimondi : « Même si j’ai fait ma carrière en Italie, j’ai monté pas mal de pouliches très bien nées ! J’ai gagné le Premio Lydia Tesio (Gr2 à l’époque) sur Zomaradah (Deploy), la mère de Dubawi. Pendant un séjour hivernal chez Godolphin, j’avais monté à plusieurs reprises le matin un gagnant d’Arc, Sagamix (Linamix), le père de Siljan’s Saga. Ce sont de bons souvenirs. J’ai eu le plaisir d’être associé aux ancêtres de trois des cinq premiers de l’Arc 2016, c’est-à-dire la deuxième mère de Found, le père de Siljan’s Saga et la mère de Dubawi, qui est donc la deuxième mère de Postponed» Nando Iovine, désormais retraité, a précisé au sujet de Malafemmena : « Ce n’était pas une belle pouliche. Mais elle galopait un peu. Je l’avais également montée lors de sa dernière course en Europe, le Premio Dormello (Gr3), où elle s’était classée quatrième. Mais elle était un peu fatiguée, mi-novembre, après avoir pas mal voyagé. » Malafemma fut vendue pour 95.000 Gns à Tattersalls en décembre. Direction l’Amérique. Là-bas, elle a couru deux fois sans résultat, avant de revenir en Europe en 1999. Elle n’a donné que quatre produits, dont Red Evie, gagnante de Gr1 et mère de Found.

 

Grivoiseries à l’italienne. Malafemmena appartenait à la Scuderia Gerecon Italia de Riccardo Mazzuoli, une des écuries les plus importantes de l’Italie du début des années 1990. Outre une quinzaine des chevaux entraînés dans la péninsule, Gerecon Italia en avait une bonne trentaine en Angleterre, chez John Dunlop. Le courtier Paolo Benedetti était le racing manager de l’écurie. Chaque semaine un camion partait de chez John Dunlop pour les bonnes courses italiennes. Gerecon Italia et John Dunlop ont divorcé en 1995, mais pendant quelques années encore, la casaque grenat et grise a continué à briller en Italie. Les chevaux étaient souvent – mais pas systématiquement - nommés en référence aux grands films du cinéma italien. Malafemmena était par contre une chanson napolitaine, du célèbre acteur comique Totò. La traduction de Malafemmena est un mot de quatre lettres qui commence avec P et termine par E…

 

Les gagnantes d’Arc sont-elles de bonnes poulinières ? Depuis 1920, vingt juments ont gagné le Prix de l’Arc de Triomphe. Deux ont été infertiles (ou presque). Quatre sont trop jeunes pour être jugées sur leur production. Parmi les quatorze restantes, douze ont réussi leur deuxième carrière en donnant au moins un lauréat de Groupe ou un placé de Gr1 en plat. Trois d’entre elles ont véritablement laissé une trace importante dans le stud-book. Corrida (Coronach) n’a eu qu’un seul produit, Coaraze (Tourbillon). Ce dernier a gagné les Prix du Jockey Club, Morny, Jacques le Marois et d'Isphan (deux fois) ainsi que le Grand Prix de Saint-Cloud. Exporté en Amérique du Sud, il y est devenu un étalon important. Detroit (Riverman) fut la première gagnante d’Arc a donné un lauréat de cette épreuve, avec Carnegie (Sadler's Wells).

Plus près de nous, Gold River (Riverman) a gagné l’Arc avant de devenir une des pierres angulaires de l’élevage Wertheimer. Elle est notamment à l’origine de Goldikova (Anabaa), Galikova (Galileo), Rivière d’Or (Lypard), Anodin (Anabaa), Gold Splash (Blushing Groom)…

Mais Urban Sea (Miswaki) est bien sûr la jument qui a le plus marqué l’histoire de l’élevage après avoir gagné la grande épreuve. Mère de quatre gagnants de Grs1, dont les pères de lauréats classiques Sea the Stars (Cape Cross) et Galileo (Sadler's Wells), elle est la première gagnante d’Arc à avoir donné un lauréat de cette course en première (Sea the Stars) et en deuxième génération (Found).

 

LES GAGNANTES DU PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE ET LEUR PRODUCTION

Année           Jument                  Meilleur produit

1931             Pearl Cup             Pearl Diver (Derby d’Epsom)

1935             Samos                    Marveil (Jean Prat), 2e mère d’Hugh Lupus (2.000 Guinées d’Irlande)

1936/1937    Corrida                 Coaraze (Jockey Club, Morny, Jacques le Marois…)

1945             Nikellora               Chief (Prix d’Ispahan)

1949             Coronation           infertile

1953             La Sorellina          production décevante

1972             San San                 Windsor Knot (double gagnant de Gr3)

1974             Allez France         Action Française (Prix de Sandringham), 2e mère d’Article Rare (2e du Saint-Alary)

1976             Ivanjica                 production décevante

1979             Three Troikas      Three Angels (2e du Saint-Alary)

1980             Detroit                   Carnegie (Prix de l'Arc de Triomphe)

1981             Gold River            À l’origine de Goldikova, Galikova, Rivière d’Or, Anodin, Gold Splash

1982             Akiyda                  un seul produit

1983             All Along               Along All (Gr2)

1993             Urban Sea             Galileo (Derby d’Epsom), Sea the Stars (Prix de l'Arc de Triomphe)

2008             Zarkava                Zarak (2e du Prix du Jockey Club)

2011             Danedream           Premier produit né en 2014

2012             Solemia                  Premier produit né en 2015

2013/2014    Trêve                     Première saillie en 2016

2016             Found                    Encore en compétition

 

 

L’omniprésence d’Allegretta. Le week-end dernier, Chantilly a accueilli douze Groupes. Sur les trente-six pur-sang anglais ayant figuré sur le podium de l’une de ces épreuves, un tiers (12 chevaux) présente dans leur pedigree le sang d’Allegretta (Lombard), la mère d’Urban Sea. Si l’on ne regarde que les épreuves courues sur 2.000m ou plus, on arrive à presque la moitié d’entre eux (8 sur 18). Galileo est à ce jour le principal - mais pas l’unique - vecteur de ce sang. La réussite d’Urban Sea est donc aussi redevable à l’incroyable puissance de sa famille maternelle. Si Found lui est très supérieure sur le plan sportif, son ascendance maternelle est par contre nettement moins prestigieuse.

 

L’écrasante domination de Coolmore sur la voie mâle. Depuis que ces épreuves sont référencées, les trois étalons ayant produit le plus de black type sont Sadler’s Wells, Galileo et Danehill. Ces trois sires ont fait la monte pour le compte de Coolmore. Pour conserver ce leadership, l’entité irlandaise a besoin d’une jumenterie d’élite, afin de générer des stallions prospects, de soutenir ceux qui sont au confirmés et parfois d’aider à lancer les nouvelles recrues.

 

LES CINQ ÉTALONS AYANT DONNÉ LE PLUS DE BLACK-TYPE DANS L’HISTOIRE DU SPORT HIPPIQUE

#        Etalon                          Nombre de descendants             Nombre de produits black types (%)                 Haras

1        Sadler’s Wells             2.181                                             487 (22,33)                                              Coolmore

2        Galileo                         1.743                                             338 (19,39)                                              Coolmore

3        Danehill                      1.439                                             309 (21,47)                                              Coolmore

4        Storm Cat                   1.412                                             294 (20,82)                                              Overbrook Farm

4        Danzig                         1.074                                             294 (27,37)                                              Claiborne Farm

 

Harder, better, faster, stronger. Galileo est né en 1998. La même année, les Daft Punk enregistraient leur « Plus dur, meilleur, plus vite et plus fort. ». Si cette chanson fait parfois figure d’hymne chez les trentenaires, son titre pourrait faire office de leitmotiv pour les juments du team Coolmore. On dit souvent que l’on se rappelle des victoires des poulinières et des défaites des étalons. Aidan O’Brien n’hésite d’ailleurs pas à faire courir très souvent ses bonnes femelles. Lauréate de Gr1 à 2ans, Found a couru huit fois au niveau Groupe à 3ans. En 2016, elle a déjà couru à huit reprises à ce niveau et elle annoncée dans les Champion Stakes, le 15 octobre à Ascot, face à Almanzor (Wootton Bassett). Hyper régulière et lauréate de trois Grs1, cette stakhanoviste a un potentiel considérable en ce qui concerne l’élevage. Et elle n’est pas la seule. Le palmarès de Minding, sextuple gagnante de Gr1, alors qu’elle n’a que 3ans, laisse rêveur. Ses deux juments,ont plusieurs points communs, outre leur ascendance paternelle et leur entraîneur. Le principal est d’être issue d’une gagnante de Gr1 et d’avoir été élevée par Coolmore ou l’un des élevages satellite du grand haras. Et elles sont loin d’être des cas isolés. De plus, si on regarde de plus près les meilleurs produits de Galileo ayant récemment fait leur apparition en compétition, ils sont en majorité élevés ou achetés par Coolmore. Ils sont aussi très souvent issus de grandes gagnantes. Par exemple, parmi les chevaux issus de mères gagnantes de Gr1 sous la férule d’Aidan O’Brien, on trouve les lauréats de Gr1, Minding, Us Army Ranger (Galileo) et Tapestry (Galileo). Ces derniers prennent la suite de Diamondsandrubies (Fastnet Rock), Henrythenavigator (Kingmambo), Horatio Nelson (Danehill)… C’est aussi le cas de Rhododendron (Galileo), gagnante de The Fillies’ Mile (Gr1), ce vendredi à Newmarket. Sa mère Halfway To Heaven (Pivotal) a gagné trois Grs1 sous l’entraînement d’Aidan O’Brien.

En "sécurisant" une partie de la production de Galileo, tout en se constituant une jumenterie qui compte désormais de nombreuses gagnantes de Gr1, Coolmore se donne les moyens de poursuivre son odyssée sur la voie de l’excellence. Et qui sait, le futur Galileo, sera peut-être issu de Minding ou de Found ? C’est en tout cas le pari que Coolmore tente régulièrement, en rentrant au haras des fils de gagnantes de Gr1, comme Australia, Henrythenavigator ou Requinto.