Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Quelle ambition pour l’obstacle français ?

Autres informations / 21.10.2016

Quelle ambition pour l’obstacle français ?

Quelle ambition pour l’obstacle français ?

Par Christopher Galmiche

À France Galop, les représentants de l’obstacle défendent bec et ongles le 2/3-1/3. À la moindre fissure, ces "maçons de l’obstacle" sont prêts à agir ! Il est aussi des challenges qui sont de superbes vitrines de l’obstacle, comme le Crystal Cup. Mais, globalement, existe-t-il une vision et des projets pour l’obstacle qui iraient au-delà de la simple défense de la discipline ? La question se pose.

La conquête au point mort. L’obstacle français est plus dans la défense que dans la conquête. Ne serait-ce qu’en termes d’image. Nous sommes passés du Week-end international de l’Obstacle aux 48 h de l’Obstacle. L’événement est plus franco-français, même si quelques étrangers se déplacent. L’Obstacle n’est pas non plus présent dans les EpiqE Series alors qu’aux dernières nouvelles nous sommes le seul pays du monde à avoir des courses de haut niveau dans toutes les disciplines… Son absence dans la promotion des courses en général est un point négatif. En revanche, France Galop a eu raison de lancer un vrai Week-end international, même s’il n’est qu’officieux, autour du Grand Steeple. C’est la bonne période pour attirer Anglais et Irlandais qui sortent de leur saison. On peut même aller plus loin en imaginant un stand de France Galop pour promouvoir ce grand week-end lors des meetings de Cheltenham, Aintree et Punchestown et, ainsi, attirer des fans britanniques de la discipline à Auteuil pour le Grand Steeple. Punchestown a par exemple son stand lors des deux Festivals anglais. Ce sont des endroits où il faut être présent pour faire du week-end du Grand Steeple l’équivalent européen pour l’obstacle du week-end de l’Arc.

Il faut un vrai rapprochement avec les sports équestres. Bernard Le Gentil nous avait donné l’une des clés qui, selon lui, pourrait permettre de résoudre en partie les problèmes sociétaux qui entourent l’obstacle et les courses en général : « Pour résoudre ce problème, il faudrait arriver à rapprocher le monde du concours complet et celui des courses. C’est une des clés de l’avenir. Partout, on voit des concentrations et des rapprochements… Nous avions certainement moins de chevaux d’obstacle qu’il y a dix ou quinze ans. Ça peut ne pas paraître grave. Mais c’est grave pour le nombre de passionnés qu’il y a à la base. Car ces passionnés discutent beaucoup avec le trotteur d’à côté, le cavalier qui monte en complet qui est à côté. Tous ceux-là, ce sont des défenseurs potentiels. En France, la séparation entre le monde des sports équestres et les courses est totale. Ce sont deux mondes qui s’ignorent et veulent s’ignorer. Il faudrait faire un effort utile et salvateur dans les deux sens» Le concours complet, c’est le moyen de pénétrer le monde des sports équestres, via les courses d’obstacle. Car les acteurs de l’obstacle passés par cette discipline sont légion, à l’image de Barbara Guenet ou encore de la famille Leenders et de Nicolas Devilder. Pourquoi ne pas inviter par exemple nos cavaliers médaillés olympiques en CCE lors des 48 h de l’Obstacle ? C’est ce qui a été fait à Vincennes récemment, mais le trot et le CCE ou le CSO n’ont pas autant de points communs que l’obstacle. Faire découvrir Auteuil à nos meilleurs cavaliers avec l’une de nos plus fines cravaches ou l’un de nos meilleurs entraîneurs pourrait être bénéfique dans les deux sens. L’initiative d’Emmanuel Clayeux de créer une journée de point-to-point est aussi excellente. Ce serait également le moyen de rapprocher les deux mondes, tout en revenant à l’essence même de l’obstacle. Les point-to-point ont de nombreux points communs avec les parcours de complet. C’est une nouvelle porte d’accès aux courses d’obstacle dont il ne faut pas se priver et qu’il faut réellement soutenir !

Le rôle clé de la province pour l’obstacle. Dans son ouvrage Les Courses de Chevaux en France, Albert de Saint-Albin a cette formulation que l’on pourrait transposer à l’obstacle : « La Société d’Encouragement ne saurait oublier qu’elle doit plus que jamais propager le goût de l’élevage du cheval de pur-sang dans toute la France. » Si on remplace "l’élevage du pur-sang" par les courses en général et l’obstacle en particulier, on peut se dire que cent vingt ans plus tard, la formule modifiée de Saint-Albin marcherait encore. La province est vitale. Que ce soient les meetings hivernaux de Pau et Cagnes ou encore les grandes épreuves de l’Ouest : ce sont des points d’ancrage pour les passionnés. En particulier dans l’Ouest de la France. Le Grand Cross de Craon (L), l’Anjou-Loire Challenge (L) ou même de nombreux grands cross provinciaux drainent des passionnés et amorcent en quelque sorte le renouvellement des turfistes. Dans plusieurs de ces villes, les courses et les chevaux sont l’un des seuls loisirs et ils ont donc conservé leur importance aux yeux du public. « On ne peut aimer que ce que l’on connaît » dit souvent Guillaume Macaire. Et pour aimer les courses, il faut y aller. C’est sur un hippodrome que la passion se transmet ou se découvre. En ce sens, l’obstacle conserve une petite popularité qui peut grandir de nouveau.

L’obstacle ou l’excellence à la française. L’obstacle représente l’excellence française en matière d’entraînement, car il ne faut pas oublier qu’environ 70 % des french breds qui traversent la Manche ont été dressés chez nous. La discipline permet aussi à de petits propriétaires, plus souvent que le plat, d’accéder au plus haut niveau. L’obstacle, c’est aussi l’excellence tricolore en matière d’élevage, avec des pedigrees et des souches de grande valeur, que ce soit chez les pur-sang ou les AQPS. Les concours de modèle et allures pour les AQPS se portent d’ailleurs très bien. Il existe donc un socle solide pour porter la discipline. Mais il y a aussi des problèmes d’enjeux.

Mort, quand tu nous tiens… Il y a urgence à essayer de gommer les défauts de l’obstacle ou à faire mieux comprendre ces courses par le commun des mortels. Parmi les points noirs, il y a la mortalité et l’utilisation de la cravache qui deviennent des problèmes sociétaux et, bien sûr, les soucis liés aux partants et donc aux enjeux PMU.

La mortalité fait malheureusement partie des courses d’obstacle, tout comme elle fait partie du concours complet par exemple. Rien qu’en 2016, cinq cavaliers ont perdu la vie lors d’un CCE. C’est triste, mais ce sont les risques de ce sport. On pourra toujours rendre un parcours moins dangereux, en course comme en concours. Mais les accidents seront toujours présents. Et il sera difficile de faire changer d’avis les personnes qui pensent que les chevaux sont mieux dans les prés à regarder les mouches voler... Avec un travail pédagogique, on peut néanmoins tenter de leur expliquer ce que l’obstacle représente, les valeurs que cette discipline apporte. Sans oublier le travail du matin qui prépare le cheval à ce qu’il va devoir encaisser l’après-midi. Montrer ce qu’il se passe à l’entraînement au plus grand nombre est fondamental, encore plus en obstacle, car cela permet de faire comprendre que tout est fait pour que les sauteurs soient en sécurité lors de la compétition.

…tout comme la cravache. En plus de la mortalité, il y a l’usage de la cravache, qui est aussi un problème pour l’avenir de l’obstacle, mais qui concerne également le plat. La cravache est cependant un ustensile nécessaire et ceux qui ont déjà monté à cheval savent qu’elle est plus qu’utile parfois pour indiquer la marche à suivre ou réprimander sa monture. Pas seulement pour aller plus vite. À ce sujet, lors de notre entretien avec Bernard Le Gentil, publié en juin 2015, ce dernier nous avait expliqué : « Je pense qu’un gros nuage plane au-dessus de l’obstacle. Ce gros nuage, c’est l’évolution sociétale par rapport aux "amis des animaux". Cela va être un gros problème. Il faudrait essayer de le gérer dès maintenant. Il y a cette éternelle discussion sur les cravaches. Je suis tout à fait d’accord pour dire que la cravache est utile. Et qu’en obstacle, cela peut même vous empêcher de tomber, si vous vous en servez au bon moment. Mais s’il y avait une fixation qui se faisait là-dessus de la part des gens qui s’imaginent que nous maltraitons nos animaux, à la limite, est-ce que cela vaudrait le coup de la conserver, cette cravache ? Toute la société passe d’une sensibilité rurale à une sensibilité urbaine. Aujourd’hui, une sensibilité artificielle s’est développée dans les villes. Ce qui nous paraît totalement invraisemblable peut se produire demain malheureusement. Le problème nous échappe, car ce n’est plus une question rationnelle mais émotionnelle. »

Les enjeux ne sont pas au rendez-vous. S’il y a un nombre de partants égal dans une épreuve plate et dans une autre en obstacle, les parieurs se tournent systématiquement vers la course plate où les enjeux sont plus importants. Ce qui est aussi vrai entre le plat et le trot. Le danger de la chute est sans doute ce qui freine le plus les parieurs à s’engager en obstacle. Mais on pourra aussi leur répliquer que ce danger est similaire à celui de voir s’envoler son pari si un trotteur se met au galop… Pour attirer des parieurs à jouer plus sur l’obstacle, pourquoi ne pas proposer une sorte de Boost Ordre (dont l’effet bénéfique a été souligné dernièrement) pour les joueurs qui trouveraient le trio dans l’ordre du Grand Steeple et du Prix La Haye Jousselin (Gr1) la même année ? L’ante-post serait aussi un plus pour l’obstacle en particulier. On pourrait s’imaginer miser sur un cheval de 3 ou 4ans pour un futur Grand Steeple. Car c’est aussi cela l’obstacle : il faut avoir une vision à long terme, dans tous les sens. Ce qui n’est pas forcément le cas de la plupart des parieurs.