LE BAROMÈTRE DU PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE - La vérité venue d’ailleurs

Autres informations / 01.10.2016

LE BAROMÈTRE DU PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE - La vérité venue d’ailleurs

 

Par Pierre Laperdrix, journaliste à Jour de Galop

J’ai toujours trouvé idiot d’affirmer que Manduro aurait gagné le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 2007, sous prétexte que quelques mois plus tôt, il en avait battu son lauréat, Dylan Thomas. Manduro n’a pas couru l’Arc, donc nous ne saurons jamais. Alors ne comptez pas sur moi pour écrire que La Cressonnière (Le Havre) aurait gagné ce Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 2016... Même si je le pense très fort ! Elle ne court pas (adieu antepost...), donc c’est sur les partants de dimanche qu’il faut maintenant se concentrer, et non sur les absents, aussi bons soient-ils.

L’année 2016 a manqué d’un vrai cheval repère en Europe chez les mâles de 3ans. Cela explique cet engouement qui dure depuis Meydan sur Postponed (Dubawi) pour cet Arc 2016. On peut trouver toutes les qualités que l’on veut au pensionnaire de Roger Varian, mais son parcours, pas plus que sa victoire en penchant dans les Juddmonte International Stakes (Gr1), ne m’ont convaincu. La vérité pour cet Arc doit pouvoir venir d’ailleurs et certainement du Japon.

Pour s’en convaincre, répondons à la question suivante : y a-t-il une Trêve, un Orfèvre ou un Intello dans cet Arc ? A priori, pas du tout. Mais le quatrième derrière ce trio dans l’Arc 2013 était Kizuna. Le palmarès de Makahiki (Deep Impact), le 3ans japonais candidat à l’Arc 2016, n’a rien à envier à celui de Kizuna à la même époque. Et les longueurs qui ont manqué à ce dernier pour grimper sur le podium de ce grand Arc 2013, Makahiki peut largement les combler, car l’opposition qu’il a à affronter est bien inférieure à celle qui se dressait face à Kizuna il y a trois ans.

On peut reprocher à Makahiki d’avoir gagné de peu le Prix Niel (Gr2) face à Midterm (Galileo) et Doha Dream (Shamardal). Mais est-il nécessaire de réaliser une démonstration dans les préparatoires à l’Arc pour avoir une chance lors du grand rendez-vous ? Ces préparatoires, comme leur nom l’indique, ne sont que des répétitions et, bien souvent, à part apprendre que le cheval est en bonne santé, elles ne livrent pas vraiment d’enseignements. Il faut plutôt s’en tenir à ce qui a été vu durant le premier semestre 2016 et, sur cette période, Makahiki est très rassurant. Pour finir sur le Prix Niel, ce que Makahiki y a réalisé n’était pas si insignifiant. D’abord, il a gagné, et c’était bien ce qu’on lui demandait. Une course de 2.400m à 5 partants qui se termine sur un sprint de quatre cents mètres ne crée aucune sélection. Que Makahiki ait finalement gagné d’une encolure seulement ne remet pas en cause sa qualité. Un cheval qui est le meilleur 3ans du Japon et détient dans son pays des lignes solides possède largement les moyens de remporter la victoire dans un Arc comme celui de 2016, qu’il ait bien gagné le Prix Niel ou pas.

La malédiction japonaise ? Je n’y crois pas !

Chaque année, on annonce avant l’Arc : "Et si cette année était la bonne pour le Japon ?" Et chaque année, le Japon passe à côté. Alors on met cette nouvelle défaite sur le compte d’une soi-disant malédiction... La malédiction aux courses, cela n’existe pas ; je n’y crois pas. El Condor Pasa n’était pas maudit en 1998. Il a juste été battu pas un cheval meilleur que lui : Montjeu. Deep Impact n’était pas maudit en 2006. Il est venu trop tôt, dans la fausse ligne droite. Orfèvre n’était pas maudit en 2012. Il a perdu la course tout seul. La malédiction japonaise dans l’Arc, c’est un fantasme.

TABLEAU : LE BAROMÈTRE JDG DU PRIX DE L’ARC DE TRIOMPHE

 

Postponed, de Meydan jusqu’à l’Arc ? Pour être franc, je ne sens pas du tout Postponed dans cet Arc. Bien entendu, sur ses performances de 2016, il dispose d’une première chance, mais je n’ai jamais accroché avec ce cheval qui me donne l’impression de tout faire en force. Et je pars toujours du principe suivant : ce qu’un cheval prend à Meydan en mars, Meydan le garde pour la fin de saison. C’est-à-dire qu’il est très difficile de maintenir un cheval à sa condition optimale de mars jusqu’à octobre. Il suffit d’ailleurs d’observer un élément comme Vazirabad (Manduro). Lui qui était si bon a eu vraiment du mal à se relever de sa victoire aux Émirats en début d’année.

Il ne faut pas non plus perdre de vue, concernant Postponed, qu’il avait été préparé pour les King George (Gr1), dans lesquels il n’a été forfait qu’au dernier moment. Sa victoire ensuite, dans les Juddmonte International Stakes, a montré le cheval sur la mauvaise pente, celle qui descend. Sauf revirement de forme, il lui sera très difficile, s’il n’est pas redevenu le même cheval qu’à Meydan – ce dont je doute –, de gagner dimanche. Alors au risque de passer pour un fou, Postponed n’arrive qu’en sixième position de mon baromètre.

L’Arc doit une revanche à Found. Il y a un an, Found (Galileo) était un bon outsider dans l’Arc. Elle n’avait pas pu y montrer ce dont elle était capable : montée à l’arrière-garde dans une course qui s’est jouée entre les concurrents de tête, elle avait été gênée peu après l’entrée de la ligne droite, puis ligotée entre des concurrents qui plafonnaient dans les 75 derniers mètres. Cette course ne comptait pas et Found s’était pleinement rattrapée ensuite en enlevant le Breeders’ Cup Turf (Gr1).

Sur ses performances de 2016, il est difficile de reprocher quoi que ce soit à Found, hormis de ne pas avoir gagné un Gr1. Elle vient de fort bien courir dans les Irish Champion Stakes (Gr1) et, bien sûr, on peut rétorquer que début juin, elle a été déposée par Postponed dans le Coronation Cup (Gr1) à Epsom, sur 2.400m. Certes, mais la Found de l’époque n’était pas encore à 100 %, alors que Postponed était en pleine bourre sur sa lancée de Meydan. Found a fait des progrès depuis, ce qui est beaucoup moins évident à affirmer concernant Postponed. En toute logique, même si Found n’a pas l’allure d’une gagnante de l’Arc, elle sera forcément dans le coup.

Found au-dessus d’Order of St George et Highland Reel

Des trois pensionnaires d’Aidan O’Brien, Found se détache. Sur une piste très souple, Order of St George (Galileo), si impressionnant à Ascot dans le Gold Cup (Gr1), aurait été placé dans les trois premiers du baromètre. Là, sur une piste qui sera rapide, c’est plus compliqué pour lui.

Highland Reel (Galileo) a vraiment mal couru récemment dans les Irish Champion Stakes. Le gagnant des King George 2016 donne l’impression d’avoir fait sa saison et d’être sur la pente descendante, même si les 2.400m sont, finalement, sa meilleure distance.

Un Arc sans Fabre, ça n’existe pas ! L’Arc, c’est LA course d’André Fabre, comme nous l’a raconté Franco Raimondi dans la précédente édition de Jour de Galop. Et il n’est pas idiot de penser que ses deux pensionnaires, New Bay (Dubawi) et Talismanic (Medaglia d’Oro), sont les bonnes chances du contingent français.

En raison de problèmes de santé, New Bay est passé à côté du premier semestre et sa rentrée dans le Prix d’Ispahan (Gr1) ne compte pas. D’ailleurs, pour faire une parenthèse sur cette course, la ligne de ce Gr1 est impossible à juger, car je considère que derrière le japonais A Shin Hikari (Deep Impact), qui s’est envolé, quasiment aucun des autres partants n’a fait sa valeur. C’était le même constat dans les King George 2010 survolés par Harbinger (Dansili) – 11 longueurs. Oublions donc ce Prix d’Ispahan pour New Bay qui s’est remis en confiance, mi-août à Deauville, dans le Gontaut-Biron (Gr3) avant de terminer bon quatrième des Irish Champion Stakes. Par la force des choses, il arrive sur cet Arc avec de la fraîcheur et il est sur la montante. Il a couru comme un cheval qui avait besoin de plus de distance à Leopardstown et sera dans le coup dimanche, lui qui a terminé troisième de l’Arc 2015 dans une édition sans doute plus relevée.

Le cas de Talismanic, c’est celui de la surprise du chef. Il a vraiment bien gagné le Prix Turenne (L) alors qu’il était encore enveloppé. Ses performances au premier semestre sont un peu mince, mais Talismanic a le droit d’être toujours en progrès et peut faire aussi bien, voire mieux, que Penglai Pavilion (Monsun), cinquième du premier Arc de Trêve après avoir gagné le Turenne avec bien moins de marge que Talismanic.

 

L’énigmatique Harzand. Il faut reconnaître que les Derby gagnés par Harzand (Sea the Stars) n’étaient pas ceux de la décennie. À cela s’ajoute la performance en demi-teinte (huitième) du cheval dans les Irish Champion Stakes. Mais un poulain qui est le meilleur 3ans de Son Altesse l’Aga Khan est forcément bon. Et un cheval qui gagne les Derby d’Epsom et d’Irlande (Grs1) l’est encore plus. C’est le meilleur cheval parmi des milliers d’autres nés la même année que lui, en Angleterre et en Irlande principalement.

En partant du principe qu’il était boiteux lors des Irish Champion Stakes et qu’il n’y a pas fait sa valeur, d’autant plus que l’épreuve était sur 2.000m, Harzand doit être capable de montrer un tout autre visage sur les 2.400m de Chantilly, même sur une piste assez rapide. Un cheval avec un tel palmarès se respecte dans l’Arc et c’est un candidat aux premières places.

Côté français... Il est assez difficile d’imaginer que le gagnant de l’Arc 2016 soit entraîné en France. Techniquement, la meilleure chance française, c’est New Bay. C’était le meilleur 3ans français l’an dernier et il est donc normal de penser qu’il est toujours meilleur qu’un cheval comme Silverwave (Silver Frost), bien que ce dernier soit plus tranchant en course depuis qu’il porte un bonnet. Les 4ans et plus vus en France cette année au plus haut niveau n’ont pas convaincu et c’est pour cela qu’il est difficile, à mes yeux, de voir une toute première chance à Silverwave.

Pour Left Hand (Dubawi), ce n’est pas parce que La Cressonnière n’est pas là dimanche qu’elle devient automatiquement et subitement une favorite de l’Arc. Dans le Diane, Left Hand a bénéficié d’un parcours en or, au contraire de la lauréate, venue de très loin faire quelque chose de quasi impossible. Left Hand est une pouliche courageuse, qui a certainement sa chance pour une place.

Pour ce qui est des autres, Siljan’s Saga (Sagamix), dans le terrain rapide de dimanche, ne peux espérer qu’une place, même avec un super parcours, One Foot in Heaven (Fastnet Rock) n’a pas encore prouvé qu’il était du niveau de ces chevaux-là, Vedevani (Dubawi) joue le rôle de leader, et Migwar (Sea the Stars) n’a pas été assez convaincant cette saison pour qu'on lui accorde une première chance ici.