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EWEN 2016 : quelles connaissances nouvelles en nutrition ?

Élevage / 25.10.2016

EWEN 2016 : quelles connaissances nouvelles en nutrition ?

Par LAB TO FIELD, société de recherche en nutrition-santé-performance équine

Tous les deux ans, le congrès European Workshop on Equine Nutrition (EWEN) regroupe des chercheurs, industriels et conseillers spécialisés en nutrition équine. La huitième édition du congrès s’est tenue à Dijon en juin dernier. L’événement, qui a rassemblé environ 180 participants du monde entier, était organisé par AgroSup Dijon en partenariat avec Vitagora et Lab to Field. En clin d’œil à l’expertise locale sur le microbiote digestif du cheval, dont nous traitons régulièrement dans ces colonnes, la première journée du congrès s’intitulait "No microbe no horse". Lors de la deuxième journée, des travaux de recherche récents sur le goût et la performance du cheval ont été présentés. Enfin, la dernière journée était consacrée à la visite de la plateforme de recherche nutrition-santé-performance Equine d’Agrosup Dijon et de Lab to Field, ainsi qu’à la découverte du travail du cheval dans les vignes.

Les travaux de recherche conduits dans le monde ont notamment pour objectif de mieux comprendre le cheval et son fonctionnement pour améliorer son bien-être et ses performances physiques. Dans cet article, nous détaillons trois exemples de travaux scientifiques présentés lors de l’EWEN 2016 qui pourraient rapidement trouver des applications pratiques.

Les fèces… un indicateur de la santé digestive ?

Lorsque l’écosystème microbien intestinal du cheval est soumis à un stress, par exemple à cause d’une alimentation riche en céréales, ceci peut avoir des répercussions à la fois sur sa santé, son bien-être et ses performances physiques. Il est donc primordial de veiller à préserver l’équilibre de cet écosystème. Toutefois, il est aujourd’hui difficile d’évaluer la santé intestinale par des méthodes simples et peu invasives. Pauline Grimm, doctorante dans l’équipe de recherche d’Agrosup Dijon, a présenté des résultats qui ouvrent de premières pistes via l’analyse des fèces.

Il est établi depuis longtemps qu’une alimentation riche en amidon (contenu dans les céréales) chez le cheval peut entraîner des modifications importantes dans la composition du microbiote intestinal, et notamment une prolifération de certaines bactéries (Gram-). Or, ces bactéries contiennent dans leur membrane externe des composés, appelés les lipopolysaccharides (LPS), qui peuvent être dosés dans les fèces. Pour ses recherches, Pauline Grimm a regardé s’il existait une relation entre le régime alimentaire, l’écosystème intestinal et la concentration de LPS dans les fèces.

Lorsque les chevaux qui ont participé à l’étude sont passés d’un régime 100 % foin à un régime contenant des céréales (57 % foin, 43 % orge), les concentrations en LPS ont augmenté significativement dans les fèces. Ces concentrations sont redescendues dès que les chevaux sont repassés à un régime 100 % foin. En parallèle, il a été observé par différentes approches microbiologiques que la composition bactérienne de l’écosystème intestinal et son activité variait avec le régime riche en céréales : moins de bactéries utilisatrices de fibres et plus de bactéries utilisatrices d’amidon et d’acide lactique. Ce type de modification a été associé à certaines maladies d’origine alimentaire, comme les coliques, et peut également être à l’origine de contreperformances.

Avec des données complémentaires, le dosage des LPS dans les fèces pourrait ainsi devenir un indicateur pertinent de la santé digestive. Ceci permettrait de repérer rapidement les situations dangereuses avant que les chevaux ne présentent des signes de mal-être ou de maladie.

Tableau LPS

Une méfiance face aux goûts nouveaux

Lorsqu’un nouvel aliment est présenté pour la première fois à des chevaux, une défiance à consommer de grandes quantités est fréquemment observée. Il est supposé que ce phénomène, appelé "néophobie", existe à l’état naturel chez le cheval pour éviter les surconsommations d’aliments toxiques.

Mariette van den Berg, en thèse de doctorat à l’université de New England en Australie, a présenté les résultats d’une étude récente visant à évaluer la vitesse d’accoutumance des chevaux à un nouvel arôme. Pendant cinq jours consécutifs, les chevaux recevaient 400 g de granulés aromatisés à la banane, cannelle, noix de coco ou menthe. Les chercheurs observaient la quantité de granulés consommés par les chevaux sur 24 h.

Lors de cette étude, les quantités de granulés consommés n’ont pas différé en fonction des arômes ajoutés. Par contre, des différences marquées ont été observées selon les jours de distribution. Le premier jour d’introduction d’un nouvel aliment, plusieurs chevaux de l’étude ont consommé de très faibles quantités, qui ont progressivement augmenté avec le temps. Au bout de 3 à 4 jours, tous les chevaux consommaient la quasi-totalité des granulés aromatisés mis à disposition.

Cette étude illustre que lors de l’introduction d’un nouvel aliment, plusieurs jours peuvent être nécessaires pour que le cheval s’habitue à un goût nouveau. Si un aliment n’est pas ou peu consommé le jour de son introduction, il peut être pertinent d’attendre quelques jours avant de le retirer de la ration.

Tableau banane

Suralimentation et niveau de performance

Pour des questions pratiques, il arrive que tous les chevaux d’une écurie reçoivent la même ration, alors que leurs caractéristiques physiologiques et leur activité varient. Il est donc possible que certains chevaux soient sur ou sous-alimentés. À partir de ce constat, Lab to Field et Agrosup Dijon ont conduit avec l’université rurale de Rio de Janeiro une étude pour mesurer l’impact d’une légère suralimentation (110 % des besoins énergétiques et protéiques estimés) sur la performance.

Chez l’athlète humain, la mesure des paramètres cardiorespiratoires, et notamment de la consommation d’oxygène (VO2) pendant un test d’effort, est considérée comme la méthode de référence pour évaluer les capacités physiques. Cette méthodologie a été adaptée et appliquée sur quatorze chevaux de concours complet qui ont réalisé un test d’effort incrémental continu sur le terrain. Pendant le test, les chevaux étaient équipés d’un GPS pour mesurer leur vitesse réelle, d’un cardiofréquencemètre et d’un matériel portatif permettant de mesurer les paramètres respiratoires au cours de l’exercice (fréquence respiratoire, volume tidal, composition de l’air expiré, etc.).

Chiara Oliveira, chercheuse brésilienne, et Samy Julliand, directeur de Lab to Field, ont présenté les résultats de l’étude : les paramètres cardiorespiratoires ont évolué en fonction de la vitesse des paliers. Il n’a pas été noté de différence entre les chevaux qui recevaient 100 % de leurs besoins estimés et ceux qui recevaient 110 %. Le seuil à partir duquel un impact négatif est observé sur les performances athlétiques des chevaux reste à évaluer, en parallèle de la forme d’apport de l’énergie.

Cette étude a également permis d’obtenir les premières données cardiorespiratoires sur des chevaux de concours complet à l’exercice sur le terrain. La mise en place de méthode de mesure de la VO2 sur piste ouvre également des perspectives intéressantes pour évaluer la capacité aérobie de chevaux athlètes. Avec des connaissances supplémentaires, il pourra être possible, comme cela est fait chez l’homme, de suivre l’évolution des paramètres physiologiques (comme la VO2max) indicateurs des capacités physiques dans le but d’ajuster l’entraînement à chaque individu.

Tableau VO2

Pour en savoir plus : www.ewen2016.com

Présentations de l’EWEN illustrées dans cet article

  • Impact of diet on bacterial lipopolysaccharides in equine faeces – P. Grimm, J.P. Pais de Barros & V. Julliand
  • Effect of flavour change on food intake by horses – M. van den Berg & G.N. Hinch
  • Effect of energy and protein intake on cardiorespiratory parameters in eventing horses – M.T. Ramos, S. Julliand, A. Marti