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Jour de Galop

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L’histoire extraordinaire de Siljan’s Saga, la dame de fer du turf français

Courses - Élevage / 24.10.2016

L’histoire extraordinaire de Siljan’s Saga, la dame de fer du turf français

Siljan’s Saga (Sagamix) est une jument qui sort de l’ordinaire, de par sa longévité au plus haut niveau et sa popularité. Elle a marqué l’année 2016, avec une quatrième place dans le Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) conjuguée à une victoire finale dans la première édition des EpiqE Series, et une troisième place dans le Prix Royal-Oak (Gr1), ce dimanche à Saint-Cloud.

Son entraîneur, Jean-Pierre Gauvin, nous a donné des nouvelles de la dame de fer du turf français : « Elle est arrivée ce lundi matin vers 11 heures à la maison. Elle est pimpante, a bien voyagé et n’a pas semblé éprouvée par sa course dans le Prix Royal-Oak. Elle est allée au pré. Après la course, l’analyse de son jockey, Pierre-Charles Boudot, traduit qu’elle est beaucoup mieux sur 2.400m. Pour le moment, rien n’est décidé quant à la suite de sa carrière. » La nouvelle grande performance de Siljan’s Saga est l’occasion d'effectuer un focus sur ses origines et sa carrière avec Jean-Pierre Gauvin et Philippe Ouvry, fils d’Antoinette Ouvry, éleveur de la jument.

Philippe Ouvry : « Si Siljan’s Saga avait été chez n’importe quel autre entraîneur, elle n’aurait jamais vu un champ de courses ! »

Springer, la raison du croisement de Siljan’s Saga. Éleveur de Siljan’s Saga, Philippe Ouvry a repris le haras des Mesnils à la mort de son père, il y a dix ans. Il est à l’origine du croisement qui a donné la jument d’Éric Palluat de Besset et Emmanuel Tassin. Il raconte : « Nous sommes allés à Sagamix car Humoriste (Saint Cyrien), la mère de Siljan’s Saga, nous avait donné précédemment un bon cheval d’obstacle qui s’appelait Springer (Sagamix), lauréat de ses deux premières sorties à Auteuil. Avec Humoriste, nous pensions surtout faire des chevaux d’obstacle au départ. Springer avait le même tempérament que Siljan’s Saga et Humoriste, c’est-à-dire assez explosif ! Jean-Pierre Gauvin a entraîné Humoriste et elle a gagné en débutant, à Lyon-Parilly. Puis elle a eu un grave abcès et n’a jamais pu répéter. Nous l’avons récupérée à l’élevage. Mon père avait déjà acheté la mère d’Humoriste, Diamond Dove, pour 13.000 F, lors des ventes. C’était une "Bellypha", le Galileo de l’époque. Diamond Dove avait gagné le Prix des Chaumières en battant une pouliche de l’Aga Khan. »

Jean-Pierre Gauvin sinon rien ! Siljan’s Saga a vu le jour le 2 avril 2010, au haras des Mesnils, en Seine-Maritime, où Philippe Ouvry a huit poulinières en association avec sa fille Victoria qui travaille à l’Afasec. « Siljan’s Saga est une jument attachante, mais elle a toujours été très, très tendue. C’est pour cela que je tenais à ce qu’elle aille chez Jean-Pierre Gauvin. Il avait eu la mère qui faisait preuve du même comportement. J’avais envoyé un courrier à Jean-Pierre Gauvin et il s’était déplacé aux ventes de Deauville avec son camion, uniquement pour elle. Il l’avait achetée 2.500 € [elle était alors présentée par le haras de la Hêtraie, ndlr]. Si elle avait été chez n’importe quel autre entraîneur, elle n’aurait jamais vu un champ de courses. Elle nous surprend toujours. Elle a couru trois fois l’Arc : nous ne sommes pas préparés à vivre cela ! »

L’histoire continue… L’élevage, c’est le passé et le présent, mais aussi le futur. Après Siljan’s Saga, Humoriste a produit Boston Paris (Kapgarde), lauréate du Prix Guillaume de Pracomtal (L) à Auteuil. La suite, Philippe Ouvry nous la détaille : « Elle a une 2ans qui s’appelle Paul’s Saga. C’est une fille de Martaline. Nous sommes allés à cet étalon pour remettre le sang de Linamix. Nous espérons qu’elle fera aussi bien que Siljan’s Saga ! Et elle a eu un foal par Montmartre qui se nomme Sire Constance. Nous l’avons appelé comme cela car ma petite-fille s’appelle Constance. »

Jean-Pierre Gauvin : « On sait de mieux en mieux comment travailler Siljan’s Saga »

Un achat basé sur le pedigree. Au sujet de l’achat de Siljan’s Saga, Jean-Pierre Gauvin a pris le relais : « J’ai entraîné sa mère, Humoriste, qui n’avait pas beaucoup couru, et sa tante, Yvecrique (Épervier Bleu), qui avait gagné le Prix Fille de l’Air (Gr3). Humoriste avait beaucoup d’influx et était fantasque, mais elle n’avait pas autant de caractère que Siljan’s Saga. Je l’ai achetée uniquement sur son origine. Siljan’s Saga était une yearling très légère. Elle appartenait à la famille de Catarale [lauréate de handicap pour Éric Palluat de Besset et Emmanuel Tassin, propriétaire de Siljan’s Saga, ndlr]. »

Les chiens ne font pas des chats. Arrivée à Saint-Cyr-les-Vignes, dans les boxes de Jean-Pierre Gauvin, Siljan’s Saga ne tarde pas à démontrer qu’elle a hérité du caractère familial, en plus prononcé : « Elle était compliquée au débourrage. Elle a connu alors un petit souci et nous l’avions envoyée au haras des Châtaigniers, en Saône-et-Loire, avec lequel j’ai l’habitude de travailler. Cela lui a permis de voir autre chose que la piste d’entraînement en sortant sur les chemins de campagne, car elle avait tendance à faire les mêmes bêtises qu’aujourd’hui lors de ses départs au galop de chasse. Elle avait toujours les mêmes réactions et je l’ai associée à de bons cavaliers. Au départ au galop, elle se jetait à gauche et pouvait finir dans le fossé. Elle se défendait. Elle reculait au moment d’entrer en piste. »

Avoir un leader, un impératif. Progressivement, Siljan’s Saga comprend ce qu’on lui demande : « Elle s’est canalisée tout doucement. Au début, c’était mon ancien premier garçon qui la montait. Nous l’avons comprise, et elle, elle s’est fait à l’entraînement. Il lui faut toujours un leader. J’ai remarqué cela notamment chez les femelles : de manière instinctive, comme une mère avec son produit, elle a besoin de suivre le leader. Cela la rassure. Alexis Larue a ensuite pris le relais à l’entraînement. »

Des progrès, des progrès et toujours des progrès. C’est le 17 août 2012 que Siljan’s Saga débute en course, à Vichy, où elle finit sixième : « Quand elle a débuté, elle n’est pas sortie des boîtes. Mais elle a eu un très beau passage. Elle n’a pas gagné à 2ans pour autant. Je n’aurais pas pensé à ce moment-là qu’elle deviendrait une jument de Groupe. À 3ans, elle a ouvert son palmarès, puis nous avons tenté directement notre chance dans un Gr3, le Prix Cléopâtre, à Saint-Cloud. Mais elle souffrait alors d’un varron au garrot. Elle a gagné sa course D à Chantilly puis a enchaîné en remportant le Prix Madame Jean Couturié (L). Ensuite, elle n’a fait que progresser. À l’origine, elle manquait de force, mais elle en a pris au fil des années. Elle a gagné en puissance. Depuis 2016, elle va tous les jours au pré et c’est un petit plus. On sait de mieux en mieux comment la travailler. Tout cela explique qu’elle progresse. »

Difficile de dégager un souvenir plus qu’un autre avec Siljan’s Saga, mais Jean-Pierre Gauvin se risque : « La quatrième place de l’Arc est superbe. C’est mon meilleur souvenir. Mais nous en avons beaucoup avec Siljan’s Saga, comme sa première victoire de Listed, son Grand Prix de Deauville (Gr2)… La cerise sur le gâteau de sa belle course dans l’Arc est son sacre comme meilleur cheval des EpiqE Series. »