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ASSISES DE LA FILIÈRE ÉQUINE - Table ronde n°1 [PARTIE 1 sur 2] - La médecine sportive en soutien au cheval de compétition

Courses / 29.10.2016

ASSISES DE LA FILIÈRE ÉQUINE - Table ronde n°1 [PARTIE 1 sur 2] - La médecine sportive en soutien au cheval de compétition

ASSISES DE LA FILIÈRE ÉQUINE – TABLE RONDE NUMÉRO 1 [PARTIE 1 sur 2]

La médecine sportive en soutien au cheval de compétition

Les troisièmes Assises de la filière équine se sont tenues le 27 septembre, à Caen. Cinq cents personnes étaient présentes pour ces rencontres, organisées par Ouest-France. Trois tables rondes étaient notamment au programme. Nous revenons sur ces dernières avec les principales idées et déclarations. La première table ronde, "médecine sportive du cheval – état des lieux des connaissances – pratiques émergentes et alternatives", était divisée en deux parties. Voici les principaux points de la première partie.

Laurent Fiscus, préfet du Calvados. Laurent Fiscus n’a pas participé à la table ronde mais a ouvert ces assises. « Dans le Calvados, il y a toutes les familles équines. La Normandie accueille 20 % de l’élevage et du cheptel français. Les résultats sont là. » Laurent Fiscus a insisté sur la nécessité de la filière de faire entendre sa voix, de ne pas rester retranchée derrière les barrières des haras. « Ces métiers sont parfois méconnus de nous, le service public. (…) La filière a besoin de notre soutien et il me paraît nécessaire que nous nous connaissions mieux. Votre activité est une activité passion, mais elle est aussi une activité économique. Des choses ont déjà été créées en Normandie, comme le pôle de compétitivité Hippolia ou le Cirale. Nous avons besoin de nous connaître, d’éventuellement forcer sa nature, ne pas rester dans le savoir-faire mais dans le faire savoir. »

Jean-Marc Betsch, de l’Association vétérinaire équine française. Jean-Marc Betsch s’est lancé dans un discours assez technique. « Le cheval est adapté à la course et au sport. Il est composé à 55 % de muscles, contre d’habitude plutôt 30 ou 40 % pour les autres espèces. Il a un cœur extrêmement efficace, capable d’envoyer 300 litres de sang par minute aux muscles pour apporter l’oxygène. Il est aussi doté de poumons énormes. »

Le cheval est fait pour la course. Jean-Marc Betsch a aussi parlé de l’évolution des records chez les athlètes, humains et équins, sur cinquante ans et sur une même piste au fil des années : « Les humains ont gagné 10 % de leur chrono et ceux qui ont le plus progressé sont les femmes sur le marathon, qui ont gagné plus de 30 %. Chez les pur-sang, nous sommes très en deçà, avec une amélioration du chrono de 4 %. C’est beaucoup plus spectaculaire dans le trot : en 1920, on disait qu’aller sur le pied de 1’45 soit 35 km/h, c’était le Saint Graal, et désormais nous sommes autour des 55 km/h. » Évidemment, la race du trotteur étant plus jeune, elle a fortement évolué et avait plus de marge de progression au niveau de ses performances que les pur-sang. Mais il y a peut-être aussi d’autres pistes à creuser selon Jean-Marc Betsch, comme peut-être adopter de nouvelles techniques d’entraînement et éventuellement adopter un travail plus individuel avec chaque cheval. Lors de la seconde partie de cette table ronde 1, Jean-Claude Rouget comme Sébastien Guarato, entraîneur, entre autre, du champion trotteur Bold Eagle, souligneront qu’il est très difficile, si ce n’est impossible, de faire du cas par cas à l’entraînement.

 

La difficulté de l’entraînement est aussi de respecter la condition et l’évolution physique du cheval. « L’entraînement dope et améliore tous les tissus, mais pas à la même vitesse. Il génère aussi du stress et beaucoup de perturbations hormonales qui font l’objet de beaucoup d’études mais sont mal connues. Le psychisme du cheval est aussi mal connu, mais il a un très gros rôle. » Les chevaux de course commencent quant à eux l’entraînement en étant très jeunes, d’où l’apparition de fractures de stress.

Selon Jean-Marc Betsch, les contre-performances chez le cheval s’explique « à 60 % parce qu’il est boiteux, à 30 % parce que l’oxygène n’arrive pas correctement au muscle et à 10 % pour le reste des raisons possibles, comme les myosites ou les ulcères gastriques. Il est très rare que ce soit dû à une anomalie cardiaque. »

Le professeur Jean-Marie Denoix, directeur du Cirale. Le professeur Jean-Marie Denoix s’est lui aussi lancé dans un exposé technique visant à démontrer comment le système locomoteur du cheval est adapté à la course et au sport. « Le cheval a été exploité de tout temps pour sa locomotion. L’évolution de son squelette fait qu’il est fait pour la course, tout comme sa musculation. L’appareil tendineux est adapté et simplifié pour la vitesse : le cheval est monté sur ressorts via des ligaments. Il n’y a plus besoin de muscles qui sont concentrés sur le haut du corps. » Concernant l’entraînement, le professeur a mis en avant la nécessité de varier, car un entraînement donné développe un muscle donné. « Il faut varier les conditions de travail. J’ai été à Hongkong récemment et les chevaux y ont développé une condition spécifique, car travaillant toujours sur la même piste. »

 

Il a aussi souligné que le « squelette se détruit et se renouvelle toute la vie. Ce phénomène est plus important chez les jeunes chevaux mais aussi chez les vieux. La reprise de l’entraînement après une période de repos est aussi un cas particulier : quand on reprend un cheval à l’entraînement après deux mois de repos, il se met à boîter car le squelette et le système tendineux se sont désadaptés. » Comme Jean-Marc Betsch, le professeur Jean-Marie Denoix recommande un entraînement personnalisé pour chaque cheval, dans la mesure du possible.

De la technologie au psychisme. Cette première partie de la première table ronde s’est conclue sur des présentations de Claire Leleu, Benoît Blancher, Pierre-Hugues Pitel et Nicolas Blondeau.

Claire Leleu est vétérinaire et a mis en place un nouveau système d’affichage et d’acquisition des données physiologiques à l’exercice, à destination des athlètes équins. Elle travaille surtout avec les trotteurs. Benoît Blancher est le cofondateur d’Equisense, un outil principalement destiné aux chevaux de sport qui permet d’enregistrer des données pour un suivi des performances et des progrès. Benoît Blancher a expliqué : « Je pense que ces technologies ne sont pas invasives, dans le sens où elles ne se mettent pas entre le cheval et le cavalier, ne touchent pas à l’intégrité du cheval et ne remplacent jamais l’homme de cheval, car elles n’en ont pas la capacité. Cela restera comme un outil de partage entre le cavalier et les hommes de chevaux qui l’entourent. »

Pierre-Hugues Pitel, directeur santé animal du Labeo Frank Duncombe, s’est exprimé au sujet du suivi biologique du cheval athlète. « Le challenge est de regarder le cheval tout en étant à l’extérieur. » Il a ajouté : « Notre rêve à tous, dans le monde des Bisounours, serait de transformer un âne en cheval de course, mais le ciel est plus nuageux que cela. » Pierre-Hugues Pitel a ainsi souligné « qu'il y a eu de vraies fortes évolutions dans la biologie équine. La médecine est de plus en plus translationelle. (…) J’aurai juste une petite crainte et un petit regret : l’arsenal thérapeutique n’a pas suivi. »

Enfin, Nicolas Blondeau, que l’on ne présente plus, a pris la parole, rappelant les bases de son travail et sa "devise" : « Calme, en avant et droit. » Contrairement aux trois personnes l’entourant lors de cette table ronde, l’approche de Nicolas Blondeau ne passe pas par la technologie mais plutôt par l’observation et en suivant les règles mises en places par nos ancêtres, des hommes de cheval. « Je crois à la simplicité des choses. Il faut aller vers la simplicité. Toute éducation se fait à pied, puis à cheval dès la première séance. Il ne faut rien avoir à apprendre à cheval qui n’ait été appris à pied. » Le cheval doit surmonter sa peur de l’homme : « La principale difficulté à surmonter : l’appréhension voire la peur du cheval envers l’homme. On y arrive uniquement avec le contact physique, qui va faire comprendre au cheval que l’homme ne lui veut pas de mal. (…) En présence de l’homme, le cheval ne doit pas se fier à ses émotions. L’autorité entraîne le respect mutuel et indispensable. Je suis intimement convaincu que la véritable douceur avec les chevaux, c’est la cohérence humaine. » Nicolas Blondeau a souligné la nécessité de ne pas faire pour autant du cheval un robot, et « de ne pas utiliser l’instinct de fuite car c’est le contraire de la course. La fuite, c’est partir vite pour finir lentement. En course, mieux vaut partir lentement si on veut finir vite. » Il a aussi souligné que s’il fallait former les chevaux, il était nécessaire de former les hommes.

Pour voir l’intégralité de la première partie de la première table ronde, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?v=24sJOKgYdEw