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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

RAIMONDISSIMO ! - Six prospects classiques à suivre en 2017

Courses / 28.10.2016

RAIMONDISSIMO ! - Six prospects classiques à suivre en 2017

 

RAIMONDISSIMO !

Six prospects classiques à suivre en 2017

 

Italien et citoyen du monde, Franco Raimondi est l’un des plus célèbres journalistes hippiques en activité. Grand voyageur et curieux de tout, il offre à plusieurs gazettes de renom international ses connaissances encyclopédiques et ses analyses décalées. Il vous donne rendez-vous chaque semaine dans Jour de Galop.

 

L’autre jour, en feuilletant un RaceHorses de 1964, j’ai fait une drôle de découverte. Le sportsman anglais qui me l’a vendu sur eBay avait annoté sur une des pages blanches sa liste de 2ans à retenir pour la saison classique 1965. S’il a joué ces chevaux l’année suivante, cet inconnu a dû perdre beaucoup d’argent. Sa sélection a vraiment déçu, mais elle m’a donné une bonne idée. Les règles du jeu ? Il faut que ces jeunes pousses n’aient pas couru plus de trois fois, jamais au niveau Listed ou Groupe, et qu’ils aient gagné au moins une fois. Dans l’édition datée du vendredi 28 octobre, nous avons publié la première liste, qui était consacrée aux produits de Frankel. À présent, c’est au tour des "autres que Frankel" d’entrer en scène.

La technologie nous rend-elle plus forts ? Le sujet de sa Très Gracieuse Majesté qui m’a vendu son RaceHorses of 1964 n’était peut-être pas nul, même si sa sélection de 2ans n’a rien fait l’année suivante. Mais il y a cinq décennies, il ne disposait pas de bases de données, d’ordinateurs et de vidéos des courses. Les annotations rédigées avec intelligence et précision par l’équipe du légendaire Phil Bull constituaient son unique source d’information, outre son inspiration, s’il n’était pas lui-même présent aux courses. Avec tous les moyens que nous offre la technologie en 2016, j’espère sortir au moins un placé d’une épreuve classique de mes deux listes, celle des Frankel sortie hier et celle que je vous propose aujourd’hui.

Cela peut vous paraître assez peu ambitieux. Mais "pécher" un classique en lançant son filet dans un lac de maiden en Angleterre et en Irlande n’est pas si facile. Même avec l’aide des technologies de l’information.

L’importance des performances à 2ans chez les futurs classiques. Depuis 2000 sur les Îles, 136 classiques se sont disputés (hors St Leger). 114 gagnants différents se sont imposés dans ces épreuves, dont cinq inédits à 2ans : Eswarah (Unfuwain), Shawanda (Sinndar), Peeping Fawn (Danehill), Moonstone (Dalakhani) et Ruler of the World (Galileo). 109 ont donc couru à 2ans. Dix entre eux ont terminé leur première saison sans parvenir à gagner. Parmi ces maiden de luxe, il y a aussi Harzand (Sea the Stars) et deux autres gagnants classiques de la saison 2016. Jet Setting (Fast Company), la lauréate des Irish 1.000 Guineas, avait débuté au mois d’avril de ses 2ans. Elle avait couru cinq fois lors de cette première saison de compétition. Seventh Heaven (Galileo) a couru deux fois à 2ans (septième et quatrième). Soixante-dix gagnants classiques avaient déjà démontré leur classe à 2ans : quarante-sept en remportant un Groupe (vingt-cinq un Gr1), quatorze en se plaçant à ce niveau, sept en gagnant une Listed et deux (Legatissimo et Ouija Board) en obtenant simplement du caractère gras. Vingt-six gagnants classiques (sur 114) correspondent au portrait-robot que nous avions défini en début d’article (une victoire, pas plus de trois sorties et jamais au niveau Listed ou Groupe). Nous nous attaquons donc aux spécimens les plus difficiles à détecter. Le dernier en date – et le plus impressionnant – à correspondre à ce profil est Golden Horn (Cape Cross). Il a débuté à Nottingham, le 29 octobre 2014, en remportant de haute lutte un maiden sur 1.678m.

 

TARTINI, LE FUTUR GOLDEN HORN ?

Né en 2014 par Giant’s Causeway & Vignette, par Diesis

Pr. & Él. : George Strawbridge

Entr. : John Gosden

La course gagnée par le futur gagnant du Prix de l’Arc de Triomphe a été rebaptisée Golden Horn Maiden Stakes. En 2016, elle a attiré beaucoup de prétendants (21) alors qu’il y a deux ans ils n’étaient que huit. L’épreuve a été dédoublée. Nous retenons les deux lauréats des Golden Horn Maiden Stakes, avec une préférence pour Tartini. Et ce n’est pas seulement parce qu’il était monté par Robert Tart. Joli jeu de mots certes, mais surtout joli poulain. Il a mis du temps à enclencher, dans une course avec du train. L’alezan a trouvé son action à deux cents mètres du poteau. Il a placé une redoutable pointe de vitesse pour dominer d’une demi-longueur Dhajeej (Cape Cross), un Varian qui venait de bien débuter.

Tartini était à 25/1, une cote un peu élevée pour un futur gagnant de Derby, alors que l’autre Gosden, Azam (Dansili), était le grand favori, mais il a déçu en finissant quatrième. L’entraîneur a dévoilé la raison de cette erreur de cote : « Je ne suis pas surpris de sa victoire. Le betting était orienté par les noms des jockeys. »

Il est beaucoup trop tôt pour voir en Tartini le nouveau Golden Horn. Mais il a prouvé qu’il savait galoper et qu’il avait une certaine tenue. Vignette (Diesis), sa mère, a produit le gagnant du St Leger Lucarno (Dynaformer). Le même croisement a donné deux lauréats de Gr2, Flying Officer et Thought Worthy. Giant’s Causeway (Storm Cat) a sans doute ramené un peu de vitesse.

 

YOUMKIN PEUT FAIRE MIEUX QUE SON FRÈRE

Né en 2014 par Street Cry & Aryaamm, par Galileo

Pr. : Godolphin

Él. : Darley

Entr. : Saeed bin Suroor

Le succès dans le peloton B des Golden Horn Maiden Stakes s’est joué sur un démarrage. Youmkin (Street Cry) a pris le meilleur en quelques foulées sur Face the Fact (Nathaniel), qui défendait la casaque Strawbridge et l’entraînement Gosden. Un peu susceptible avant la course, le poulain de Godolphin s’est montré sage comme une image au moment de galoper.

Son propre frère, Saamidd, avait remporté les Champagne Stakes (Gr2) en poulain de classe et il fut supplémenté dans les Dewhurst (Gr1) de Frankel (Galileo). Très nerveux avant l’épreuve, il avait perdu son influx avant de terminer bon dernier à distance. Il n’a plus retrouvé sa forme après cette expérience. Sa mère, Aryaann (Galileo), issue de la souche de Barathea (Sadler’s Wells), a aussi produit Talmada (Cape Cross), gagnante de Listed à 4ans et deuxième des E.P. Taylor Stakes (Gr1).

 

WHITE SATIN DANCER, LA MANIÈRE ET LES LIGNES

Née en 2014 par Oasis Dream & Wild Side, par Sternkoenig

Pr. : Markus Jooste & A. Van Huyssteen

Él. : Gestüt Rottgen

Entr. : David Wachman

Le "maiden de Galileo", sur 1.600m, se courait habituellement le dernier samedi d’octobre à Leopardstown. Depuis quelques années, il a été avancé d’une semaine. C’est donc dimanche que Titus (Dansili) a ouvert son palmarès en débutant pour la casaque Abdullah et l’entraînement Dermot Weld. Il peut devenir un poulain intéressant au niveau Groupe. Mais on lui a préféré White Satin Dancer (Oasis Dream), qui a remporté la course réservée aux femelles de presque cinq longueurs et avec la manière. La belle grise a nettement pris l’ascendant sur ses adversaires. Lors de ses débuts, en août, elle s’est classée troisième, derrière Hydrangea (Galileo), une pouliche qui a par la suite décroché deux deuxièmes places au niveau Gr1.

Achetée pour 260.000 Gns, White Satin Dancer est issue d’une souche de tenue développée depuis une trentaine d’années en Allemagne par le Gestüt Rottgen. Elle est une demi-sœur de Wild Coco (Shirocco), deuxième de Trêve (Motivator) dans le "Vermeille" 2013. Oasis Dream devrait apporter un supplément de vitesse si elle venait à manquer dans cette famille.

 

TALAAYEB EST DÉJÀ ATTENDUE DANS LES 1.000 GUINÉES

Née en 2014 par Dansili & Rumoush par Rahy

Pr. : Hamdan al Maktoum

Él. : Shadwell Estate

Entr. : Owen Barrows

Le 24 septembre, jour des Middle Park Stakes et des Cheveley Park Stakes, Newmarket accueillait aussi un maiden pour pouliches. Cette épreuve pour inédites sur la piste de Newmarket était bien fournie. Hamdan al Maktoum s’attendait à gagner avec Neshmeya (Lawman). Mais ses couleurs ont triomphé avec la petite Talaayeb (Dansili) à 25/1. Elle a placé une très belle pointe de vitesse pour s’imposer de deux longueurs et demie.

Les bookmakers la proposent déjà à 25/1 pour les 1.000 Guinées. Son entraîneur, Owen Barrows, a décidé de faire l’impasse sur les Oh So Sharp Stakes, pour lui donner du temps. La pouliche a besoin de se développer pendant l’hiver. La vitesse est là.

Talaayeb est le troisième produit de Rumoush (Rahy), une placée des Oaks qui a déjà donné un bon sujet, le 3ans Muntazah (Dubawi). Rumoush est une demi-sœur de Ghanaati (Giant’s Causeway), qui avait remporté les 1.000 Guinées en 2009.

 

FRONTISPIECE, UNE AUDACE ROYALE

Né en 2014 par Shamardal & Free Verse par Danehill Dancer

Pr. & Él. : The Queen

Entr. : Sir Michael Stoute

Il faut un peu d’insolence pour voir un poulain de Derby dans un poulain qui a gagné son maiden d’un nez début septembre. Il a d’ailleurs décroché un Racing Post rating de 79 et n’a plus couru ensuite. Oui, chers amis, je joue à l’insolent en citant Frontispiece (Shamardal), qui a ouvert son palmarès sur 1.400m à Ascot, le 3 septembre. Son dauphin Make Time (Makfi) a gagné ensuite et sa performance a été créditée d’un Racing Post rating de 95.

La raison de mon choix vient aussi de la casaque de Sa Majesté et de l’entraînement de Sir Michael Stoute. Depuis 2000, il a sorti sept gagnants classiques sur les Îles, dont cinq correspondant à notre profil : une ou deux courses à 2ans pour une victoire. Cette saison, l’entraîneur de la Barbade a gagné seize maidens pour 2ans.

Frontispiece est le premier produit de Free Verse (Danehill Dancer), une jument qui avait gagné un bon handicap à Newmarket. Elle est issue d’une famille qui a produit des sujets de Groupe comme Phantom Gold (Machiavellian), lauréate des Ribblesdale Stakes (Gr2).

 

ANEEN DANS LES TRACES D’AWTAAD

Née en 2014 par Lawman & Asheerah, par Shamardal

Pr. : Hamdan al Maktoum

Él. : Shadwell Estate

Entr. : Kevin Prendergast

Aneen s’est imposée de quatre longueurs dans un maiden à vingt-cinq partants au Curragh. Ce n’est pas rien. La pouliche l’a fait avec la manière, en affichant de gros progrès après une quatrième place à Leopardstown. Kevin Prendergast, en vieux sage, pourrait suivre avec Aneen le chemin qu’il avait emprunté avec son frère aîné Awtaad (Cape Cross). C’est-à-dire en démarrant la saison suivante dans le "Madrid", le handicap qui ouvre traditionnellement la saison des 3ans en Irlande. Awtaad a ensuite gravi les échelons, avant de remporter les Irish 2.000 Guinées.

Pourquoi aucun O’Brien dans la liste ? J’ai donc retenu sur ma liste six chevaux et non pas sept. De plus, il n’y a pas un seul pensionnaire d’Aidan O’Brien correspondant au portrait-robot de notre chasse à la perle rare (une victoire, pas plus de trois sorties et jamais au niveau Listed ou Groupe). Je n’ai pas oublié le génie irlandais qui a entraîné trente-six gagnants classiques depuis 2000. Ses plus brillants pensionnaires sont déjà black type, donc exclus du jeu. Mais suivant sa méthode, un futur champion doit déjà avoir montré des moyens à 2ans. Certes, il y a les exceptions. On a déjà cité les trois inédits et la maiden Seventh Heaven. Sur les trente-six gagnants classiques d’O’Brien, dix-sept avaient remporté un Groupe à 2ans (onze au niveau Gr1), cinq s’étaient placés à ce niveau et trois étaient déjà lauréats de Listed. Une victoire en débutant n’est pas une condition indispensable pour monter au sommet. Ils ne sont que quinze – dont Ruler of the World qui avait débuté à 3ans – à avoir ouvert leur palmarès lors de leur première sortie. Dans le groupe des futurs champions qui ont débuté par une défaite, on trouve aussi Minding (Galileo), Australia (Galileo), High Chaparral (Sadler’s Wells), George Washington (Danehill). Et Galileo, celui qui a donné treize des trente-six classiques ? Non, il avait de son côté gagné de quatorze longueurs pour ses débuts, à Leopardstown, le samedi 28 octobre 2000. Les rédacteurs de RaceHorses avaient bien cerné la dimension de son succès, avec un rating de 107p. Mais ils n’avaient pas totalement adhéré à la déclaration d’Aidan O’Brien, qui avait pourtant expliqué : « Il est incontestablement d’une grande classe. C’est un sujet dont il est difficile de savoir jusqu’où il ira. » Le commentaire de RaceHorses se terminait ainsi : « Il lui faudra faire à nouveau ses preuves sur un champ de courses pour justifier la première partie de la phrase. Mais personne ne peut contredire la deuxième. »  Parfois, même les plus grands analystes peuvent sous-estimer un champion après une seule course…