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LE SPORT PAR LE TEMPS - L’itinéraire du meilleur cheval d’Europe "made in Rouget

Courses / 24.10.2016

LE SPORT PAR LE TEMPS - L’itinéraire du meilleur cheval d’Europe "made in Rouget

 

Par Bruno Barbereau, éditorialiste à Jour de Galop et animateur de Horse Racing Chrono https://twitter.com/HorseRacingChro

Depuis sa victoire dans les Champion Stakes (Gr1) à Ascot, le 15 octobre dernier, Almanzor (Wootton Bassett), crédité d’un Timeform Rating de 133, est devenu, toutes catégories confondues, le meilleur cheval entraîné actuellement en Europe. Almanzor, désormais au sommet de son art, restera à l’entraînement en 2017. Retour sur le parcours emprunté par le protégé du maître de Pau, Jean-Claude Rouget.

La compétition est la meilleure école pour les chevaux de course. Le programme permet de les façonner et de les endurcir au fil des épreuves et de gravir les échelons en fonction des résultats. Lorsque la forme du cheval l'autorise, courir en montant les échelons est un excellent apprentissage qui permet, si ce dernier a potentiellement de la qualité, d’affronter le haut niveau avec de l’expérience. Refuser de courir les chevaux qui sont aptes à aller aux courses ou passer d’une course G à une course de Groupe est un piège que Jean-Claude Rouget a su éviter depuis longtemps grâce à ces deux mots-clefs : apprentissage et endurcissement.

Une carrière à 2ans step by step. Almanzor a débuté en juillet de ses 2ans sur les 1.400m de l’hippodrome de La Teste-de-Buch où il s’est imposé avec brio, d’une longueur et demie, en 1’28’’07. Sur un terrain jugé bon, il a passé les 400 derniers mètres en 22’’40, démontrant d’emblée une capacité à réaccélérer. Trois semaines plus tard, sur l’hippodrome de Clairefontaine, c’est dans une course à conditions labellisée D qu’Almanzor a signé un deuxième facile succès, l’emportant de trois longueurs sur 1.600m en 1’41’’80. L’hippodrome de Clairefontaine ne publiant pas de temps partiels et la vidéo ne permettant pas de faire des marques précises, il est impossible d’estimer son accélération lors de cette victoire. Cinq semaines plus tard, dans le Critérium de Bordeaux (L), Almanzor, désormais aguerri, passe un premier test sérieux en bouclant les 1.600m de la piste en 1’40’’28. À l’issue d’une course rythmée, il l’emporte facilement de trois longueurs, bouclant les 400 derniers mètres en 23’’70, une fraction correcte étant donné l’état du terrain. La carrière à 2ans du fils de Wootton Bassett aurait pu logiquement s’arrêter là. Comme le disait Oscar Wild, « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ». Almanzor est aligné, pour sa quatrième sortie à 2ans, dans le Critérium International (Gr1) à Saint-Cloud où, sur un terrain jugé très souple, il subit une cuisante défaite, terminant à la septième place sur huit partants. Oscar Wild aura eu le mérite de laisser méditer son entourage sur le thème "le chant des sirènes" pendant tout l’hiver …

 

Un début d’année rassurant. C’est dans le Prix de Fontainebleau (Gr3), sur 1.600m, qu’Almanzor effectue sa rentrée à l’âge de 3ans. À l’issue d’une course sage, il finit à la troisième place, à plus d’une demi-longueur de Dicton (Lawman) en 1’38’’37. Sa première course rassure mais elle ne permet toujours pas de prétendre qu’Almanzor a le potentiel d’un cheval de Gr1. Trois semaines plus tard, en allongeant la distance de 200m, Almanzor se prépare pour le Prix du Jockey Club (Gr3). Dans le Prix de Guiche (Gr3), une course n’ayant réuni que quatre partants, il doit impérativement l’emporter avec la manière s’il veut avoir des prétentions classiques pour la suite de la saison. Immédiatement placé en tête, Almanzor assume ses responsabilités et s’impose facilement dans un temps brut relativement modeste de 1’53’’98. Il passe cependant sans forcer les 600 derniers mètres en 35’’58 et les 400 derniers mètres en 23’’18. Une capacité d’accélération intéressante sur un terrain souple qui démontre un potentiel, mais qui ne permet toujours pas d’avoir des certitudes… Cela laisse cependant penser qu’il y a de la marge.

Dans le Prix du Jockey Club, Almanzor dévoile une première facette de ses moyens. À l’issue d’un très bon parcours à la corde, il boucle le parcours en 2’11’’62, un temps brut correct sur un terrain jugé officiellement souple. À ce stade de l’histoire, Almanzor est devenu un bon gagnant du Derby français mais nous sommes encore loin d’avoir vu l’étendue de ses possibilités.

La révélation dans le Guillaume d’Ornano. C’est dans le Prix Guillaume d’Ornano - Haras du Logis Saint-Germain (Gr2), disputé sur les 2.000m de l’hippodrome de Deauville, qu’Almanzor fait ce qu’on appelle un "truc". Sur un terrain officiellement bon, mais dont la surface est fortement hachée, et après avoir patienté, le poulain place une longue accélération pour l’emporter facilement en 2’09’’63, un temps brut non significatif étant donné les conditions de terrain. En parcourant les 600 derniers mètres sur un excellent 34’’13, et cela malgré une décorde importante, Almanzor a prouvé qu’il n’était pas seulement un gagnant de Jockey Club mais qu’il faisait partie des "très bons". C’est pendant la période allant du Jockey Club à ce Prix Guillaume d’Ornano, disputé le 15 août, que le cheval a franchi un palier important.

Seule sa compagne d’entraînement La Cressonnière (Le Havre) parvient, huit jours plus tard, à faire encore mieux à l’issue des 2.000m du Prix de la Nonette (Gr2) en bouclant les 600 derniers mètres en 33’’89.

Deux Champion Stakes sinon rien. Les Irish Champion Stakes (Gr1) réunissant probablement le meilleur lot de l’année et disputés sur les 2.000m de Leopardstown ont permis de valider définitivement la suprématie d’Almanzor. Encore pointé parmi les derniers à l’entrée de la ligne droite, c’est grâce une vive accélération qu’il vient à bout de la résistance de la future gagnante de l’Arc de Triomphe 2016, Found (Galileo). Almanzor n’a eu finalement qu’à confirmer cette performance pour s’illustrer de nouveau dans les Bristish Champion Stakes. Il confirme qu’il est un excellent cheval sur 2.000m et un terrain allant de bon à souple. Il peut s’adapter à n’importe quelle stratégie de course, sa pointe de vitesse lui permettant de faire une nette différence dans la phase finale.