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AUX ORIGINES DE... De Bon Cœur et de bonne ascendance

Courses - Élevage / 09.11.2016

AUX ORIGINES DE... De Bon Cœur et de bonne ascendance

Par Adrien Cugnasse, journaliste à Jour de Galop

De Bon Cœur (Vision d’État), c’est la jeunesse B.C.B.G, c’est-à-dire Beaucoup de Classe et Bonne Généalogie. Invaincue en trois sorties, elle s’est imposée de toute une classe face aux mâles dans le Prix Cambacérès (Gr1), le 6 novembre à Auteuil. Récemment, la presse britannique a demandé à Paul Nicholls quel cheval à l’entraînement en Europe il rêverait d’avoir dans ses boxes. L’Anglais a répondu : « De Bon Cœur ». En début de semaine, nous avons donné la parole à son entraîneur, François Nicolle. À présent nous nous intéressons aux personnes qui ont jalonné son histoire et celle de sa famille avant ses premiers pas en compétition.

Une pouliche pleine de personnalité. Jacques Détré est le coéleveur et le copropriétaire de De Bon Cœur. Son père (Vision d’État), sa mère (Santa Bamba) et son père de mère (Saint des Saints) ont couru sous ses couleurs. Il nous a expliqué : « Nous sommes allés voir Santa Bamba au pré, sur les conseils de Franck Champion. Elle était issue d’une vieille origine Van Zuylen qui était un peu sur le déclin, même si sa mère était une sœur de Grandes Illusions (Kendor), une lauréate du Prix La Camargo (L). De plus, son pedigree, qui comptait Pistolet Bleu et Saumarez [également à l’origine de Crillon, le père d’Alex de Larredya, ndlr] était séduisant. Santa Bamba était petite mais assez masculine. Plus que pour son modèle, c’est pour son caractère et son comportement que Nicolas de Lageneste et moi-même l’avons acquise. C’était une pouliche pleine de personnalité. Bien qu’ayant beaucoup de caractère, elle était gentille. Avec le temps, elle est devenue une très belle poulinière. »

Smadoun
Chichicastenango
Smala
Vision d’État
Garde Royale
Uberaba
Île d’Amour
DE BON CŒUR XX (F3)
Cadoudal
Saint des Saints
Chamisène
Santa Bamba
Pistolet Bleu
Bumble
Largesse

Une histoire d’amitié. Nicolas de Lageneste, coéleveur et copropriétaire de De Bon Cœur, nous a confié : « Saint des Saints, qui est né au haras de Saint-Voir, a couru sous les couleurs de Jacques Détré. Nous avons donc décidé de racheter ensemble un de ses produits. C’est ainsi que Santa Bamba est arrivée au haras. Elle était très compliquée, elle tirait au renard. Le débourrage lui a fait du bien et elle est devenue plus facile ensuite. Chez Guillaume Macaire elle s’est rapidement révélée au-dessus du lot. Elle a gagné quatre courses à 3ans, plus sur sa classe que sur sa précocité. L’année suivante, Santa Bamba s’est imposée dans le Prix Duc d'Anjou (Gr3) et dans les Prix Jean Stern (Gr2). Elle avait donc remporté les deux préparatoires au Ferdinand Dufaure, mais une entorse au jarret a mis fin à sa carrière sportive. Elle a été saillie en alternance par Vision d’État et Coastal Path. Alors qu’elle n’était pas elle-même une grande pouliche, elle produit des chevaux avec du modèle. Son premier produit, Saint Path (Coastal Path), était un grand et beau cheval. Il compte deux victoires, mais une série de petits soucis a perturbé sa carrière. Son deuxième produit, De Bon Cœur, sortait du lot à l’élevage. J’avais d’ailleurs dit à Jacques Détré que nous avions une yearling exceptionnelle. Elle a été débourrée et préentraînée au haras de Saint-Voir. François Nicolle l’a reçue dans l’hiver. Rapidement, il a détecté son grand potentiel et a su prendre son temps. Avec Jacques Détré, c’est une histoire d’amitié et de fidélité. Nous travaillons en confiance. La victoire de De Bon Cœur est aussi celle de tous ceux qui travaillent au quotidien avec les chevaux. Les produits suivants de Santa Bamba sont réussis. Envoyé Spécial (Coastal Path), âgé de 2ans, devrait lui aussi aller chez François Nicolle. »

Les débuts difficiles de Saint des Saints. Jacques Detré nous a expliqué : « Saint des Saints (Cadoudal) a été très critiqué au départ. Le cheval est arrivé au haras fatigué et assez relevé. Il a mis du temps à devenir étalon dans son modèle. Ses produits ne sont pas forcément très flatteurs pendant leur période d’élevage, ils s’améliorent au fils du temps, à l’entraînement. J’ai donc choisi de le soutenir en l’utilisant sur mes juments et en achetant des poulains. Dans sa première génération, il y avait Synaptique (élevé par Jacques Détré et Francis Montauban), qui s’est classé troisième du Prix Ferdinand Dufaure (Gr1), Santa Bamba, qui a gagné le Prix Jean Stern (Gr2), Saint Renan… ces chevaux qui ont couru sous mes couleurs font partie de ceux qui ont aidé Saint des Saints à se lancer. »

Vision d’État trouve un second souffle en obstacle. On dit souvent qu’il faut quatre générations en piste pour juger un étalon d’obstacle. Ces derniers émergent souvent à un âge avancé. Jacques Détré nous a confié : « Comme Saint des Saints, Vision d’État (Chichicastenango) a été très critiqué à ses débuts au haras. Et, comme je l’avais fait avec Saint des Saints, j’ai décidé de soutenir Vision d’État en lui envoyant des juments. C’est ainsi que la pouliche a été conçue. De Bon Cœur et Santa Bamba, ça n’a rien à voir. La mère était très bonne, mais la fille est une classe au dessus. Vision d’État a apporté de la classe. Il a gagné quatre Grs1 en plat et s’est imposé à Royal Ascot. Peu d’étalons peuvent se prévaloir d’un tel palmarès. Au haras, il n’a pas eu toutes ses chances pour produire des chevaux de plat. Je pense qu’il croise bien avec des juments typées obstacle. Il fait des poulains homogènes et musculeux. Le fait qu’il soit par Chichicastenango a fait douter certains éleveurs de sauteurs. Mais c’était sans compter les black types que sa famille a donnés en obstacle, ni l'apport du sang de Kaldoun, Wild Risk et Garde Royale. » À son sujet, Éric Libaud, qui fut son entraîneur et copropriétaire, nous a expliqué : « C’est un cheval qui a duré et qui est entré sain et net au haras. Il aurait pu continuer, il n’était pas fatigué. C’était un vrai sujet de 2.000m, qui allait dans tous les terrains. En 2009, l’année où il a gagné trois Grs1, il a été élu meilleur cheval au monde chez les chevaux d’âge, sur le gazon. Compte tenu de son origine, ce n’est pas une surprise qu’il soit capable de produire des sauteurs. »

Une souche de l’élevage Van Zuylen. Santa Bamba a été élevée par Franck Champion, Hervé et Jean-Louis Lair. Le directeur commercial du haras d’Étreham nous a expliqué : « Les filles de Saint de Saints ont déjà produit trois gagnants de Gr1 en obstacle, avec Adrien du Pont (Califet), Douvan (Walk in the Park) et De Bon Cœur. Bumble (Pistolet Bleu), la deuxième mère de De Bon Cœur, était issue de l’une des dernières années de production du haras du baron Thierry van Zuylen de Nyevelt, qui avait basé son élevage sur des souches ayant de la tenue. Bumble était entraînée chez David Smaga. C’était une Morning Glory. J’ai conseillé à monsieur Lair de l’acheter pour la croiser avec Saint des Saints, qui a amélioré le caractère de la mère. » L’élevage Van Zuylen est connu pour avoir engendré des chevaux de grande qualité, comme Le Haar [tête de liste des pères de gagnants en France en 1963], Ramsin [Grand Prix de Saint-Cloud et Prix du Cadran], Astaria [Prix Jacques Le Marois et Prix Vermeille]… Cet élevage a aussi apporté une contribution importante – et involontaire – à l’obstacle. Outre la mère de Santa Bamba, il est aussi à l’origine de Corps à Corps [Grand Steeple-Chase de Paris avec André Fabre] et de Voix du Nord. Ce lauréat du Critérium de Saint-Cloud et du Lupin est devenu un étalon d’obstacle très apprécié au sein de l’administration.

Pedigree : http://jourdegalop.com/wp-content/uploads/2016/11/DEBONCOEUR.pdf

 

Tous les chemins mènent à Auteuil

Si De Bon Cœur est issue d’une grande famille, la belle réunion d’Auteuil a aussi sacré des chevaux d’ascendance plus originale. La mère d’Edward d’Argent (Martaline), le gagnant du Prix Congress (Gr2), a par exemple gagné en concours de dressage avant d’être mise à la reproduction. Crack de Rêve (Loxias) est lui aussi le fruit d’une famille au destin original.

Crack de Rêve, la belle histoire. Ce pensionnaire de Guy Cherel s’est imposé en très bon cheval dans le Prix Coq Gaulois. Son entraîneur a expliqué après l’épreuve : « Crack de Rêve a un rythme de croisière très élevé. C’est un super sauteur, il pourrait faire du concours ! Il découvrait le steeple d’Auteuil et il n’y avait personne devant lui. Son jockey l’a laissé avancer et ne s’est pas battu avec lui. Le bull finch, il ne l’a même pas touché… » Et pour cause, sa famille s’est surtout distinguée en concours hippique…

La famille de Bonifas. La mère de Crack de Rêve est une sœur de Bonifas (Polonium). Ce dernier fut un remarquable cheval de C.S.O. Crédité d’un ISO 169, très régulier jusqu’au niveau international (38 victoires, gagnant sur 1,45m). Cette souche a été développée par Jean-Paul et Antoine Gronfier. Ce dernier nous a expliqué : « Mon père est éleveur de bovins. Dans les années 1980, il a acheté un peu par hasard une jument pur-sang anglais, Princesse Myrrha (Prince Ned). Elle nous a donné un seul produit Rolls de Rêve (Flaminko). Sa descendance a été principalement exploitée en concours hippique, avec un certain succès. Vers l’âge de 15 ans, j’ai attrapé le virus des courses. J’ai donc incité mon père à croiser la famille avec des pur-sang. Cette famille, qui n’avait plus été testée en course depuis quatre ou cinq générations, a alors donné des gagnants, le meilleur étant à ce jour Crack de Rêve. Guy Cherel était venu voir un autre poulain chez nous. Mais Crack de Rêve lui a plu et il l’a acheté pour son modèle. » Depuis, l’élevage de la famille Gronfier, en Saône-et-Loire, a pris de l’ampleur et investit sur des familles riches en gagnants. Outre Crack de Rêve, elle est également coéleveur de Very Wood (Martaline), lauréat de Gr1 à Cheltenham. Antoine Gronfier mène par ailleurs avec succès une activité de courtage.

Le cas Flaminko. Flaminko (Star), le père de la deuxième mère de Crack de Rêve, était un anglo-arabe à 12,5 %. Il a peu sailli pendant sa carrière. Bien que né pour courir, Flaminko a principalement produit des chevaux de sport. Il est notamment le père des bons All Night (ISO 152), Aramis des Coudres (ISO 147), Virginia de Lugère (ICC 145), Anémone de Gravots (ISO 145), Roman d'Amour (ISO 140)… Flaminko est aussi le père de mère de l’internationale Sorellina (ISO 170) et d’Onyx de Barbereau (CCI***).

Cet étalon est aujourd’hui complétement oublié. Il était issu d’une remarquable souche anglo-arabe, celle de Dominico, un anglo-arabe à 50 %, titulaire de 23 victoires, gagnant à Auteuil et troisième du Grand Cross de Craon. Cette souche avait aussi donné Eguzone, qui avait remporté le Grand Cross de Pau.