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DOSSIER SPÉCIAL ENGHIEN - 137 années de sport hippique, 8 grandes dates et des champions

Courses - Institution / Ventes / 20.11.2016

DOSSIER SPÉCIAL ENGHIEN - 137 années de sport hippique, 8 grandes dates et des champions

DOSSIER SPÉCIAL ENGHIEN

Cent trente-sept années de sport hippique, huit grandes dates et des champions

Par Christopher Galmiche, avec l’aide de Xavier Bougon

De son ouverture en 1879 à sa fermeture (oui, car pour nous amateurs d’obstacle, il ferme !) ce lundi 21 novembre 2016, l’hippodrome d’Enghien a été plus qu’un lieutenant pour Auteuil. Sa grande histoire fourmille d’anecdotes croustillantes. Avec l’aide de Xavier Bougon et de l’ouvrage de Guy Thibault — Auteuil, hier et aujourd’hui —, nous vous proposons un dernier hommage au plateau de Soisy.

1879, l’inauguration. L’hippodrome d’Enghien est inauguré en 1879 sur un ancien terrain marécageux. La première course d'obstacles est organisée sur le lieu-dit « le bois Jacques », car Louis XIV y avait hébergé le roi Jacques II durant son exil. Le Grand Steeple est couru pour la première fois en 1903. En 1886, l'hippodrome est loué par la Société Sportive d'Encouragement, qui l’achète en juin 1921. La Société des Suburbains, qui en était le précédent propriétaire, possédait également Le Vésinet, La Marche, Saint-Ouen et Maisons-Laffitte. De ces cinq hippodromes, il n’en restera plus qu’un lundi soir…

1886, l’année de la Société Sportive. La « Sportive », la plus jeune des cinq grandes sociétés de courses parisiennes, trouve son origine en 1886 dans la querelle des hippodromes suburbains. L’activité des bookmakers ayant été mise en sommeil, ces champs de courses risquaient de disparaître. Une nouvelle société fut créée en mai 1887 pour reprendre les principaux : Saint-Ouen, Colombes, Enghien et Maisons-Laffitte. Ce fut la Société Sportive d’Encouragement, présidée par Eugène Adam. Elle allait connaître un développement rapide. Son héritage est représenté par trois hippodromes des environs de Paris : Saint-Cloud, Maisons-Laffitte et Enghien. En 1891, la jeune société abandonne Saint-Ouen. L’hippodrome sera fermé définitivement en 1914.

1922, l’arrivée du trot. On court à Enghien depuis 1879. Après diverses péripéties, la Société fut capable d’acheter l’hippodrome en 1921 pour trois millions de francs. Elle y fit courir au trot à partir de 1922, instituant deux ans plus tard une série de dix réunions en août.

Entre deux guerres. Le Steeple-Chase de Début et le Steeple-Chase des 3ans remplirent utilement leur rôle entre les deux guerres puisque leur palmarès révéla deux futurs vainqueurs du Grand Steeple-Chase de Paris, La Frégate et Agitato. Soysambu pour sa part confirma son succès en s’adjugeant dès l’année suivante le Grand Steeple-Chase d’Enghien. Pour le Roi réalisa en 1932 le doublé des Grandes Courses de Haies d’Enghien et d’Auteuil.

1954, le premier tiercé. Le premier tiercé — créé par André Carrus — s’est déroulé le 22 janvier 1954 à Enghien dans une épreuve de trot, le Prix Uranie.

1973, la dernière victoire d’André Fabre. En tant que gentleman-rider, André Fabre a signé sa dernière victoire parisienne à Enghien, le lundi 15 octobre 1973, pour Gérard Philippeau dans une course ouverte aux jockeys. Le dimanche suivant, il a gagné sa dernière course à Nantes pour André Adèle. Le 1er novembre, il passe professionnel et monte son premier gagnant à Auteuil pour Jacques de Chevigny.

1976, Élisabeth Fabre décroche une victoire historique. Mme Élisabeth Wilcox — née Loyen et désormais Fabre — vient de terminer au pied du podium du Prix de France 1976. Un mois plus tard, le 9 novembre 1976, elle sera la première cavalière gagnante sur l’hippodrome d’Enghien. Elle est la seule cavalière face aux gentlemen-riders dans le Prix Colonel d’Englesqueville, un steeple-chase du programme d’Enghien. Il faudra attendre le 21 mai 1984 pour une deuxième victoire d’une cavalière à Enghien. Mme Ghislaine Lecomte l’emporte alors face à des jockeys et à des gentlemen-riders pour l’entrainement de Jean-Jacques Boutin.

1979, le centenaire. Un Prix du Centenaire de l’Hippodrome s’est déroulé le 25 mai 1979 (steeple-chase sur 3.800m). Il y a cinq allocations et 100.000 francs au vainqueur Nucladeno, un pensionnaire de François Doumen.

Tombés au champ d’honneur. Trois jockeys ont perdu la vie sur l’hippodrome d’Enghien : Georges Parfrement, Daniel Merle et Jean Luc. Le 17 avril 1923, dans un steeple-chase, le Prix Fragoletto, Field Marshall culbute au mur en terre, causant la mort du célèbre Georges Parfrement. Ce dernier avait gagné le Grand National de Liverpool avec un certain Lutteur III. Le 25 mai 1979, une épreuve est nommée Prix Daniel Merle en souvenir du jockey décédé à Enghien, à la suite d’une chute à la rivière des tribunes, le 22 octobre 1976.

En mai 1933, Jean Luc, tête de liste à six reprises en 1927 et 1932, meurt après une chute à l'oxer dans le Grand Steeple-Chase d'Enghien.

Un hippodrome créateur de champions. Dans mes souvenirs de jeune passionné, le Grand Steeple (Gr2) 2000 est le premier dont je me rappelle avec précision, puisqu’il s’agit du premier auquel j’ai assisté sur place. Il était remporté par Darastan (Dastaan). Ce dernier devançait un très bon lot avec le célèbre Hugo des Fieffes (Dress Parade) à la troisième place. Hugo des Fieffes adorait le site, car Enghien avait ses spécialistes devenus très populaires dans le cœur des turfistes. C’est l’une des premières choses que j’ai apprises sur le plateau de Soisy. Plus récemment, Northerntown (Manila) a remporté trois Grand Steeple et deux Grande Course de Haies. Cerilly (Sassanian) a enlevé un Grand Steeple et pris de nombreuses places à Enghien. Le crack Ubu III (Maiymad) savait tout faire. Outre ses succès dans le Grand Steeple-Chase de Paris et la Grande Course de Haies d’Auteuil (Grs1), il avait gagné deux Grand Steeple d’Enghien. Bog Frog (Phardante) a gagné la Grande Course de Haies d’Auteuil, mais aussi le Grand Steeple et la Grande Course de Haies d’Enghien. La piste du plateau de Soisy avait cette particularité de rassembler à la fois des spécialistes et des chevaux de classe d’Auteuil. Si l’on égrène la liste non exhaustive des grands vainqueurs d’Enghien, on peut citer le célèbre Or Jack (Noir et Or), vainqueur du Grand Steeple d’Enghien, mais aussi de ceux de Merano et Milan sans oublier sa deuxième place dans le Grand Steeple de Paris 2000. Snow Drop (Doubled) a enlevé le Prix Général de Saint-Didier (Gr3) puis le Triumph Hurdle (Gr1) de Cheltenham quelques mois plus tard. Le tracé d’Enghien, très galopant, était propice à préparer les compétitions anglaises. La Sabotière (Beaugency) a gagné le Grand Steeple d’Enghien avant de devenir une bonne poulinière, mère de L’Aumance (Mont Basile) et donc grand-mère de Le Chablis (Sassanian), vainqueur du Prix Maurice Gillois (Gr1). Le Rheusois (Moshi) a gagné le Grand Steeple d’Enghien et la Grande Course de Haies d’Auteuil, Shafoun (Labus) a lui remporté la Grande Course de Haies d’Enghien. Il est devenu ensuite le père du crack First Gold et de l’excellent Djeddah.