Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LES ÉQUIRENCONTRES AVEF - MERIAL - Diffuser l’information sur les grands sujets de la santé équine

Courses / 17.11.2016

LES ÉQUIRENCONTRES AVEF - MERIAL - Diffuser l’information sur les grands sujets de la santé équine

 

Merial organise les Équirencontres avec l’Avef depuis plusieurs années, dans le cadre de différents événements comme le Salon du Cheval de Paris. En ce qui concerne la filière hippique, des conférences étaient organisées pendant Galop Expo en octobre. Caroline Bégule Convert, chef de produit de la gamme équine chez Merial, est revenue sur les différentes éditions des Équirencontres.

Jour de Galop. – Pourquoi avoir mis en place ces conférences ?

Caroline Bégule Convert. – Le projet est issu d’une étude menée en commun avec l’Avef (Association des vétérinaires équins français) pour favoriser le développement des bonnes pratiques et réaffirmer le rôle majeur de la profession vétérinaire. La "parole vétérinaire" doit sortir du milieu praticien pour venir s’adresser aux professionnels. Il s’agit de diffuser des messages de sensibilisation compréhensibles sur les grands sujets de la santé équine. Cet objectif étant en partie rempli par la diffusion de supports de sensibilisation sur le terrain et le travail journalistique des médias spécialisés. Nous voulions trouver une forme d’expression nouvelle et plus vivante. C’est alors que l’idée des Équirencontres Avef-Merial nous est venue. En termes d’organisation, c’est l’Avef qui s’occupe du contenu des rencontres et Merial s’occupe de l’organisation et de la communication. En 2008, nous avons fait une première édition "test" à Reims, dans le cadre du congrès Avef. Puis, pour se rapprocher du monde du sport et du loisir, nos éditions suivantes ont eu lieu dans le cadre du Salon du Cheval de Paris. Cette année, ce sera la 9e édition. Toutes les conférences ont été filmées et sont diffusées en direct sur la chaîne de santé Merial F.F.E.-TV hébergée sur le site de la F.F.E. (Fédération française d’équitation).

Les intervenants, recommandés par l’Avef, sont des praticiens connus pour leur compétence scientifique et leur qualité de conférencier.

Comment se sont déroulées ces Équirencontres dans le cadre du Salon Galop Expo ?

Nous sommes ravis de cette édition car les éleveurs ont répondu présent et sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à se joindre à nous tous les ans. Il y avait entre 110 et 120 personnes. C’était une très belle édition.

Pourquoi avoir fait le choix d’organiser des Équirencontres spécialement à destination des socioprofessionnels du galop ?

Deux mille seize était notre 4e édition spéciale "courses". En 2013, nous les avions organisées au CID, et depuis, les Équirencontres se déroulent dans le prestigieux cadre d’Arqana. Nous avons eu la chance de pouvoir nous rapprocher d’Arqana grâce au docteur vétérinaire Michel Pechayre, basé à Chantilly. L’objectif est toujours le même, diffuser des messages de sensibilisation compréhensibles sur les grands sujets de la santé équine. Nous nous adaptons au niveau technique de notre public. Les thèmes sont décidés avec la commission sanitaire de la Fédération des éleveurs du galop, c’est-à-dire le docteur vétérinaire Guillaume Fortier et Tim Richardson.

Quelles sont les différentes actions mises en place par Merial auprès des professionnels des courses ?

Merial s’investit pour favoriser une meilleure prise en compte des problèmes de santé équine, développer la prise en charge et la médicalisation des chevaux, grâce à une meilleure information et sensibilisation des propriétaires, éleveurs, entraîneurs, aux spécificités de la santé des chevaux. Merial développe aussi des outils permettant d’optimiser cette prise en charge. Santéquine V.2 par exemple, est une toute nouvelle application, qui permet de suivre en temps réel la santé des chevaux, un véritable e-carnet de santé digital !

Les professionnels sont-ils demandeurs de plus d’événements comme celui-ci ?

L’audience est de plus en plus importante ce qui est positif, le format de conférences techniques semble donc répondre à leurs demandes. Les professionnels de ce milieu ont des problématiques spécifiques, les sujets que nous proposons sont de ce fait choisis en concertation avec les différentes parties prenantes. C’est une des clefs de la réussite et de la qualité des échanges.

Organisez-vous d’autres rencontres spécifiques dans le milieu des courses, comme par exemple lors du salon des étalons trotteurs, la veille du weekend du Prix d’Amérique ?

En 2015, nous avons organisé notre 1re édition des Équirencontres Avef Merial "spécial trotteurs" en partenariat avec Arqana et le Gaet (Groupement pour l’amélioration de l’élevage du trotteur). Nous avons imaginé de les organiser dans d’autres lieux, mais le succès de ces Équirencontres est lié à beaucoup de paramètres : les thèmes des conférences, les intervenants, le lieu, la disponibilité du public, la bonne date et la bonne heure et, enfin, la communication. Nous avons trouvé un bel équilibre pendant les ventes de yearlings à Arqana.

Comment souhaiteriez-vous voir évoluer ces Équirencontres ?

Nous avons la volonté d’en faire un rendez-vous incontournable car le modèle semble bien fonctionner.

Pour visionner les Équirencontres du "galop" 2016 :

ÉQUIRENCONTRES AVEF-MERIAL

Le cornage : origines, diagnostic et traitement

Une autre conférence des Équirencontres Avef-Merial, organisée en préambule de GalopExpo et des ventes d’octobre Arqana, traitait du cornage. Le professeur Anne Couroucé-Malblanc, d’Oniric Nantes, a expliqué les origines, le diagnostic et le traitement de ce qui est considéré par le code rural comme un vice rédhibitoire, donc permettant d’annuler la vente d’un cheval. Le cornage chronique est défini par un vice de conformation des organes respiratoires, qui se traduit par un sifflement lors de l’inspiration et une gêne respiratoire nuisible à l’exercice. Dans ce cas, l’acheteur a un délai de dix jours à compter de la livraison du cheval pour faire annuler la vente.

Le larynx du cheval, même lorsqu’il est parfaitement ouvert, oppose une forte résistance au passage de l’air. Par rapport à la taille de l’animal, son ouverture est en effet réduite. Toute anomalie structurelle ou fonctionnelle des voies respiratoires supérieures a donc des conséquences directes sur la capacité respiratoire du cheval. Il est primordial de faire un diagnostic précis des types de dysfonctionnements des voies respiratoires supérieures et les circonstances dans lesquelles cela survient, pour comprendre ce qui cause l’obstruction et pour décider du traitement optimal.

Différents examens existent pour poser le diagnostic. Le premier est l’endoscopie pratiquée au repos, et sans sédation. On peut aussi pratiquer en complément une échographie de la gorge, qui révèlera des anomalies des cartilages ou des cordes vocales, ou encore une radiographie. Certaines anomalies ne se détectant qu’à l’exercice, il est nécessaire de pratiquer en plus une endoscopie à l’exercice.

Les affections provoquant un bruit respiratoire peuvent être multiples. L’hémiplégie laryngée provient de la paralysie d’une des cartilages arythénoïdes du larynx, due à une dégénérescence du nerf récurrent qui innerve le seul muscle dilatateur du larynx. Mais le bruit peut aussi venir d’une lésion focale (abcès, injections périveineuses irritantes…) ou de problèmes infectieux, des poches gutturales par exemple. Il semble qu’il existe également un facteur héréditaire.

Le cornage est caractérisé par des grades, qui vont de 1 pour un cheval avec un larynx parfaitement normal et ouvert au repos, au grade 4, pour un larynx complètement paralysé. Ces grades existent aussi à l’exercice, du grade A pour un larynx normalement ouvert au moment de l’effort, au grade C, pour une abduction complète du larynx à l’exercice. Un cheval présentant un grade 3-1 au repos peut se révéler tout à fait normal à l’exercice, c’est-à-dire en grade A. Le collapsus des cordes vocales, des replis ary-épiglottiques ou du pharynx peut aussi entraîner les mêmes bruits respiratoires.

Les traitements diffèrent selon l’usage du cheval et son affection. Chez le cheval de course, pour une hémiplégie laryngée, on aura recours à la pose d’une prothèse qui maintient le cartilage. Le larynx est donc toujours ouvert, ce qui peut provoquer des problèmes de toux et de fausse déglutition. La pose de pacemaker pour stimuler le muscle paralysé, et donc redonner une mobilité au larynx, se développe de plus en plus.

ÉQUIRENCONTRES AVEF-MERIAL

Maladie de Lyme : mythe ou réalité ?

L’une des conférences des Équirencontres Avef-Merial, organisée en préambule de GalopExpo et des ventes d’octobre Arqana, portait sur la maladie de Lyme, avec cette problématique : mythe ou réalité ? Le docteur Pierre-Hugues Pitel, du laboratoire Labéo Frank Duncombe, a présenté un exposé pour mieux expliquer cette maladie dont on parle beaucoup, aussi bien en médecine vétérinaire qu’en humaine. Deux à trois fois par jour, a-t-il expliqué, des propriétaires de chevaux témoignent que leur cheval, en méforme et séropositif à Lyme, va mieux suite à un traitement aux tétracyclines. Leur conclusion, assez péremptoire, est que leur cheval souffrait bien de la maladie de Lyme. Le vétérinaire a expliqué que cette conclusion était un peu trop rapide. À ce stade, plusieurs questions se posent : une sérologie positive veut-elle dire que le cheval est malade ? Quelle est la durée pendant laquelle on détecte des anticorps ? Les tétracyclines ne traitent-elles que les infections à Borrelia ? Ont-elles d’autres actions ? Sous diagnostiquons-nous la maladie de Lyme ? Ou au contraire la sur diagnostiquons-nous ? La sur traitons-nous ? Existe-t-elle vraiment ?

Une maladie non contagieuse. Pour répondre à ces différentes questions primordiales, le vétérinaire a rappelé les grands principes de cette maladie récente, puisque diagnostiquée pour la première fois chez le cheval en 1985 seulement. La maladie de Lyme est une maladie non contagieuse.

L’agent infectieux à l’origine de la maladie de Lyme est une bactérie spirochète, la Borrelia burgdorferi sensu stricto, mais aussi des bactéries très proches, Borrelia garinii et Borrelia afzelli (sensu lato). La bactérie est transmise au cheval par des tiques du genre Ixodes. La tique est infectante à tous les stades du cycle, et doit être fixée au minimum 18 heures sur le cheval pour l’infecter. Son aire de répartition est très large, notamment en France où quasiment aucune région n’est épargnée.

Plusieurs méthodes de détection. Les symptômes chez le cheval sont très variables : boiterie tournant, arthrite, uvéite, léthargie, anorexie, fièvre, changements comportementaux… Le diagnostic repose principalement sur la sérologie et la biologie moléculaire. Avec la sérologie, on va détecter dans le sang les anticorps contre la Borrelia, mais ces résultats sont difficiles à équilibrer selon les laboratoires. La technique Elisa, qui permet de rechercher les trois souches (sensu stricto et sensu lato), peut amener des faux positifs, et il est important d’utiliser des kits de détection dédiés aux chevaux, ce qui n’est pas le cas de tous les laboratoires. Les tests Western Blot permettent de confirmer en cas de résultats positifs avec les tests Elisa. Ils sont plus fiables car plus spécifiques. Avec la biologie moléculaire, on détecte la présence de la bactérie elle-même via son ADN, dans différentes matrices du cheval suspect. Dans ce cas, il est indispensable de savoir quelle bactérie on recherche.

Les études montrent qu’un traitement aux tétracyclines est le seul qui permet de faire disparaître Borrelia quand on analyse les organes post-mortem par PCR. La durée du traitement varie de 2 à 3 semaines, s’il est fait précocement, et jusqu’à 4 à 8 semaines, s’il est fait plus tardivement. Cette durée longue pose des problèmes, car les tétracyclines peuvent entraîner notamment des diarrhées difficiles à soigner.

Au niveau prophylactique, aucun vaccin n’existe pour le moment chez le cheval, même si des essais de vaccins recombinants ont lieu aux États-Unis et semblent efficaces au bout de trois injections. Les conseils sont de retirer les tiques sur le cheval, lutter contre le biotope de vie des tiques (les bosquets, etc.), et lutter contre les réservoirs (rongeurs, oiseaux…).

Attention aux faux positifs. Des études menées en collaboration avec l’université de Liège ont montré que sur 303 chevaux cliniquement sains (c’est-à-dire sans aucun symptôme de Lyme), 20 % étaient séropositifs par test Elisa. Une recommandation de traitement pour la maladie n’intervenait que lorsque les cas positifs avaient été confirmés par Western Blot. Une étude similaire a été menée avec le soutien du Respe : 168 chevaux (dont 60 pur-sang), présentés pour exportation ou vente, et donc cliniquement sains d’un point de vue infectieux, ont également été testés pour Lyme. Soixante et onze pour cent des chevaux se sont révélés négatifs avec un test Elisa, 10 % étaient douteux, 14 % positifs et 6 % fortement positifs. Une confirmation par Western Blot a été effectuée sur 33 chevaux ; 64 % des chevaux positifs en Elisa se sont révélés négatifs. Cette étude montre l’intérêt du suivi par Western Blot en cas de positivité détectée par Elisa. De même, les diagnostics moléculaires (par PCR) amènent à des cas positifs beaucoup plus rares que les sérologies. Sur la période allant de 2014 à 2016, seuls 0,25 % des chevaux testés étaient positifs par PCR. Pour ce même échantillon, la sérologie donnait 28 % de cas positifs !

À la lumière de ces différents développements, le docteur Pierre-Hugues Pitel a conclu que l’infection par Lyme est sans doute sous-diagnostiquée, que la maladie est bien présente en France mais qu’elle est en revanche sur-diagnostiquée. Elle a encore plus besoin qu’une autre d’une approche rigoureuse, sachant que le traitement aux tétracyclines peut être dangereux (y compris pour la santé publique). Les connaissances sur cette maladie doivent encore s’améliorer, tout comme les outils de diagnostic.