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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Equistratis va-t-il réussir là où tant ont échoué ?

Courses / 29.11.2016

Equistratis va-t-il réussir là où tant ont échoué ?

Lundi soir, Donatien Sourdeau de Beauregard était l’invité d’Equidia Turf Club. L’entraîneur d’obstacle a évoqué son parcours et la situation de son effectif. Il s’est également exprimé en tant que membre fondateur d’Equistratis, le think thank qui peut sauver les courses.

Indépendance et réflexions communes avec le trot. Donatien Sourdeau de Beauregard a expliqué : « Equistratis est le fruit d’une réflexion collective qui a duré plusieurs mois. La situation des courses est quand même assez catastrophique. Notre idée est de travailler avec les professionnels du trot. C’est la première fois qu’on regroupe trotteurs et galopeurs dans un objectif de réflexion commun. Notre but n’est surtout pas d’aller contre les sociétés-mères, mais au contraire de les aider. Nous sommes effectivement indépendants. Les adhérents financent ce projet (…) Notre campagne de communication vient seulement de commencer (…) Nous nous inscrivons dans une démarche constructive et d’ailleurs, les présidents du trot et du galop connaissent nos travaux. Le fait de travailler main dans la main avec les trotteurs, c’est une première. France Galop n’a pas agi de la sorte pour la fermeture d’Enghien. LeTrot s’est pris la nouvelle "en pleine face". » Les trois axes de réflexion du premier think-tank indépendant de la filière équine sont :

  • l’analyse de la population des joueurs et l’évolution de leurs comportements,
  • l’organisation et l’économie d’ensemble de la filière hippique,
  • les possibilités d’innovation et les pistes de développement de l’offre.

Lutter contre la baisse du chiffre d’affaires du PMU. « Nous avons embauché un cabinet qui s’est lancé dans un travail d’analyse. Le premier axe de réflexion concerne le PMU qui ne se porte pas très bien. Il est temps de s’en inquiéter. Les sociétés-mères sont un peu un à la traîne sur ce sujet. Au troisième trimestre, 12.000 comptes internet ont été clôturés pour les paris hippiques. Dans le même temps, 254.000 comptes ont été ouverts pour les paris sportifs. Il est grand temps de trouver des solutions pour enrayer la baisse du chiffre d’affaires du PMU. Nos analystes sont fiables et ils vont nous permettre de faire des propositions aux sociétés-mères. Nous comptons déjà une cinquantaine de membres dont 15 fondateurs. Notre premier objectif est de 1.000 adhérents. »

Des difficultés pour la filière dès 2017. Lorsque Jean-Luc Lagardère a pris la tête de ce qui allait devenir France Galop, l’État a accepté d’aider les courses, en échange d’efforts de gestion, notamment en fermant Évry. Donatien Sourdeau de Beauregard a précisé : « En arrêtant l’obstacle à Enghien, l’objectif est de faire des économies. Les accords Lagardère devaient s’arrêter en 2020. Finalement, ils vont s’arrêter en 2017. L’affaire d’Enghien n’a pas aidé pour que ces accords soient maintenus jusqu’à la date initialement prévue. La saison prochaine, l’État ne devrait nous donner que 4 millions d’euros alors que en recevions 8 jusqu’à présent. »

"On est dans le même bateau". Donatien Sourdeau de Beauregard : « Nous devons être unis pour lutter. Au sein d’Equistratis, nous avons la chance d’avoir des gens comme Louis Baudron qui sont à la fois impliqués dans le trot et dans le galop. "On est dans le même bateau" et nous avons vraiment envie de travailler ensemble (…) C’est un projet très stimulant. Par le passé, j’ai été sollicité par un certain nombre d’associations. Mais c’est la première fois que j’adhère car l’idée est excellente. Le projet fonctionne grâce à des gens intelligents qui sont soutenus par un super groupe de professionnels. »

Être optimiste et aller au combat. Donatien Sourdeau de Beauregard : « Les professionnels du monde des courses sont parfois nombrilistes, voire égoïstes. Chacun prêche pour sa paroisse. C’est certainement lié au fait que nous avons la tête dans le guidon. Forts de ce constat, nous avons décidé de payer des gens qui mènent ce travail de réflexion. Nous nous réunissons plusieurs fois par an. Cela fait des années qu’on parle de la crise des courses en France. Il serait certainement plus opportun d’arrêter d’en parler en permanence et de se retrousser les manches. Il faut être optimiste et aller au combat. Il faudra faire des efforts mais ça n’est pas "mort", comme certains grands entraîneurs peuvent le dire. »

Un sentiment de non-représentation. Emmanuel Roussel, journaliste consultant pour Equidia Turf Club, a expliqué : « Beaucoup de professionnels évoquent un défaut de représentativité au sein des sociétés-mères. C’est sans doute lié au fait que les gens ne sont pas assez impliqués dans les élections. Ils ne se rendent pas compte du fait que leurs représentants participent aux grandes décisions chez Le Trot, chez France Galop et in fine aussi au PMU. Cela engendre un sentiment de non-représentation de leur expertise au plus haut niveau et cette idée se manifeste de manière différée. Equistratis est une illustration de cette humeur qui se généralise. Ce type de groupe de réflexion n’est pas systématiquement le bienvenu chez les sociétés-mères et au PMU. Et pour cause, c’est une véritable nouveauté et cela surprend ces personnes qui n’ont pas l’habitude "qu’on s’occupe de leur salade". »

Quand l’argent fait défaut. Emmanuel Roussel : « Le trot et le galop ont une grande marge de progression en ce qui concerne l’action commune. Ils l’ont déjà en partie fait avec le marketing commun des courses, même si, pour l’instant, cela reste assez accessoire. Il y a beaucoup à faire si l’on veut bâtir une "maison commune", qui rassemblerait le trot, le galop et le PMU sur des sujets transversaux. Bien sûr, on ne peut pas tout mélanger et déléguer le programme du trot aux gens du galop ou vice versa (…) La situation s’est dégradée chez les trotteurs. Ils ont autant besoin d’argent que le galop, pour financer les allocations qui sont essentielles, car il y a beaucoup de gens qui en vivent. Dans le monde du trot, il y a une pression énorme de la base sur ce sujet. Mais pour que l’unité existe, ils ne peuvent pas commencer à dire au galop : "Débrouillez-vous seuls". »

Les groupes de réflexion se développent. Emmanuel Roussel : « Il faut beaucoup de temps si l’on veut participer aux instances du galop et du trot. Il faut aimer ça et assister à des réunions qui n’en finissent pas. Il faut une patience d’ange et un esprit de sacrifice. Dans le cas d’Equistratis, c’est mieux conçu, on se place dans un contexte plus agréable et moins formel qu’au sein des instances. C’est peut-être aussi pour ça que ce genre de groupe se développe. Dimanche à Auteuil, il y avait exposition de clichés du photographe de Jean Paul Bertrand, à l’occasion de l’Assemblée générale des AQPS. On voyait un saut du rail-ditch en 1981. Les tribunes étaient pleines. Alors qu’en 1998, il n’y avait plus personne. »

Qu’est-ce qu’Equistratis ?

Vue de l’extérieur, la logique d’Equistratis n’est pas facile à comprendre. Sur leur site internet, les animateurs de ce groupe l’ont présenté en utilisant ces mots :

« Être un foyer de mobilisation. La première mission (…) est donc de constituer un foyer d’information, d’échange et de mobilisation pour les acteurs de la filière. Ce rôle fédérateur est le gage à la fois de la pérennité et du succès de ses autres missions. Il passe par l’établissement d’une base aussi large que possible (…).

Être un pôle de recherche et d’études. De nombreux secteurs d’activité (…) ont leurs propres concepts et modèles. Étant donné le poids économique de la filière hippique et sa richesse culturelle, il est légitime de viser au même niveau d’excellence en matière de recherche scientifique. Dans cette perspective, Equistratis mène des études économiques et financières, mais également sociologiques et comportementales, qui permettront d’obtenir un socle de compréhension des circuits économiques et des comportements.

Promouvoir une meilleure connaissance et compréhension de la filière. Filière d’excellence porteuse de plus de 70.000 emplois, elle contribue par de multiples canaux au budget de l’État. Elle souffre pourtant de la méconnaissance et des préjugés. La multiplication des rapports publics constitue un signe positif mais ils restent trop souvent au niveau des constats. Les études scientifiques conduites par Equistratis ont pour objectif d’élever le niveau du débat public et de trouver des voies de développement innovantes et fructueuses.

Être source d’information et force de proposition auprès des décideurs publics (…) Le sort de la filière dépend étroitement des décisions prises aux niveaux administratif et politique. Pour protéger le modèle français tant apprécié, il est donc important d’éviter qu’il soit victime d’arbitrages fiscaux inéquitables ou d’orientations réglementaires trop hâtives. Equistratis aura un rôle à jouer pour que les futures orientations publiques tiennent compte des spécificités de la filière et ne se fassent pas au détriment des acteurs de terrain. »

 

Pour revoir Equidia Turf Club : http://www.equidia.fr/play/live/programmes/0/1806568/equidia-turf-club-emission