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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Jonathan Plouganou : « Une libération ! »

Courses / 08.11.2016

Jonathan Plouganou : « Une libération ! »

Victime d’une grave blessure lors d’une chute à Dieppe en août 2015, Jonathan Plouganou est revenu encore plus fort. Il a fait preuve d’une force mentale hors du commun pour récupérer et revenir à la compétition. C’est le 13 octobre 2016 qu’il a remis les bottes à Lyon-Parilly. Douze jours plus tard, il a signé un retour gagnant à Auteuil en s’imposant grâce à Brut Impérial (Le Fou), soutenu par tout l’hippodrome. Ce lundi à Enghien, il nous a accordé un entretien au cours duquel il est revenu sur sa blessure, sa rééducation et ses objectifs.

Jour de Galop. – Le lundi 17 août 2015, à Dieppe, vous tombez alors que vous montez Clodie des Ongrais (Indian Daffodil). Le diagnostic médical fait état d’une fracture du bras avec déplacement de l’humérus et écrasement du nerf. Avez-vous rapidement su que la guérison serait longue ?

Jonathan Plouganou. – Après la chute, j'ai subi une opération à l'issue de laquelle le chirurgien m’a dit qu’il n’était vraiment pas sûr que je puisse un jour remonter en course. Étant donné la gravité de la fracture et du déplacement, il était déjà réservé sur le simple fait que je puisse récupèrer mon bras à 100 %, m'avertissant que ce serait très difficile. Moralement, c’est dur et cela m'a fait revenir aux bases. Le premier mois, j’avais mis les courses en stand-by pour me préserver moralement... Tout comme en course, il fallait procéder obstacle par obstacle. Et j’ai rapidement réalisé que le plus important était de récupérer mon bras au maximum pour ne pas être handicapé dans la vie et à l’avenir. Petit à petit, les médecins ont été plus optimistes. Ils disaient que ça allait bien se passer pour la récupération. Mais ils ont mis plus longtemps à me dire qu’il serait possible de remonter. Il s’est passé environ trois ou quatre mois avant que la possibilité de remonter en course soit envisagée.

Quand vous êtes-vous remis en selle ?

Après dix mois d’arrêt, j’ai remonté tranquillement chez mon père, des chevaux gentils. C’était juste pour le plaisir.

Comment se sont passées votre convalescence et votre rééducation ?

Pour retrouver la mobilité de mon bras, j’ai fait beaucoup de kiné et j’ai été suivi par une très bonne équipe. J’étais entre de bonnes mains. L’Association des jockeys m’a bien guidé ; les médecins et chirurgiens m’ont bien accompagné. Nous avons procédé étape par étape car je n’avais plus de muscles. J’avais tout perdu. J’ai récupéré muscle après muscle : d’abord le deltoïde, puis les autres muscles comme le triceps. J’avais l’avant-bras tout fin et petit à petit, c’est revenu. Actuellement, ce sont encore les doigts de la main gauche qui ne sont pas aussi puissants que la main droite, mais c’est une question de repousse des nerfs. J’ai jusqu’au mois de janvier pour essayer de récupérer totalement et naturellement. Sinon, le chirurgien m’a dit qu’il pourrait me faire une petite intervention. Mais déjà dans cet état, je suis capable de monter et je suis à l’aise à cheval.

Quand vous êtes-vous dit que le moment de remonter en course était enfin arrivé ?

Dès l’été, je sentais que mon retour n’était qu’une question de temps, qu’il fallait être patient et que j’allais revoir les champs de courses. Après un an d’arrêt, il faut voir plusieurs médecins pour récupérer la licence. Quand je l’ai récupérée, c’était avant tout pour aller sauter à droite à gauche et vraiment me remettre dans le bain. Emmanuel Clayeux m’a proposé Torpille d’Ainay (Robin des Champs), une jument que je connais très bien sur un parcours que je connais très bien aussi, le cross de Lyon. Donatien [Sourdeau de Beauregard, ndlr] m’a proposé Rigolo Tiger (Mamool) que je connaissais aussi parfaitement. Des chevaux très bien mis, alors je me suis dit allez !, go !, c’est maintenant ! Je n’ai pas eu d’appréhension à reprendre en cross car c’est une spécialité par laquelle j’ai commencé. J’ai sauté plus de cross que je n’ai fait de galop quand j’étais jeune. Pour certains, c’est plus dur, mais pour moi c’est presque plus facile.

Qu’avez-vous ressenti en passant de nouveau le poteau en tête, à Auteuil qui plus est, grâce à Brut Impérial ?

Après tant d’attente, passer le poteau en tête, surtout à Auteuil, c’est une libération !

Quels sont vos objectifs en cette fin 2015 et pour l'année suivante ?

Actuellement, c’est le plaisir avant tout : monter les chevaux qui me plaisent et me remettre bien dans le bain. L’année prochaine, ce sera un peu le même objectif que ce que j’avais préalablement à cet accident : gagner des Groupes et des belles courses. Cela se fera en fonction des chevaux et des événements. Je suis positif et content d’être là.