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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Steve Burggraf : « J’aime être entouré de gens gentils »

Courses / 01.11.2016

Steve Burggraf : « J’aime être entouré de gens gentils »

Pierre Pilarski, propriétaire de Bold Eagle, ayant fait fortune avec des franchises MacDonald, a l’habitude de se décrire comme un « marchand de frites. » Cette définition a amusé Steve Burggraf, 43 ans, propriétaire de la jeune écurie de Montlahuc avec sa femme, Sybille. Ce jeune chef d’entreprise est le directeur et cofondateur de Big Fernand, chaîne de restaurants vendant des "hamburgés", comprenez des hamburgers haut de gamme. Samedi, à Nantes, Penny Lane lui a offert une première victoire black type en remportant le Prix des Sablonnets (L). Il nous a parlé de son histoire.

Jour de Galop. – Comment vous sentez-vous après cette victoire de Listed de Penny Lane et des débuts qui n’ont pas forcément été faciles ?

Steve Burggraf. – Cela n’a pas été sans mal ! Nous avons galéré au début. Cette victoire de Listed nous fait vraiment très plaisir. C’est comme dans le monde de l’entreprise, il y a des hauts et des bas. Il vaut peut-être mieux commencer avec des bas puis monter après ! Ce fut une jolie semaine car nous avons une 2ans, Heuristique (Shamardal), qui a débuté avec une deuxième place à Saint-Cloud mercredi dernier. Nous avons aussi une autre 2ans à l’entraînement, Heliophile, une fille de Le Havre. Mais elle sera une "3ans". En tout cas, nous avons bien savouré la victoire de Penny Lane dans le Prix des Sablonnets. Je suis un peu superstitieux et quand Francis-Henry Graffard m’a proposé le Prix des Sablonnets pour Penny Lane, j’ai pensé à Antoine [de Talhouët-Roy, du haras des Sablonnets, où il a deux poulinières, ndlr] et je me suis dit "allons-y" ! C’était un bon clin d’œil.

Comment en êtes-vous venu à investir dans les courses ?

Il y a eu plusieurs éléments. Laurent Benoit, qui a Broadhurst Agency, est un très bon ami. Les courses, c’est un bon mélange de passion, de sport ou de business. J’ai toujours aimé les chevaux et ma femme, Sibylle, aussi, c’est sympa de vivre sa passion à deux. Avant de prendre mes couleurs avec l’écurie Montlahuc, j’ai d’abord rejoint Boétie Racing. Cela me permettait de prendre un peu plus de maturité et d’arriver dans le monde hippique avec une première expérience. C’est un milieu d’initiés, il faut le décrypter. J’ai donc appris plein de choses avec Boétie Racing : comprendre les courses, les pedigrees… C’était une expérience, un système d’apprentissage à un prix raisonnable. Et il faut passer cette phase d’apprentissage. On n’y arrive pas "comme ça". J’ai aussi été épaulé. Les courses sont compliquées à comprendre : une course à conditions n’est pas la même chose qu’un handicap, il faut connaître le fonctionnement d’une écurie… Il est très important de s’entourer d’une bonne équipe.

Quelle est cette équipe ?

Il y a donc Laurent Benoit, qui me conseille sur l’achat des chevaux. Le docteur Langlois, qui est vétérinaire mais n’a pas uniquement ce rôle purement médical : il me conseille aussi sur les chevaux. Penny Lane a ainsi été repérée par Laurent Benoit et lui en Allemagne. Il y a eu Xavier Nakkachdji, qui entraînait mes chevaux au début mais qui a dû cesser cette activité. Ils sont désormais chez Francis-Henri Graffard ; Antoine de Talhouët-Roy, du haras des Sablonnets. Et il y a bien sûr ma femme, qui est une amoureuse des chevaux. Je ne choisis pas un cheval sans elle. Le nom d’écurie de Montlahuc vient du nom de sa mère, qui nous a quittés mais qui adorait aussi les chevaux.

Vous avez déjà parlé dans le passé de l’importance de la gentillesse. Or, vous êtes entouré de personnes réputées pour leur gentillesse ou leur politesse. Cela vous-a-t-il réuni ?

Oui, bien sûr. Sans vouloir caricaturer, le milieu des courses reste un univers où beaucoup d’argent circule et, par conséquent, il peut y avoir des gens malhonnêtes. Pour moi, la gentillesse est vecteur de business et est rassurante. C’est aussi un point commun, quelque chose qui réunit encore plus les quatre personnes nous entourant. J’aime bien être entouré par des gens gentils !

Vous avez investi dans les courses peu de temps après le lancement de Big Fernand. Cela a-t-il toujours été un objectif ?

Big Fernand a été lancé en 2012 et nous avons commencé à acheter des chevaux en août, à Arqana, en 2014. Cependant, je n’ai pas en ligne de mire de faire des courses un business. Il y a beaucoup trop de choses aléatoires. On ne contrôle pas tout dans les chevaux, il n’y a pas de certitudes. Il faut rester raisonnable, que cela reste un plaisir. Si cela ne marche pas, il ne faut pas rentrer dans une spirale infernale. Bien sûr que tout le monde souhaite gagner de l’argent avec les chevaux, mais cela en a aussi ruiné certains et je serais déjà heureux de rentrer dans mes frais !

Les débuts n’ont pas été toujours faciles. Avez-vous douté ?

Non. Je n’aime pas les conclusions trop hâtives. J’aime la gentillesse… Et la persévérance ! J’ai aussi été très soutenu par ma femme.

Envisagez-vous de développer votre élevage ?

J’ai acheté une ferme en Sologne, qui est en travaux. Mes poulinières sont donc pour le moment au haras des Sablonnets. J’aimerais bien avoir une dizaine de poulinière chez moi, dans le futur. Je n’achète et n’ai acheté que des femelles. Cela n’a pas changé, cela ne devrait pas changer. J’ai parfois acheté un foal mâle dans le but de faire du pinhooking, c’est très amusant. Le pinhooking, c’est un coup, mais je veux aussi construire.

Vous êtes dans la restauration, où l’accueil et le service client sont essentiels. Quel est votre regard sur l’accueil et le service client sur les hippodromes, pour les parieurs et propriétaires ?

La chose qui me choque le plus est que tout le monde est d’accord sur la finalité : il faut ramener du monde aux courses, et donc les parieurs. Ces derniers sont essentiels à la filière. Par contre, sur la manière d’y arriver, on en est encore assez loin, même s’il y a à la tête de France Galop des personnes prêtes à réformer.

Il y a trop de réunions en France, trop d’hippodromes… Tout est trop compliqué pour le public. Il faut parler grand public et on ne va pas assez loin. On consulte souvent les professionnels ou les amateurs de courses hippiques. Mais il faut consulter les personnes qui ne connaissent rien aux courses, pour les comprendre. J’ai des restaurants à Hongkong et je suis déjà allé à Happy Valley. C’est génial ! L’hippodrome est un véritable lieu d’échange social, avec beaucoup de jeunes. Chez nous, la population de parieurs est vieillissante et il faut faire venir les jeunes : le Nouveau Longchamp pourrait permettre cela. Il faut rendre les courses accessibles, avec des règles simplifiées et des chevaux qui durent. Et supprimer des hippodromes. Je sais que cela chagrine le maire de la commune, mais dans le milieu de l’entreprise, il faut diriger les ressources financières sur ce qui fonctionne. De même, je crois que nous n’avons plus les moyens d’avoir deux chaînes sur le cheval et qu’il faut les fusionner.

Il faudrait encourager les propriétaires à garder leurs chevaux à l’entraînement plus longtemps. Aujourd’hui, à la fin de l’année de 3ans d’un champion, on pense déjà au haras  où il va devenir étalon si c'est un poulain, à qui elle va être présentée si c'est une pouliche. Il faut financièrement encourager les propriétaires à garder les chevaux à l’entraînement. Regardez Trêve ! On en a parlé car c’est une immense championne, mais aussi parce que son propriétaire a décidé de la laisser plus longtemps à l’entraînement. Il faut laisser le temps de s’attacher.