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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tribune libre - Fermons l’hippodrome de Maisons-Laffitte et transférons les chevaux de son centre d’entraînement à Chantilly

Courses / 22.11.2016

Tribune libre - Fermons l’hippodrome de Maisons-Laffitte et transférons les chevaux de son centre d’entraînement à Chantilly

Par Gunnar Nordqvist, "petit éleveur"

« Je ne vais pas débattre le pour et le contre de la fermeture d’Enghien, mais cela pourrait être un premier écueil qui aura de graves conséquences dans les années à venir puisque cette fermeture se confirme.

Je suis néanmoins très surpris que France Galop prenne des décisions à court terme, alors qu’il est primordial d’avoir une stratégie à long terme et de la proposer à l’ensemble des professionnels, notamment les entraîneurs, les propriétaires – et les éleveurs, que l’on oublie souvent. Une stratégie à long terme, dans n’importe quelle structure, est une stratégie qui s’étend sur dix ans, voire peut-être quinze ans.

Actuellement, il semble qu’il y ait seulement un intérêt pour des querelles et des bagarres sur le court terme, soit la période du mandat en question, entre les différentes factions de France Galop.

On pourrait penser que, lorsque les temps deviennent difficiles, l’unité s’imposerait. Ou qu’un débat ouvert soit mis en place, un débat que l’on appellerait démocratique.

Il existe de multiples moyens pour comprendre où va notre société, il existe une multitude d’études démographiques sur tous les sujets qui dégagent un intérêt : croissance démographique, groupes d’âge, ruraux ou non – la France est un pays avec un taux de natalité supérieur à la moyenne. Cela doit être fait en coordination avec le PMU qui est une entité essentielle, dont les courses dépendent en termes de financement.

Une étude non scientifique montre que les entraîneurs qui ont 70-90 chevaux ou plus à l’entraînement ont une moyenne d’âge supérieure à 60 ans.

Le reste devient de la simple arithmétique et le résultat est que, dans un délai de cinq ans, 80 % au moins de ces entraîneurs auront arrêté leur carrière.

Les propositions de France Galop publiées au cours des six derniers mois sont malheureusement inadéquates et insuffisantes pour être efficaces ou crédibles. Certaines personnes désireraient même une sorte d'"American Chapter 11", afin d’éclaircir les choses [dans la législation américaine, le Chapter 11 régule les situations de faillite des entreprises. Il favorise de fait la continuité de l'entreprise afin de sauvegarder l'emploi et ne pas déstabiliser le système économique en laissant une grande marge de manœuvre au débiteur pour se restructurer. Un certain nombre d'entreprises en difficulté se mettent d'ailleurs sous sa protection afin de pouvoir rompre certains contrats (notamment avec le personnel), on parlera alors de faillite stratégique, ndlr – définition lexique financier Les Echos].

À Chantilly, Gouvieux et Lamorlaye, au moins 600 boxes sont vides. La conclusion logique serait de remplir ces boxes avec les chevaux de Maisons-Laffitte et, ainsi, d’arrêter de dépenser de l’argent dans un puits sans fond (celui du centre d’entraînement de Maisons). Chantilly serait de ce fait mieux utilisé. Moins de personnel à long terme et donc des prix de pension moins chers. Ce serait un choix économique sage.

Consultez n’importe quel spécialiste du climat : il vous dira que la Seine va de plus en plus souvent sortir de son cours, notamment à Maisons-Laffitte (comme en 2016).

Avant de pouvoir mettre en place tout ce qui a précédemment été dit, France Galop devrait évidemment batailler avec le formidable maire de Maisons-Laffitte, monsieur Myard, qui défend sa ville. Et c’est ce que France Galop a essayé d’éviter à tout prix puisque ce maire a férocement défendu ses courses. Ses raisons sont parfaitement compréhensibles, mais cela ne devrait pas dissuader France Galop d’évaluer toutes les options disponibles, même si elles sont désagréables.

Évidemment, la décision regrettable de fermer Maisons-Laffitte doit accepter le scénario à long terme selon lequel des inondations ont de fortes chances d’arriver. Le fait que France Galop loue diverses parties du centre d’entraînement de Maisons Laffitte doit aussi être pris en compte. Le coût de cette location est également une charge sur son bilan financier.

Je peux dire sans aucune hésitation qu’avoir laissé tomber Enghien ne fera que le bonheur de LeTrot car les terres non utilisées pour les courses d’obstacle pourraient être vendues pour construire des logements et générer une rentrée d’argent certaine. C’est leur droit. Mais, à long terme, il serait certainement plus prudent d’étudier toutes les options avant de faire des changements hâtifs, en fermant des portes qui ne pourront plus jamais être ouvertes.

Ne pas oublier les éleveurs. Les éleveurs sont beaucoup oubliés à France Galop, bien qu’un éleveur soit vice-président de France Galop [Jean-Pierre Colombu] et que de nombreux autres éleveurs siègent aussi au Conseil d’administration de France Galop. Je ne vois jamais une des personnes précédemment mentionnées essayer, même à une petite échelle, de faire quelque chose pour les éleveurs qui sont vraiment l’épine dorsale des courses et travaillent d’une façon remarquable. Selon moi, les éleveurs ont l’air de n’avoir quasiment aucun pouvoir.

Un éleveur n’est actuellement pas autorisé à rentrer aux écuries pour voir ses élèves lorsqu’ils courent. Mais, dans les écuries, il y a un certain nombre de courtiers et beaucoup de gens qui n’ont pas le droit d’être là. Le filtrage est malheureusement inadéquat. Cela est le cas pour tous les hippodromes que j’ai visités en France.

Parmi les autres questions que les éleveurs devraient sérieusement considérer, il y a :

  1. Combien de juments un étalon doit-il être autorisé à saillir ? Le temps est venu de discuter ouvertement de ce que beaucoup d’éleveurs considèrent comme un chiffre écœurant : 150-200 juments, voire plus, n’est pas une situation saine. Il y a seulement un bénéfice pour quelques-uns et, génétiquement, une situation très précaire qui peut et va apparaître.
  2. L’explosion de courses black types sans importance, soi-disant Listed-Races, qui n’ont aucune valeur et sont très vite oubliées. Les seuls gagnants sont les agences de vente et les courtiers qui négocient avec bonheur ce black type possédant peu de valeur (ou une valeur pour le moins douteuse).
  3. Le Syndicat des éleveurs devrait également se projeter, mettre en place un plan sur le long terme et cesser de suivre aveuglement l’ancien modèle qui consiste à attendre et voir ce qu’il va se passer. Il est important de prendre position et de permettre aux éleveurs de constater que le Syndicat a des idées, et pas uniquement lorsqu’il est au pouvoir.

France Galop a complètement oublié que l’un de ses objectifs est l’amélioration de la race chevaline. C’est tout le contraire aujourd’hui. Les éleveurs doivent être accueillis chaleureusement et tout nouvel éleveur doit être encore mieux reçu, ce qui n’est pas le cas. Le nombre d’éleveurs diminue fortement et, une fois qu’ils sont partis, ils ne reviennent pas.

J’ai déjà dit que nous aurions besoin de cinq nouveaux Guy Pariente chaque année pour renforcer les rangs des éleveurs. Évidemment, tout le monde ne connaitrait pas la même réussite, même avec la plus grande des imaginations, mais ce serait positif pour le secteur économique. Dans le climat actuel, il est très peu probable que quiconque ose une seule seconde envisager un tel scénario. »