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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tricheries ?

Courses / 21.11.2016

Tricheries ?

Dans son édition du dimanche 20 novembre, Le Parisien, dans sa rubrique "faits divers", a publié un article s’intitulant : "Tricheries Chevalines". Derrière ce titre qui interpelle (et qui est racoleur vis-à-vis du grand public), l’un des journalistes évoque trois faits de tricheries qui ont été jugés ou sont en cours de jugement :

  • Un "tour" flagrant observé au trot, lors une réunion à Cagnes-sur-Mer, en juillet 2015, support seulement de paris sur internet (moins de 13.000 € d’enjeux en jeu simple sur cette course) ;
  • ce qu’il convient d’appeler "l’affaire Le Galliard" ;
  • et le spectaculaire accident de Nantes du 12 avril, quand Fin March s’était jeté sur sa droite, sautant la lice, basculant côté public en manquant de peu de blesser grièvement une famille qui assistait à l’épreuve. Le cheval était mort peu après dans les écuries. Des analyses auraient ensuite révélé qu’une substance suspecte aurait été présente dans l’organisme de Fin March et ce cas est actuellement en cours d’instruction.

Cet article est accompagné de trois encadrés. Le premier est une interview d’Olivier Delloye. Le directeur général de France Galop évoque les contrôles antidopage ainsi que des sanctions prises contre les professionnels qui trichent et les jockeys qui ne défendent pas totalement les chances de leurs partenaires. Un deuxième encadré donne la parole à des turfistes (dont le vice-président de l’Association nationale des turfistes). Ces derniers sont bien conscients qu’un entraîneur gère une carrière, que le cheval est un athlète et non une machine, et qu’il lui est donc difficile d’être à 100 % à chaque fois qu’il dispute une course. Enfin, le troisième encadré évoque le laboratoire des courses hippiques (L.C.H.) qui analyse les échantillons prélevés après les courses et le docteur Yves Bonnaire, responsable du L.C.H., intervient.

Sur le fond, il n’y a pas grand chose à dire... Le sujet relevant d’affaires instruites au civil, le journaliste tient donc sa ligne en publiant ces informations dans la rubrique "faits divers". On peut toujours chercher la petite bête et relever des incohérences : une grande photo d’une épreuve courue à Auteuil pour illustrer l’article, alors que ce dernier débute par le cas de tricherie au trot, des éléments de langage qui ne sont pas franchement propres aux courses : "la bête", "l’équidé victorieux" ...

Mais ce n’est pas ce qui est le plus gênant. Le titre de l’article, "Tricheries Chevalines" (qui peut évoquer chez certains des heures sombres désormais bien lointaines, comme la – vraie – affaire du Prix Bride Abattue), est délibérément tape-à-l’œil. Les intertitres choisis également : "des résultats faussés", "quand un jeune jockey passe aux aveux", "suspicion de dopage après une crise cardiaque", "retenir son cheval est une pratique répandue"... Sans parler de l’appel en Une du journal : "Magouilles sur les champs de courses". Il suffit d’ailleurs désormais de taper sur Google "courses magouilles" pour tomber directement sur cet article. Les courses sont ici présentées défavorablement, sous un angle aguicheur, alors que l’article n’offre finalement aucune révélation fracassante. Ce qui est malheureux, c’est que Le Parisien – qui est une publication grand public (l’une des rares encore à disposer d’un vrai service hippique au sein de sa rédaction) –, offre à ses nombreux lecteurs une vision des courses par le petit bout de lorgnette et les termes choisis permettent ainsi ce très facile raccourci "courses = escroquerie". Pourtant, ce n’est pas ce que démontre la (trop) courte conclusion de cet article : "En matière de dopage, là où les courses contrôlent 30.000 échantillons par an, tous les autres sports réunis en analysent 11.600. Le sport hippique est donc une discipline très contrôlée."

L’article du Parisien est disponible avec ce lien : http://www.leparisien.fr/faits-divers/tricheries-chevalines-20-11-2016-6349899.php

Faut-il revoir l’article 76 du Code des courses ?

Dans cet article, le cas de tricherie évoqué au trot amène – une fois de plus – à se poser des questions sur la pertinence de l’article 76 du Code des courses : « Il est interdit de faire partir un ou plusieurs chevaux dans une course sans avoir l’intention de la gagner ».

Sur le fond, cet article est nécessaire. C’est comme les règles qui concernent le nombre de cigarettes ou de litres d’alcool avec lesquels vous pouvez passer une frontière. Sans restriction, on ouvre grand la porte aux trafics en tout genre.

Mais sur la forme, peut-on vraiment obliger chaque cheval à défendre ses chances à 100 % pour chaque épreuve qu’il dispute. Un cheval qui fait une rentrée ? Un cheval contraint de courir hors distance ? On peut citer de nombreuses situations dans lesquelles un cheval peut ne pas être en moyen d’être totalement compétitif. Faut-il alors le sanctionner ? Punir son entourage ? Cet article 76 est sujet à interprétation, notamment de la part des commissaires qui sont en charge de surveiller la régularité des courses. Mais des personnes voyant le mal partout peuvent facilement invoquer cet article 76 afin de trouver des cas litigieux – sur lesquels les parieurs avertis ne sont pas dupes – pour "casser" l’image des courses et leur régularité.