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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Demuro-Barbereau, Barbero-Demureau

Courses / 07.12.2016

Demuro-Barbereau, Barbero-Demureau

On peut dire qu’ils se sont bien trouvés. Suite à sa rencontre avec Cristian Demuro, Bruno Barbereau a pris une nouvelle dimension en devenant agent de jockey… exclusif. Et Cristian Demuro est devenu premier jockey de Gérard Augustin-Normand. L’année 2016 a été réussie pour eux, avec quatre victoires de Gr1 pour Cristian, dont deux classiques avec La Cressonnière (Le Havre).

Mais surtout, au-delà des résultats, une belle complicité est née entre eux. Nous les avons rencontrés ensemble, mardi soir, à Deauville, au bar du Normandy, et l’interview s’est vite transformée en un dialogue entre les deux amis.

Jour de Galop. – Il y a un peu plus d’un an, Bruno Barbereau n’était pas agent et Cristian Demuro n’était pas encore le premier pilote de Gérard Augustin-Normand. Comment votre histoire a-t-elle commencé ?

Bruno Barbereau. – Cristian était l’an dernier dans l’équipe de Pierre-Alain Chereau, qui possède, comme beaucoup d’agents, un très bon jockey qui fait office de leader : Christophe Soumillon. Cristian avait commencé à chercher un autre agent car il pensait que cette situation était un désavantage alors que dans de nombreux cas c’est plutôt un avantage. Il a frappé dans un premier temps à la porte d’Hervé Naggar, comme beaucoup de jockeys d’ailleurs, mais pour diverses raisons, Hervé n’a pas pu le prendre dans son team.

Cristian Demuro. ‑– Déjà, quand j’avais fait le choix de venir m’installer en France, je l’avais sollicité pour devenir mon agent. Mais il ne pouvait pas me prendre.

Bruno Barbereau. – L’idée de devenir agent m’avait plusieurs fois effleuré l’esprit mais cela était resté sans suite. J’ai rencontré Cristian et échangé avec lui et fini par me décider. J’aimais assez bien le personnage. Je pensais aussi qu’il avait suffisamment de talent pour percer. Il a l’avantage de monter à un poids léger et possédait deux ans d’expérience en France. En parallèle, Grégory Benoist, qui était le premier jockey de Gérard Augustin-Normand, a reçu une proposition d’exclusivité pour Al Shaqab. Il l’a acceptée et il nous fallait un nouveau premier jockey. Cela fait longtemps que je collabore avec Gérard Augustin-Normand. Il a confiance en moi et m’avait autorisé à devenir l’agent de Cristian. Alors, quand j’ai proposé Cristian comme premier jockey de la casaque, il a accepté. Le contrat de Cristian a très bien commencé. En revenant du Japon, il a gagné directement une Listed avec Rosay, qui n’était pas un penalty. Cela a mis tout le monde en confiance.

Cristian Demuro. – Bruno n’a pas précisé un point. Il m’avait dit : « Si je commence à devenir agent, je ne commence qu’avec toi. »

Bruno Barbereau. – Ensuite, le deal a été très clair. Cristian nous a dit : « Je sais piloter une Formule 1. » Nous lui avons dit : « Très bien. Tu sais où est le volant, alors maintenant tu vas conduire et si tu fais une sortie de route, tu sors avec la voiture. » Le premier objectif avec Cristian, ce fut La Cressonnière dans la Poule d’Essai. Et Cristian a transformé l’essai. Il a confirmé dans le Diane avec La Cressonnière et dans le Grand Prix de Paris avec Mont Ormel.

Cristian Demuro. – Bruno ne s’occupe que de moi comme jockey et je trouve que c’est très bien pour lui !

Bruno Barbereau. – Cristian est le premier jockey dont je m’occupe et c’est beaucoup de travail d’être agent. La plupart des agents de jockeys sont méritants. Même quand on a un jockey du top ten, rien n’est facile. Et puis cela correspond bien au caractère de Cristian d’avoir un agent qui ne s’occupe que de lui.

Cristian Demuro. – On m’a demandé si tu voulais prendre un apprenti ?

Bruno Barbereau. – Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour ! Même si c’est la mode des apprentis en ce moment, avec une nouvelle vedette tous les jours…

Bruno, beaucoup de professionnels connaissent bien votre méthode pour analyser les courses, en vous basant sur les temps partiels. Cristian, comment avez-vous réagi quand Bruno vous a exposé sa manière d’analyser les courses ?

Cristian Demuro. – La première fois que nous nous sommes vus avec Bruno, je me suis assis et je me suis dit : « C’est un fou celui là ! » Mais je voyais qu’il pouvait me lancer. Ce n’était donc pas un risque d’aller travailler avec lui. Si je ne bougeais pas, je restais deuxième chez Pierre-Alain, derrière Christophe Soumillon. Je me suis dit que Bruno n’aurait que moi comme jockey, alors il serait obligé...

Bruno Barbereau. – D’être très motivé... pour toi !

Cristian Demuro. – C’est ça ! Deux jours avant de partir au Japon, j’ai dit oui à Bruno.

Comment jugez-vous votre année 2016 ?

Cristian Demuro. – Je suis très content de ma saison 2016. C’est la meilleure pour moi en France en trois années complètes. J’ai maintenant un contrat de première monte pour Gérard Augustin-Normand, ce qui me permet de monter des bons chevaux, comme La Cressonnière. J’ai pris beaucoup de plaisir cette année et je pense que Gérard Augustin-Normand a également pris du plaisir en m’utilisant comme premier jockey.

Bruno Barbereau. – Globalement, la première saison de Cristian comme premier jockey de Gérard Augustin-Normand est excellente. Cristian a été validé par la personne dont l'avis était prioritaire : Jean-Claude Rouget.

Cristian Demuro. – Pourtant, cela avait mal débuté cette année avec Jean-Claude. Rappelle-toi Mezidon...

Bruno Barbereau. – Ah oui, il a mis un an à se remettre de ta monte !

Cristian Demuro. – Pour Jean-Claude Rouget, il faut monter en pensant à l’avenir, à la carrière du cheval. Mais nous étions partis sur une mauvaise base. À Cagnes-sur-Mer, je venais d’être nommé premier jockey de la casaque de Gérard Augustin-Normand et je montais Mezidon. Je l’ai monté pour gagner et j’avais sorti la cravache pour finir, mettant quatre coups. Je me suis dit que je pouvais, car c’était un 3ans. Finalement, j’ai été battu d’un nez. Après la course, Jean-Claude m’a dit : « Si tu tapes encore un inédit comme ça, tu ne monteras plus jamais pour moi ! » Il a raison. Le but n’est pas de donner une mauvaise leçon en débutant. Depuis, je me suis adapté à la méthode de Jean-Claude Rouget. L’équipe de Gérard Augustin-Normand est composée de beaucoup d’entraîneurs, plus d’une trentaine. Cela n’a pas été si évident de s’adapter aux méthodes, aux caractères et aux styles de chacun.

Bruno Barbereau. – La meilleure façon de régler tout cela, c’est de monter les chevaux et de gagner. À partir de là, il n’y a plus de problème et on convainc les plus réticents.

Année    Montes   Victoires     Gains (sans les primes)   Classement Cravache d’or*

2016*    895        86               4.093.285 €                     5e

2015      735        66               2.048.455 €                     18e

2014      707        45               2.414.170 €                     27

* au 06/12/2016

La Cressonnière vous a fait passer par toutes les émotions, de la joie aux larmes… .

Cristian Demuro. – Le forfait de La Cressonnière dans l’Arc est un sujet encore très sensible... C’est triste... Pour moi, c’était l’occasion de monter mon premier Arc et avec une première chance en plus. J’avais rêvé pendant des semaines de cette course ; elle était déjà courue dans ma tête. Quand Bruno m’a appris la nouvelle, le dimanche précédant l’Arc, c’était vraiment dur. Un double coup dur car La Cressonnière ne courait pas et, à six jours de la course, c’était impossible de retrouver une autre monte.

Bruno Barbereau - Après les résultats des préparatoires à l’Arc, on pouvait toujours se dire qu’elle avait une toute première chance pour le grand rendez-vous.

Aurait-elle gagné l’Arc ?

Cristian Demuro. – L’Arc s’est couru et j’estime que La Cressonnière aurait terminé sans problème dans les quatre premiers. Siljan’s Saga est quatrième et je pense que La Cressonnière est un peu meilleure qu’elle en classe pure.

Bruno Barbereau. – Pour moi, La Cressonnière avait une première chance dans l’Arc, peut-être pour gagner même. Mais il y a quelque chose qui m’a marqué dans cet Arc à Chantilly et il faudra voir si cela se confirme l’an prochain : l’arrivée a été composée de vieux chevaux. C’est quelque chose qui n’était pas arrivé depuis très longtemps et peut-être que c’est spécifique à la piste de Chantilly, qui n’a pas les mêmes exigences que Longchamp. Est-ce aussi parce que la génération des 3ans était tout simplement moyenne ? En valeur potentielle, La Cressonnière pouvait gagner un Arc avec le poids des pouliches de 3ans. Maintenant, vu qu’aucun 3ans ne figure à l’arrivée, je me demande : l’Arc à Chantilly n’est-il pas une affaire de vieux chevaux ? J’ai hâte de voir le prochain pour avoir la réponse. Si on aime les marques de vitesse, j’ai à ce sujet quelque chose d’exceptionnel. J’ai comparé La Cressonnière et Almanzor qui ont gagné tous les deux sur le même parcours à Deauville, à une semaine d’intervalle, en août. La Cressonnière a une marque supérieure à celle d’Almanzor !

Comment l’année 2017 s’annonce-t-elle pour vous ?

Cristian Demuro. – Pour l’instant, chez les 2ans, nous avons vu une bonne pouliche, La Cochère, et un bon mâle, Brametot. C’est déjà pas mal d’avoir un bon mâle et une bonne femelle. La Cochère m’a vraiment laissé une bonne impression en débutant...

Bruno Barbereau. – Elle va gagner le Diane, tu peux le noter ça !

Cristian Demuro. – J’aime bien aussi Normandel. Elle a le niveau d’une pouliche de Groupe et sera mieux en prenant de la maturité.

Bruno Barbereau. – Pour l’instant, on paraît moins armé sur les 2ans par rapport à l’an dernier.

Et la Cravache d’or ? Est-ce un objectif possible ?

Cristian Demuro. – Me retrouver à la lutte pour la Cravache d’or est quelque chose qui m’intéresse beaucoup. Aujourd’hui, on pourrait dire que Christophe Soumillon et Pierre-Charles Boudot seront premier et deuxième au classement des jockeys l’an prochain. Mais on ne sait jamais ce qu’il va se passer...

Bruno Barbereau. – Le problème, c’est qu’aujourd’hui, pour être Cravache d’or en France, il faut être lié à une maison qui court beaucoup de chevaux. C’est notre cas, mais il arrive qu’un cheval de la casaque coure à Saint-Cloud et l’autre à Dax. On peut se déplacer pour monter celui de Dax qui possède une première chance, mais les autres montes de la journée ne suivent pas forcément. Nous n’avons pas le premier choix pour l’instant.

C’est donc difficile de se fabriquer une clientèle ?

Cristian Demuro. – Pas pour moi, mais pour Bruno oui !

Bruno Barbereau. – Nous y arrivons. Mais, en France, il y a une vraie concurrence avec un niveau de jockeys qui est très fort. Et pour l’instant, Cristian n’a pas le "droit" de ne pas suivre ses chevaux. Il suffit qu’il ne monte pas un cheval une fois pour le perdre. On peut beaucoup moins faire de "one shot". Mais nous ne sommes pas à plaindre. Car aujourd’hui, en France, un jockey qui n’a pas un contrat de première monte ou ne monte pas pour une grande écurie n’a quasiment aucune chance de gagner un Gr1.

Cristian Demuro. – À mon arrivée en France, cela a été très difficile pour moi de trouver des montes. J’ai passé deux mois en Allemagne comme premier jockey du baron von Ullmann. C’était pour remplacer Adrie de Vries qui s’était cassé la jambe. Durant cette période, je suis venu en France pour monter un cheval pour le baron von Ullmann. Et Alexis Doussot m’avait mis sur Rageur car personne n’en voulait ; il était très difficile à monter et ne gagnait jamais. Et j’ai gagné avec Rageur, pour François Doumen, directement dans un Quinté. Après ma période en Allemagne, j’ai proposé à François Doumen mes services, lui expliquant que je désirais tenter l’expérience en France. Pierre-Alain Chereau m’a aidé à ce moment-là. Tous les mardis, j’allais monter le matin chez François Doumen. En 2014, il y avait une très bonne pouliche de 3ans à l’écurie, Xcellence. Nous avons gagné le Prix Imprudence et terminé troisièmes de la Poule.

DE L’OMBRE DE MIRCO À LA LUMIÈRE

Cristian, n’a-t-il pas été compliqué de vous faire un prénom, sachant le palmarès de votre grand frère, Mirco ?

Cristian Demuro. – C’était difficile pour moi au début. Je suis arrivé dans les courses plus de dix ans après mon frère qui était une vraie référence. Il a fallu que je me fasse un prénom. Au départ, tout le monde disait : « On va voir s’il est aussi capable que son frère. » Heureusement, j’ai gagné rapidement des courses et j’ai vite perdu ma décharge. Je suis resté un an chez Bruno Grizzetti, pour lequel je n’ai pas gagné beaucoup de courses. J’ai plutôt gagné pour l’extérieur, ce qui m’a permis de développer une clientèle. Je suis parti à Rome ensuite. J’avais signé un contrat pour trois ans.

Bruno Barbereau. – En Italie, Cristian possède le record de victoires en une saison, avec 264. C’est toujours le troisième meilleur score en Europe.

Cristian Demuro. – J’avais 20 ans lors de cette saison-là. C’était en 2013.

Cristian, est-il vrai que votre mère ne voulait pas que vous soyez jockey ?

Cristian Demuro. – J’ai un cousin – le fils d’une sœur de ma mère – qui était jockey et qui s’est tué en course. Ma mère ne voulait donc pas que je sois jockey. Elle disait aussi : « Ton père était jockey et maintenant il est cassé de partout ; ton frère est déjà jockey. Donc toi, tu iras à l’école. » À seize ans, je ne voulais plus aller à l’école ; j’allais travailler les chevaux. Quelques lots, comme ça. Ma mère m’a alors dit : « Si tu ne vas plus à l’école, tu vas travailler. » J’ai répondu d’accord et je suis allé travailler dans une écurie. J’ai commencé par monter deux lots le matin chez Gaetano Angellotti. Il me donnait 200 € par semaine. J’ai gagné ma première Listed pour lui. Ensuite, je suis parti à l’école des jockeys et j’ai commencé à monter en 2009, l’année de mes 17 ans.

Et aller au Japon, rejoindre Mirco, c’est une idée ?

Bruno Barbereau. – On a eu l’idée d’aller au Japon pour l’hiver.

Cristian Demuro. – J’ai gagné en 2016 les droits pour y aller deux mois. Mais quasiment tous les jockeys restent en France pour Cagnes.

Bruno Barbereau. – Ne pas aller à Cagnes, c’est perdre ses chevaux. Et parfois un entraîneur. Et là-bas, nous aurons aussi les chevaux de la casaque.

Cristian Demuro. – Aujourd’hui, Mirco est au Japon. Mais moi je suis encore jeune. Si je dois faire comme lui, ce sera plus tard. Mirco a 37 ans, il est plutôt sur sa fin de carrière et le Japon est une bonne opportunité pour lui.

Aujourd’hui, en Italie, les courses vont mal. La même chose peut-elle arriver en France ?

Cristian Demuro. – Il y a beaucoup de réunions en France, comme c’était le cas en Italie avant que les choses aillent mal. Il faut faire attention, car il peut arriver en France la même chose qu’en Italie. Quand Ruffo Della Scaletta a vendu une part sur les paris hippiques au SNAI, qui est l’équivalent italien du PMU, le SNAI en a profité pour développer son offre sur le sport. Les courses passent en dernier chez eux... Mon souhait serait que tout ferme en Italie. Pour recommencer de zéro, sur de bonnes bases, différemment. Et que ce soit privatisé. Là, aujourd’hui, cela ne marche pas. L’Allemagne vient de faire appel, car ils n’ont pas reçu les paiements des allocations. Je suis très inquiet pour le maintien du label Groupe des courses italiennes. Cela va être compliqué. Avant, à SGA, aux ventes, il y avait plus de 200 chevaux. Cette année, ils n’en ont passé que 67.

Bruno Barbereau. – Quand j’observe la situation en Italie et celle en France, je me dis, dans un rêve, au moment où l’on parle beaucoup d’Europe, plutôt que de proposer des courses en Afrique du Sud ou en Tasmanie qui n’intéressent personne, n’y aurait-il pas mieux fallu faire l’Europe des Courses, avec les Allemands, les Italiens, les Espagnols ? Que tout le monde joue ensemble sur les mêmes courses.

Mon frère, mon héros

« Mirco, c’est comme un père pour moi. C’est lui qui m’a donné le goût de devenir jockey. Il m’avait acheté un poney et j’avais pris peur, car j’étais tombé. Mais lui il était toujours là pour me relever. Il voulait que je devienne jockey. Il voyait que j’avais la passion. Il m’a permis d’exprimer mon caractère. Il m’a beaucoup aidé, avec ma famille, pour en arriver là. Mon frère, c’est mon héros.

Nous avons treize ans d’écart avec Mirco. Et c’est grâce à mon frère que je suis né. Il a réclamé un petit frère à mes parents. Et, au départ, je devais m’appeler Iuri. Mais lui il a dit non, qu’il ne fallait pas me donner un prénom comme ça. Grâce à lui je m’appelle Cristian sans le "h". »

Pourquoi Il Sorcio (le raton) ?

En Italie, Cristian Demuro a souvent été surnommé il sorcio, c’est-à-dire le raton. Il nous a raconté pourquoi.

« C’est une longue histoire... Un jour, avec mon frère, nous faisions un déplacement entre Milan et Rome en train. Il n’y avait aucune place pour s’assoir, sauf dans le wagon restaurant. Mais à chaque arrêt dans une gare, il fallait recommander quelque chose à manger, sinon il fallait laisser sa place. J’ai dû manger deux fois. Mais quand le train s’est arrêté ensuite à Firenze, j’étais plein... Alors, deux femmes s’assoient devant nous. La première devait faire 120 kilos et la deuxième n’en était pas loin. J’avais dû encore commander quelque chose, mais je ne pouvais plus manger. J’avais donc laissé de côté mes lasagnes et je dormais. Et là quelqu’un a dit, comme j’étais tout petit : « Regarde le raton, il ne mange rien ! » Mon frère l’a raconté à tout le monde et on m’appelle comme ça depuis ce jour. »

BRUNO ET CRISTIAN DU TAC AU TAC

Quelle est la principale qualité de chacun ?

Cristian Demuro. – Dans les courses, Bruno voit des choses que les autres ne voient pas.

Bruno Barbereau. – Cristian a l’avantage de la jeunesse. Il y croit toujours, même si ce n’est pas toujours rationnel...

Cristian Demuro. – C’est toi qui me fait croire des choses, car avant chaque course tu me dis : « Tu vas gagner ! »

Bruno Barbereau. – ... Bah je te motive !

Son principal défaut ?

Bruno Barbereau. – Il a beaucoup de caractère, comme un compétiteur. Ce n’est pas toujours un défaut, c’est parfois un avantage

Cristian Demuro. – Il est trop gentil. Alors qu’il fait un métier dans lequel il faut parfois être "agressif".

Quelle phrase détestez-vous que l’autre dise?

Cristian Demuro. – « Ce n'est pas grave. » Une fois, à La Teste, je n’ai pas pu monter Liwan Palace que je venais de monter deux fois, car j’étais retenu par mon contrat. Liwan Palace a gagné très facilement et moi j’ai fini loin sur un autre cheval. Après les courses, Bruno m’appelle et me dit : « Ce n’est pas grave… »

Bruno Barbereau. – Ce n’était pas grave en soi. Ce n’était pas non plus l’Arc ! Chez Cristian, je n’écoute pas ses mauvaises expressions. Même s’il a tendance à me dire parfois : « Je n’y vais pas ! » Il a compris que la Division 1, c’est à Paris, alors parfois, quand j’essaie de le bouger en province et qu’il n’est pas sûr de gagner, il a du mal à comprendre pourquoi je l’envoie là-bas. Mais c’est pourtant le bon moyen de gagner de la clientèle.

Quel métier auriez-vous voulu faire ?

Bruno Barbereau. – Tous les jours, j’ai dix idées de métier que j’aurais bien aimé faire !

Cristian Demuro. – Moi je voulais jouer au foot...

Bruno Barbereau. – Comme tous les jockeys...

Vous étiez doué ?

Cristian Demuro. – Moyen... Je cours très vite...

Bruno Barbereau. – Tu es un joueur normal. Pour le dimanche, en gros. Que ce soit clair, parce que sinon il va me dire : « Si je ne t’avais pas rencontré, je serais peut-être footballeur au PSG ! »

Cristian Demuro. – J’ai commencé jeune dans le C.S.O. Et avant d’être jockey, j’étais qualifié dans le championnat européen chez les jeunes. Notre sponsor était la marine militaire italienne. Je pouvais rentrer chez eux après mes 18 ans. Mais j’ai préféré les courses. J’aimais la vitesse.

Dans quel pays aimeriez-vous vivre ?

Bruno  Barbereau. – Aux États-Unis. Si je pouvais habiter ailleurs, ce serait à New York. Ou sinon peut-être sur une île déserte, avec un bateau.

Cristian Demuro. – Au Japon ou aux États-Unis. Je suis allé deux mois à Miami et j’ai adoré, même si j’étais tout seul.

Si Dieu existe, qu'aimeriez-vous, après votre mort, l'entendre vous dire ?

Cristian Demuro. – Tu étais le plus fort !

Bruno Barbereau. – Tu as essayé de faire de ton mieux.

Votre drogue favorite ?

Bruno Barbereau. – Des courses partout et tout le temps. C’est presque un autisme. S’il n’y a pas de course en France, je vais trouver le moyen de regarder des courses à l’étranger.

Cristian Demuro. – Je ne peux pas rester sans voir un cheval plus de deux jours.

Bruno Barbereau. – C’est vrai ça. Il n’y a pas de course, alors il va au Salon du cheval. C’est le comble !

Un homme ou une femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Cristian Demuro. – Mon frère.

Bruno Barbereau. – Mon père.

Le plus grand malheur de votre vie ?

Bruno Barbereau. – Être tombé sur Cristian Demuro ! Plus sérieusement, de ne pas avoir assez cru assez en moi. J’ai toujours pensé que les gens étaient tous très, très doués. Mais plus j’avance, avec l’expérience, plus je me rends compte que ce n’est pas toujours le cas.

Cristian Demuro. – Laisser l’Italie derrière moi et ma famille surtout.