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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La France va-t-elle vraiment devoir changer ses règles d’enquête ?

Courses / 12.12.2016

La France va-t-elle vraiment devoir changer ses règles d’enquête ?

Le Racing Post a publié sur son site internet, le samedi 10 décembre, un article intitulé : "La France et l’Allemagne font face à un risque d’isolement sur les règles d’interférence". Howard Wright a écrit cet article suite au Comité d’harmonisation des règles de courses de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah), qui s’est tenu le vendredi 9 décembre à Hongkong. Il parle notamment de la prise de position forte de Jamie Stier, de la British Horse Racing Authority, qui aurait selon lui appelé à « des actions définitives devant être prises immédiatement ».

Évidemment – et même assez logiquement –, l’article est écrit d’un point de vue anglais et plaide en faveur d’une harmonisation des règles de rétrogradation suite à une gêne sur le modèle anglo-irlandais, réputé moins sévère. L’idée n’est pas ici de débattre de quel modèle est le meilleur. Mais l’article laissait aussi sous-entendre que la France et l’Allemagne n’auraient guère le choix, dans un futur proche, que d’harmoniser leurs jugements et sanctions lors de ce type d’enquête. Ce qui est mettre la charrue avant les bœufs.

Pas d’évolutions prévues en France ou en Allemagne dans l’immédiat. L’article du Racing Post commence ainsi : « La France et l’Allemagne risquent de se retrouver isolées des autres principales nations hippiques, y compris la Grande-Bretagne et l’Irlande, sur les règles souvent controversées d’interférences en course si, comme attendu, de nouvelles mesures validées par un comité consultatif international sont adoptées. » En France ou en Allemagne, dans les deux cas cités par le Racing Post, un cheval est rétrogradé si les commissaires estiment que son mouvement a empêché un concurrent d’obtenir une meilleure allocation.

Selon l’article, le Comité d’harmonisation des règles de courses de la Fédération internationale des autorités hippiques s’est prononcé en faveur d’une harmonisation sur les règles de rétrogradation « adoptées dans la majorité des juridictions, sauf en France et en Allemagne, qui veut qu’un cheval responsable d’une interférence mais n’améliorant pas son classement suite à ce fait de course ne soit pas rétrogradé ».

Henri Pouret, directeur opérationnel des courses à France Galop, nous a expliqué : « La position du Comité d’harmonisation sera discutée mais il n’y a pas dans l’immédiat de changement en vue dans le Code des courses sur ce sujet. En Allemagne, qui a la même doctrine qu’en France, il y a eu un changement en 2016 : auparavant, lorsqu’il y avait un doute sur le classement du cheval gêné, la règle bénéficiait à ce dernier. Désormais, elle bénéficie au cheval gêneur. En conséquence, il devrait y avoir un peu moins de déclassement. Un comité d’harmonisation des règles de course a été créé il y a neuf ans, sous l’égide de la Fiah. Des représentants de différents pays y participent et le Comité est présidé par Kim Kelly du Hong Kong Jockey Club. Le comité s’est réuni vendredi dernier et la question de la doctrine des gênes en course a effectivement été discutée, comme cela est régulièrement le cas. »

La Fiah ne peut pas forcer un pays à changer ses règles. L’article du Racing Post précise ensuite qu’une « ébauche » pour une nouvelle règle a été transmise au Comité de conseil technique de la Fiah qui, s’il l’approuve, l’ajoutera à l’accord international sur les courses, l’élevage et les paris, afin d’être signée par les différentes juridictions hippiques. L’article précise bien que cet agrément n’a qu’un rôle de conseil, pas d’obligation, mais sous-entend aussi que les pays non-signataires risqueraient de devoir rendre des comptes. Cette ébauche envoyée en validation est celle du modèle anglo-irlandais, qui est aussi celui de Hongkong, de l’Australie et, depuis 2014, du Japon : un cheval ne peut être rétrogradé pour avoir gêné un concurrent que si ce dernier l’aurait, sans cette interférence, devancé.

Il faut bien préciser que la Fiah n’a pas le pouvoir d’imposer une réglementation : nous en avons un exemple récurrent concernant les règles de médication aux États-Unis. Henri Pouret nous a dit : « La Fiah est là pour proposer des "bonnes pratiques" et des règles susceptibles d’obtenir une position majoritaire. Lorsque des règles sont déterminées, elles passent par le Comité technique et, une fois qu’un accord majoritaire est atteint, la réglementation est transmise au Comité exécutif de la Fiah, présidé par Louis Romanet. Si ce Comité décide de valider la règle, elle est incorporée dans l’accord international. Chaque pays membre a, dès lors, la possibilité d’approuver ou non la règle. Si un pays est signataire, soit il applique déjà cette règle, soit il s’engage à la mettre rapidement dans sa réglementation. »

Les règles pourraient-elles changer en France dans le futur ? L’article du Racing Post conclut ce sujet sur ce paragraphe : « L’Allemagne va très certainement suivre l’avis de la France, mais il y a un doute sur le fait que le corps gouvernant français qu’est France Galop, dont quelques hauts fonctionnaires sont connus pour être en faveur de l’approche majoritaire, soit en mesure de convaincre son organisme indépendant d’élaboration des règles de changer de cap. » Une phrase tellement vague qu’il est difficile d’y trouver un véritable sens… Sur un éventuel changement de règles dans le futur du côté de la France, Henri Pouret nous a précisé : « C’est un sujet complexe, les membres du Conseil juridictionnel sont favorables à la doctrine actuellement appliquée puisqu’elle est plus dissuasive et lie par le risque de déclassement la situation du jockey avec celle de son propriétaire. »