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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Georges Rimaud : « J’ai le sentiment que nos représentants ont pu se rendre utiles lorsque cela était nécessaire »

Courses / 13.12.2016

Georges Rimaud : « J’ai le sentiment que nos représentants ont pu se rendre utiles lorsque cela était nécessaire »

Un an après les élections à France Galop, à l’issue desquelles Génération Galop a obtenu trois sièges au Comité et un au Conseil d’administration, Georges Rimaud, président de ce groupe de réflexion, fait le bilan de cette première année passée dans les instances de la maison mère.

Jour de Galop. – Quel est le bilan de Génération Galop depuis les élections de l’année dernière ?

Georges Rimaud. – Les élections de décembre 2015 ont permis à Génération Galop d’obtenir trois sièges au Comité de France Galop et un au Conseil d’administration. Pour un jeune mouvement comme le nôtre, qui n’était auparavant pas représenté dans les instances de la maison mère, il s’agissait d’une étape indispensable pour pouvoir participer aux grandes orientations de la filière.

La nouvelle direction nous est apparue déterminée à prendre les différents sujets en main et à apporter les transformations nécessaires qui permettront à l’Institution de se réformer ; nous sommes bien conscients que nous faisons face à une crise financière structurelle qui touche le secteur des courses et du jeu depuis plusieurs années et qui devient extrêmement inquiétante. Aussi avons-nous salué la nomination d’Olivier Delloye en tant que directeur général, qui correspondait au renouveau que nous avions appelé de nos vœux en amont des élections et que souhaite mettre en place le président Édouard de Rothschild. Nous avons pleine confiance en cette nouvelle équipe qui, après une période d’audit et d’analyse, a effectué plusieurs constats.

De quels constats parlez-vous ?

En premier lieu, les ambitions du plan PMU 2020 sont apparues comme étant irréalisables compte tenu des difficultés du marché du pari hippique. Par voie de conséquence, d’importantes réformes dans la gestion de France Galop se sont avérées nécessaires afin d’amorcer un retour à l’équilibre financier. Ces réformes sont indispensables afin de tenir nos engagements envers les ministères de tutelle, qui ont exigé de notre filière ces efforts significatifs. Le deuxième constat est celui de la baisse des effectifs à l’entraînement qui, conjuguée à la croissance excessive de l’offre de courses, a conduit à un effritement du nombre moyen de partants par courses, lequel pèse à son tour sur les enjeux. Il était primordial de mettre fin à ce cercle vicieux.

À partir de cet état des lieux, l’équipe dirigeante de France Galop a dévoilé dès le mois de juillet six axes de travail destinés à restaurer "un modèle économique ouvert et attractif, créateur de valeur pour l’ensemble de la filière". Cette vision est tout à fait celle de Génération Galop, et plusieurs axes de travail s’inspirent des travaux que nous avions menés lors de notre création : recréer de la valeur à travers le programme de courses ; créer les conditions du développement du propriétariat ; être un actionnaire du PMU plus interventionniste, etc.

Génération Galop a-t-elle pesé dans les réformes qui ont déjà été entreprises ?

On ne peut pas affirmer ça, car le fonctionnement des instances de France Galop est très collégial, une seule association ne peut donc pas faire la différence. Néanmoins, j’ai le sentiment que nos représentants ont pu se rendre utiles lorsque cela était nécessaire. Par exemple, un des premiers sujets traités par la direction de France Galop a été le nouveau projet télévisuel. Dans ce dossier, le vice-président de Génération Galop, Christian de Villeneuve, a mis à disposition son expérience dans l’univers des médias. Nous sommes satisfaits de cette première phase de collaboration avec TF1 et LCI. L’exposition de notre sport sur une chaîne grand public nous paraissait effectivement indispensable pour restaurer la notoriété du sport hippique, même s’il s’agit d’une démarche de longue haleine.

Quelle est la position de Génération Galop sur les autres mesures décidées par France Galop comme la fermeture d’Enghien ?

La fermeture d’Enghien n’est pas une réforme en tant que telle mais le résultat d’un engagement pris par l’administration précédente, sous la pression des ministères de tutelle, de fermer un hippodrome de France Galop afin de permettre la construction du Nouveau Longchamp. Les Conseils de l’obstacle et du plat ainsi que le Comité technique ont été consultés et il est apparu que la moins mauvaise solution, puisqu’elle était acceptée par la tutelle, était d’arrêter l’activité obstacle à Enghien.

En tant qu’homme de cheval, je suis attaché à certaines traditions, je connais l’importance d’un programme bien établi et nous sommes tous conscients au sein de Génération Galop de l’utilité qu’avait le programme d’Enghien. Mais il faut savoir aussi se remettre en question, et il est aujourd’hui nécessaire de construire l’avenir en transférant ces courses à Compiègne. Nous devons voir au-delà de notre temps et de ce point de vue, la fermeture d’Enghien est certainement la moins mauvaise solution car la plus facilement réversible si la conjoncture venait à se redresser plus vite que prévu. Il faut finalement féliciter France Galop d’avoir réussi à convaincre les tutelles d’accepter la seule fermeture de l’activité obstacle d’Enghien en lieu et place de la fermeture complète d’un hippodrome parisien.

Quelle est votre position concernant la réforme du programme des 2ans ?

Il s’agit de la première d’une série de mesures envisagées touchant au programme de courses. Il a été très clairement mis en évidence que le nombre de partants par course affecte les enjeux et il était nécessaire pour France Galop de travailler avec le PMU sur les différentes façons d’y remédier. France Galop a pris ses responsabilités en modifiant son programme. Nous comprenons les contraintes d’adaptation que cela exige mais nous félicitons les dirigeants d’avoir osé prendre des mesures innovantes. Même si des ajustements sont nécessaires.

À quels ajustements pensez-vous ?

L’élevage et son économie demeurent des composantes essentielles de l’économie de la filière, que France Galop doit veiller à ne pas négliger. Ce nouveau programme des 2 et 3ans, qui tend à développer beaucoup les handicaps, risquerait d’engendrer une paupérisation du programme de sélection qui pourrait décourager certains propriétaires et par ricochet les éleveurs : moins d’opportunités de valoriser un jeune cheval, c’est moins d’incitation à investir dans un yearling de qualité. France Galop doit rester conscient que le programme de courses, en tant que programme sportif et pas seulement support de pari, a un impact important sur les valeurs des chevaux et donc sur le marché qui est un des moteurs de l’industrie. Il faudra donc veiller à ce qu’il y ait un certain nombre de handicaps de haut niveau pour justement permettre la valorisation des jeunes chevaux.

Quant aux courses à conditions, elles font partie du programme de sélection dont on peut dire qu’il n’a pas nécessairement vocation à générer des recettes de jeux mais permet de renforcer les rêves de propriétaires, et de justifier les investissement des éleveurs, ainsi que de donner de la visibilité aux courses grâce aux grandes réunions premiums et surtout de valoriser notre élevage et nos chevaux à l’étranger. Ainsi, dans la perspective d’une relance des enjeux, il nous semble que l’effort ne doit pas reposer uniquement sur le programme de courses mais aussi sur l’offre du PMU, qui doit développer des propositions de jeux adaptés aux courses à faible nombre de partants et mettre en œuvre une véritable modernisation de sa communication et du traitement de ses clients et prospects afin de séduire une clientèle plus jeune. À cet égard, le rapport Mc Kinsey, qui doit sortir dans les jours qui viennent, sera très certainement un apport essentiel.

Craignez-vous une baisse des encouragements ?

La nouvelle mandature a voulu être transparente sur la réalité des finances de l’Institution et de son déficit. Comme nous venons de le voir, des actions sont déjà entreprises pour tenter de relancer les enjeux et réduire les dépenses. Néanmoins, le compte n’y est pas encore et notre niveau d’allocations, qui faisait notre force, devient de plus en plus menacé. Or, si nous voulons maintenir l’attractivité de notre système de courses et fidéliser les propriétaires existants, il va falloir faire en sorte que nous maintenions les allocations. Mais il y aura des efforts à faire : ils sont devant nous et il faut que chaque professionnel en prenne réellement conscience et que cessent les querelles de chapelles au profit de la communauté. Pour cela, France Galop devra veiller à éviter les situations conflictuelles avec les propriétaires et les professionnels, et conserver une qualité d’échange.

Si vous aviez un souhait à formuler pour 2017, quel serait-il ?

Tout d’abord je dois dire que je suis très conscient de la grosse charge de travail que doivent assumer les équipes de France Galop et les défis qu’elles doivent relever sont nombreux. Je pense aussi que la réussite du projet de la nouvelle équipe de France Galop reposera notamment sur sa capacité à faire partager une vision à long terme pour notre sport. Dans cette perspective, une grande transparence me paraît essentielle, à travers une communication régulière sur les actions mises en œuvre et une meilleure pédagogie auprès des professionnels afin de mieux les associer aux projets. Il est plus qu’important que nous soyons tous solidaires, prêts à nous adapter aux changements dont notre filière a cruellement besoin. Il est bon aussi de rappeler que les discussions qui ont lieu au sein des différents conseils et comités sont généralement confidentielles, ce qui limite la communication aux associations représentées.