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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE JOUR OÙ... J’ai gagné le Prix du Jockey Club avec Almanzor

Courses / 06.12.2016

LE JOUR OÙ... J’ai gagné le Prix du Jockey Club avec Almanzor

 

Par Jean-Bernard Eyquem

Le dimanche 5 juin 2016 est une journée qui comptera toujours dans la carrière de Jean-Bernard Eyquem. Ce jour-là, l’outsider Almanzor (Wootton Bassett), associé au jockey de Jean-Claude Rouget, remporte le Prix du Jockey Club (Gr1). C’est encore avec les poils qui se hérissent que Jean-Bernard Eyquem nous a raconté ce grand moment.

« Aussi bizarrement que cela puisse paraître, je suis arrivé à Chantilly en étant très zen. J’étais détendu comme rarement, avec zéro pression. J’étais dans le même état d’esprit que lorsque je dois monter un handicap par exemple. J’ai abordé cette course en toute simplicité. Je me souviens que le vendredi précédant la course, je jouais au golf avec des amis. Je les avais prévenus : "Dimanche, je vais gagner !". Et effectivement, j’ai gagné, à 20/1. Je pense que si Christophe Soumillon avait été associé à Almanzor, il n’y aurait pas eu cette cote. Je me souviens très bien des ordres que Jean-Claude Rouget m’a donnés. C’était très simple : "Tu le montes pour lui en profitant de ton bon numéro à la corde. Surtout, à l’entrée de la ligne droite, ne monte pas comme pour gagner. Tu files et tu viens finir." Et le parcours que j’ai eu ce jour-là avec Almanzor... Quand on rêve d'un pareil déroulement de course, on ne l'a jamais ! Toutes les roues que j’ai suivies ont avancé et tout s’est ouvert au moment voulu. Au passage du poteau, j’ai hurlé de joie. Ensuite, pendant dix secondes, tout se bouscule. Je me suis dit : "Ça y est, j’ai gagné le Jockey Club !" Puis j’ai eu une pensée pour Jean-Claude. Le cheval et les propriétaires y sont pour beaucoup dans cette victoire, mais c’est Jean-Claude qui a appuyé sur le bouton "envoi" au moment des déclarations de montes. Il a su me redonner une seconde chance et c’est quelqu’un qui compte beaucoup pour moi. Il est très exigeant avec les autres, mais c’est parce qu’il l’est beaucoup avec lui-même. Il ne conçoit pas que le travail soit mal fait, que l’on ne fasse pas attention aux détails, car, lui, il est très attentif à cela ; c’est important. Pour lui, il ne faut pas changer sa façon de monter dans les Grs1, ne pas chercher à inventer et suivre ses ordres. J’espère que beaucoup de jeunes doués que je vois passer chez lui pourront le comprendre, car la clé est là. Après le passage du poteau, Christophe Soumillon et Olivier Peslier sont venus me féliciter. Ensuite, mon téléphone a été "overbooké" ! J’avais plein de SMS, de messages vocaux, de mots sur Facebook. Je n’ai pas pu répondre à tout le monde le dimanche. J’ai dû terminer le lundi. Le dimanche soir, je devais rentrer à Pau pour fêter cela avec des amis. Mais j’avais un peu traîné à Chantilly et j’ai manqué mon avion. Je suis donc passé par Bordeaux, et le lendemain, je revenais à Paris pour Equidia Turf Club. Lors de cette journée du Jockey Club, il y a eu un autre grand moment. Le raconter me donne encore des frissons. Olivier Peslier est un vrai ami, il m’a tout appris et pris sous son aile. Moi, je n’espérais plus gagner une belle course comme le Jockey Club, mais il me disait toujours : "Tu vas y arriver, ne te tracasse pas".  À mon retour au vestiaire, après l’habituelle gerbe de champagne, je suis tombé dans les bras d’Olivier et je lui ai dit : "Tu avais raison !". »