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Jour de Galop

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RAIMONDISSIMO !  Les chevaux européens sont-ils sous-estimés à Hongkong ?

Courses / 08.12.2016

RAIMONDISSIMO ! Les chevaux européens sont-ils sous-estimés à Hongkong ?

Italien et citoyen du monde, Franco Raimondi est l’un des plus célèbres journalistes hippiques en activité. Grand voyageur et curieux de tout, il offre à plusieurs gazettes de renom international ses connaissances encyclopédiques et ses analyses décalées. Il vous donne rendez-vous chaque semaine dans Jour de Galop.

 

Ce dimanche, les Longines Hong Kong International Races vont atteindre la majorité. En effet, le meeting international de Hongkong, va célébrer sa dix-huitième édition. Beaucoup de choses ont changé. Par le passé, les étrangers bénéficiaient de leur vision plus globale des courses. Mais les jours heureux où les journalistes venus du monde entier pouvaient piquer l’argent des parieurs chinois, comme des bonbons à des enfants sans défense, sont révolus. Le monde a changé. En 1999, nous misions sur les chances internationales, alors les locaux plaçaient leur argent comme des tifosi sur les chevaux locaux. Cela n’est plus le cas et le niveau des courses à Hongkong est monté en puissance.

Une époque révolue. Dès la première édition, les locaux ont enregistré un succès avec Fairy King Prawn (Danehill). Cet australien de naissance, arrivé inédit à Hongkong, avait amélioré son rating de 65 livres en 19 mois, après avoir débuté dans un maiden assez ordinaire. Après deux éditions à zéro, les chevaux entraînés à Hongkong nous ont réveillés en sursaut avec un 3-1 en 2002. La pilule était cependant plutôt bien passée, car la seule victoire étrangère fut celle du français Ange Gabriel (Kaldounévées). De plus, le lauréat de la "Cup", Precision (Anabaa), était un achat yearling à Deauville. Le lauréat du Mile, Olympic Express (Bishop of Cashel), était un ancien bon cheval de handicap anglais, dont le premier nom fut Ecclesiastical. Il avait progressé de 36 livres à l’école d’Ivan Allan. Le gagnant du "Sprint", All Thirlls Too (St Covet), avait débuté dans un handicap en valeur 49 avant d’afficher 132 le grand jour : c’est-à-dire un bond de plus 83 pounds ! Ma défaite fut amère : les chemises, les vestes et les pantalons de mon tailleur Johnny furent payés de ma poche. Et pas avec l’argent des parieurs locaux…

Les locaux renversent la tendance. Les huit premières éditions des Longines Hong Kong International Races furent dominées par l’Europe avec 14 victoires (Angleterre, 6, France, 5, Godolphin, 2 et Irlande, 1). Les Hongkongais avaient remporté 10 succès (dont 2 avec d’anciens européens). Le Japon comptait 4 victoires, contre 2 pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande et 1 pour Macao. En pourcentage, les locaux avaient remporté 31,25 % des courses.

À partir de 2007, les choses ont changé. Sur 36 courses disputées, Hongkong a gagné plus de la moitié d’entre elles (19, soit 52,77 %). L’Europe comptait 12 succès (France, 6, Angleterre, 3 dont une avec le Kock Eagle Mountain, Godolphin, 2, et Irlande, 1), le Japon, 4, et l’Afrique du Sud, 1.

L’élevage européen "cartonne". Dès lors, il est intéressant de chercher la provenance des gagnants entraînés sur place. Les gagnants hongkongais sont au nombre de quinze. Good Ba Ba (Lear Fan) a remporté trois fois le Mile, Sacred Kingdom (Encosta de Lago) deux fois le Sprint et California Memory (Highest Honor) deux Cups. Le score des natifs d’Europe est assez surprenant : six gagnants pour sept victoires. Alors que seulement 25 % des 1.200 chevaux enregistrés à l’entraînement par le Hong Kong Jockey Club sont nés sur le vieux continent.

Les avantages des chevaux nés dans l’hémisphère Sud. Au début de la saison 2015-2016, je vous avais expliqué les avantages dont bénéficient les chevaux de l’hémisphère Sud. Le premier, c’est qu’ils ont six mois d’avance. Les 4ans achetés pour participer aux trois courses des

Classic Series – Classic Mile, Classic Cup et Derby, de la mi-janvier à la mi-mars 2017 – sont nés lors du deuxième semestre 2012 dans l’hémisphère Sud et dans le premier semestre 2013 dans l’hémisphère Nord. Mais ce n’est pas tout. Les européens qui débarquent au début de l’automne doivent affronter des adversaires qui ont déjà plusieurs parcours dans les jambes et six mois, voire plus,  d’entraînement sur place. Les Classic Series encouragent les propriétaires locaux à acheter des chevaux "haut de gamme", avec 48 millions de dollars de Hongkong d’allocations. La conquête du marché de Hongkong est peut-être déjà une bataille perdue pour le système européen. Mais il faut "gérer la défaite" et préparer la remontée.

 

La nouvelle vie de Baghadur. Les résultats des derniers chevaux vendus à Hongkong ne sautent pas aux yeux. Mais sur les 27 locaux déclarés dans les Longines Hong Kong International Races, presque la moitié (13) viennent d’Europe. Deux sont français de naissance. Baghadur (Zanzibari) a débuté sous la casaque de madame André Fabre. Bon miler et gagnant de Gr3, il a débuté fin février 2016. L’ancien pensionnaire d’André Fabre a remporté deux victoires en six sorties. Il a entamé la saison 2015-2016 avec un rating local de 88. À la fin de la saison, il était à 100 et a encore progressé pour arriver, après une victoire dans un Gr3 handicap, a un Hong Kong Rating de 166 (ou 112 d'International Rating). En dix sorties en France, il a gagné 195.659 € (avec la prime propriétaire). Désormais connu sous le nom de Joyful Trinity, il a couru dix fois en Asie, pour trois victoires et presque 750.000 € de gains.

On a retrouvé Sir Andrew. Élevé par Angel Jordan Torres au haras des Fontaines, Helene Paragon, alias Sir Andrew (Polan), a débuté sa carrière à Madrid sous l’entraînement de Fernando Perez. Il a couru six fois en France pour une victoire et cinq places. Il fut acheté après sa troisième place dans le Prix Jean Prat (Gr1). Son début de carrière à Hongkong est un peu différent de celui de Baghadur. Sir Andrew a raté les deux premières étapes des Classic Series. Mais après une victoire lors de sa  troisième sortie, il a pris la cinquième place du Hong Kong Derby. Sir Andrew a terminé sa première saison asiatique avec quatre victoires. L’année suivante, il a débuté avec un rating local de 123, c’est-à-dire 38 livres de plus que celui de sa première sortie à Sha Tin. Ses propriétaires ne regrettent pas de l’avoir acheté : il a pris l’équivalent de 915.000 €. À titre de comparaison il n’avait "que" 166.000 € de gains (prime comprise) sur son compte en banque européen.

Et pourtant les Sudistes dominent commercialement. Acheter en Europe est donc aussi intéressant qu’en Australie, malgré le handicap de départ. Mais il faudra beaucoup travailler pour faire comprendre cela aux propriétaires de Hongkong. Les treize anciens européens au départ dimanche, dans les Longines Hong Kong International Races, ont disputé 305 courses (une moyenne de 23,4). Ces chevaux ont pris plus de 29,3 millions d’euros de gains. Huit d’entre eux ont déjà participé au moins une fois au meeting international et deux s’y sont imposés : Designs On Rome (Holy Roman Emperor) et le sprinter Peniaphobia (Dandy Man). La comparaison avec les quatorze chevaux achetés dans l'hémisphère Sud nous est favorable. Ces derniers ont couru 290 fois (une moyenne de 20,7) et ils ont gagné 27,7 millions d’euros. Cinq ont pris part aux Longines Hong Kong International Races, pour deux gagnants : le champion Able Friend (Shamardal) et Aerovelocity (Pins).

Les européens au départ des Longines Hong Kong International Races ont une double mission. Il leur faut gagner pour leur entourage. Mais il faut aussi s’imposer pout tout un continent, où il y a des générations de poulains qui attendent leurs futurs acquéreurs. Chers amis, les courses au galop ne se limitent pas à une suite de chiffres égrenés après le passage de la ligne d’arrivée. Avant l’explication sur le champ de courses, il y a aussi un combat commercial…

SEPT CHEVAUX MARQUANTS DE L’HISTOIRE DES LONGINES HONG KONG INTERNATIONAL RACES

Silent Witness (Sprint 2003-2004).

Ce fils d’El Moxie, né en Australie, a gagné ses dix-sept premières sorties. Il est arrivé au bon moment à Hongkong, où les passionnés de courses se cherchaient un cheval-idole. Sur 1.000m ligne droite, à sa grande époque, il aurait "donné une course" même à Black Caviar (Bel Esprit). Quand il plaçait sa deuxième accélération, la tribune de Sha Tin explosait.

Good Ba Ba (Mile 2007-2008-2009).

Cash Asmussen a eu du flair quand il a acheté pour 85.000 $ Good Ba Ba, qui était alors un yearling né aux États-Unis. Il a remporté trois fois le Mile, pour quatre entraîneurs (dont Andreas Schutz) et s’est imposé deux fois avec Olivier Doleuze et une avec Christophe Soumillon. Il arrivait au top à la mi-décembre et c’est pour ça qu’il a déçu lors de ses déplacements.

Sunline (Mile 2001).

À nos yeux d’Européens, cette jument arrivée de Nouvelle-Zélande était surtout une double lauréate de la Cox Plate. C’était la Winx de l’époque et elle nous a offert une très belle affaire. À 6/5, elle a payé les cadeaux de Noël de toute la salle de presse, même pour ceux qui détestaient l'idée de jouer les favoris...

Falbrav (Cup 2003).

Gagnant de la Japan Cup en 2002, sous l’entraînement de Luciano d’Auria, il a réalisé une saison inégalable avec cinq victoires de Gr1 en dix sorties. Ce fils de Fairy King a gardé la forme du Ganay à Hongkong. Sans une mauvaise décision des commissaire et une monte terrible, il aurait aussi remporté les Irish Champion Stakes et la Breeders’ Cup…

Jim and Tonic (Cup 1999).

Avec ses bandages orange fluo, il était déjà là avant la création des Longines Hong Kong International Races telles que nous les connaissons. Ce pensionnaire de François Doumen avait gagné l’International Bowl, sur 1.400m, en 1998, et la Queen Elisabeth II Cup en 1999. Il était français et avait remplacé l’idole River Verdon dans le cœur des fans de Hongkong. Ce qui n’est pas une moindre performance…

California Memory (Cup 2011-2012).

Bon poulain de niveau Listed, alors qu’il courait sous le nom de Portus Blendium, sous l’entraînement de Carlos Laffon-Parias, il a marqué l’histoire en devenant le premier gagnant monté par un jockey local, Matthew Chadwick, en 2011. Il a répété en devenant le seul double gagnant de la Cup.

Doctor Dino (Vase 2007-2008).

Il a remporté deux fois la course sur 2.400m pour son entourage qui était "chaud-bouillant". Il est difficile d’oublier la joie de son éleveur, l’Italien Osvaldo Pedroni, quand je lui annoncé que "Il Dottore" avait gagné. Ce fils de Muhtathir est étalon au haras du Mesnil où il a donné une production polyvalente.