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Jour de Galop

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La suspension de Jim Best ramenée de quatre ans à six mois

International / 13.12.2016

La suspension de Jim Best ramenée de quatre ans à six mois

L’entraîneur Jim Best a vu sa suspension passer de quatre ans à six mois, ce lundi 12 décembre, alors que son affaire repassait en jugement. Voici le rappel des faits : en décembre 2015, Jim Best avait deux pensionnaires au départ de courses à Plumpton (Echo Brava, le 14 décembre dans un Novices Hurdle) et à Towcester (Missile Man, le 17 décembre dans un Novices’ Hurdle). Les deux chevaux étaient confiés à Paul John. Suite à ces deux courses, des enquêtes ont été ouvertes par les commissaires et Jim Best a expliqué être très mécontent des deux montes de Paul John. Paul John avait alors reçu une interdiction de monter, Jim Best n’obtenant aucune suspension ou amende.

Paul John devenu témoin à charge. Mais, en recevant la seconde lettre officielle de la British Horseracing Authority (B.H.A.) suite à sa monte sur Missile Man, Paul John a proposé de devenir témoin à charge contre l’entraîneur. La B.H.A. a ouvert une enquête suite à cela et a conclu, en mars, que Jim Best était coupable d’avoir ordonné à son jockey d’empêcher les chevaux d’obtenir un meilleur classement.

Trois semaines plus tard, la sentence était tombée : Jim Best était suspendu pour quatre ans par une commission disciplinaire de la B.H.A., soit jusqu’au 4 avril 2020. Il était reconnu coupable de toutes les charges pesant contre lui, dont celle d’avoir agi d’une manière préjudiciable à l’intégrité, la bonne tenue et la réputation des courses. Une annonce choc, mais on ignorait à ce moment que l’affaire ne faisait que commencer…

Suspension confirmée, mais réduite. L’enquête a en effet été rouverte quelques mois plus tard, la B.H.A. étant accusée d’avoir conclu un deal avec le jockey Paul John et donc de n’avoir pas jugé l’affaire en toute objectivité. Un conseil disciplinaire indépendant de la B.H.A. a été chargé de reprendre et examiner de nouveau l’ensemble des faits. Ce conseil est présidé par Sir William Gage, un ancien juge de la Cour d’appel, de l’ancien gentleman-rider William Norris et de l’ancien commissaire de courses irlandais Nicholas Wachman.

Lundi, ce conseil disciplinaire a décidé de réduire la suspension de Jim Best de quatre ans à six mois tout en reconnaissant l’entraîneur coupable des faits précédemment reprochés. Sir William Gage a expliqué : « La sentence délivrée par la précédente commission était, selon notre jugement, trop élevée pour être maintenue. Nous sommes arrivés à la conclusion que la sanction juste en rapport avec les faits est de suspendre la licence de monsieur Best pour une durée de six mois à partir d’aujourd’hui et de ne pas donner de sanctions financières. »

 

Un bel embarras pour la B.H.A. Cette décision met la B.H.A. dans l’embarras car sa crédibilité est sérieusement mise en cause dans cette affaire. Le conseil disciplinaire a en effet estimé que la B.H.A. avait bien passé un accord avec le jockey Paul John dans le cadre de son jugement et que les premières conclusions n’étaient pas objectives… et donc pas fiables, du moins en partie.

C’est d’ailleurs sur ce fait que les avocats de Jim Best ont basé la défense de l’entraîneur et il n’est pas impossible que Jim Best fasse appel de cette suspension. Son avocat, Harry Stewart-Moore, a déclaré : « Au moins, nous avons désormais une sanction qui n’est pas psychotique, ce qui était le cas de celle délivrée par la précédente commission. Nous sommes très surpris d’être déclarés coupables d’avoir transgressé les règles et très déçus par cela. Nous pensions avoir assez expliqué que Paul John n’était pas quelqu’un en qui croire. La commission paraissait d’accord avec nous sur ce sujet, mais a expliqué que si vous remontiez jusqu’au début de l’affaire en regardant jusqu’aux vidéos des courses, cela corroborait les dires d’un témoin qui n’est cependant pas fiable. Notre impression est que tout est parti du témoin. Mais regarder la course et voir que le cheval a été retenu ne dit pas pourquoi il l’a été. Pour faire le lien, il faut donc croire Paul John et nous ne pensons pas que cela puisse être raisonnablement possible. La sanction aurait pu être bien pire et, même si nous ne sommes pas en accord avec la commission sur la notion de responsabilité, ils ont donné une sanction proportionnée. La première sanction était un outrage. »

Jim Best a de son côté déclaré : « J’ai été jugé coupable, mais je maintiens que je ne suis pas coupable des charges retenues contre moi, comme je le dis depuis le début. J’envisage sérieusement de faire appel de cette décision. L’unique témoin de la B.H.A. a été reconnu non fiable et non digne de confiance par le conseil, et ils ont aussi découvert que la B.H.A. avait passé un accord avec lui. Pourtant, je suis déclaré coupable : ce n’est pas logique. »

L’affaire n’est probablement pas finie.

Pendant ce temps, l’Irlande pourrait revoir son Code des courses concernant les "tours"… Alors que l’affaire Jim Best fait couler beaucoup d’encre de l’autre côté de la Manche, l’Irish Turf Club est en train d’étudier une refonte de la règle sur les chevaux ne fournissant pas la meilleure valeur possible (règle 212), comme l’a révélé il y a quelques jours l’Irish Field. Les nouvelles règles devraient être appliquées avant la fin de l’année et inquiètent les professionnels.

La raison d’un changement du Code des courses sur ce sujet viendrait du nombre considérable de sanctions réduites en appel ou renvoyées vers les cours de justice. Directeur général du Turf Club, Denis Egan a expliqué : « L’un des problèmes que nous connaissons est que la même partie de la règle 212 était utilisée pour juger les offenses majeures comme mineures et il y avait des objections selon lesquelles cela n’était pas juste. » La nouvelle règle que souhaite mettre en application le Turf Club comprend quatre cas de figure différents, que voici :

Partie 1 - Elle concerne les situations où n’importe quelle personne permet délibérément ou involontairement à un cheval de ne pas fournir sa meilleure valeur.

Partie 2 - Elle concerne les cas où tout cavalier ou toute personne contribue à ce qu’un cheval ne fournisse pas sa meilleure valeur.

Partie 3 - Elle concerne une situation où un cheval prend part à une course alors que les personnes impliquées savent ou auraient dû savoir que la condition de ce cheval ne lui permettait pas d’obtenir le meilleur classement possible. Elle concerne aussi les chevaux qui courent dans le but d’avoir une "course école".

Partie 4 - Elle s’applique aux cas où le cavalier n’obtient pas le meilleur classement possible suite à une erreur de jugement, comme l’emplacement du poteau d’arrivée ou le nombre de tours de piste à effectuer, et qui de ce fait sollicite moins son cheval, ou cesse de le solliciter.

L’Association des jockeys d’Irlande s’inquiète de la mise en place de ses règles et appelle à ce que les cas de chevaux ne défendant pas régulièrement leurs chances, volontairement ou involontairement, ne soient pas jugés à chaud sur les hippodromes, mais plutôt à froid au Turf Club, chaque cas étant différent. L’Association des entraîneurs d’Irlande est aussi de cet avis, estimant que chaque cas est différent. Elle s’inquiète aussi du fait que, en obstacle, un jockey qui arrête un cheval fatigué aura du mal à justifier ce fait avec l’obligation d’obtenir le meilleur classement possible.