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Jour de Galop

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TRIBUNE LIBRE -  Quels résultats pour l’internationalisation du PMU ?

Courses / 08.12.2016

TRIBUNE LIBRE - Quels résultats pour l’internationalisation du PMU ?

 

Par Alain Kuntzmann, membre du Conseil d’administration de l’association des Propriétaires d’Île-de-France.

« Entre 2008 et 2015, le nombre de courses premium a doublé pour arriver à 16.500, mais le chiffre d’affaires n’a augmenté que de 5 % et le chiffre d’affaires par course a baissé de 50 %. La masse financière disponible pour les paris hippiques avait déjà atteint son apogée. La stratégie du PMU, caractérisée par un accroissement important du nombre de courses offertes aux parieurs, a entraîné l’asphyxie du système. Les dirigeants du PMU imputent ces mauvais résultats à la crise économique… qui frappe donc les turfistes mais épargne les joueurs de la FDJ dont les résultats restent désespérément positifs. Face à ce début de récession, une nouvelle stratégie a été mise en place par le PMU pour assurer sa propre pérennité : l’internationalisation, principalement via le développement des paris pris en masse commune. Une course de vitesse, dont les sociétés mères sont devenues les otages, s’est alors engagée entre deux compétiteurs.

1- Les ressources nouvelles du PMU qui dépendent de la vitesse d’augmentation du C.A. réalisé à l’international et du résultat financier dégagé.

2 - Les charges nécessaires pour ce développement international, associées à celles déjà imposées (mais non révélées) :

- par l’ouverture des paris en ligne sur le sport et le poker (depuis 2010, sur ces deux seules activités ouvertes à la concurrence, la perte d’exploitation des opérateurs est de plus de 400 millions d’euros. Par quel miracle le PMU y aurait-il échappé ?)

- par la numérisation de l’offre (100 millions d’euros, voir Les Echos du 26/05/2016).

Et dans cette course, le gagnant est difficile à trouver compte tenu de l’opacité entretenue sur les performances des deux compétiteurs. Un seul chiffre est disponible en 2015 : 808 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’international pour les paris hippiques. Ce chiffre d’affaires a été réalisé par les parieurs étrangers sur les courses françaises, et incorporé dans la masse commune.

Avec un taux de retour aux joueurs de 75 % (en moyenne sur la totalité des enjeux), le produit brut des jeux sur l’export (non révélé) devrait être d’environ 202 millions d’euros. Mais peut-être moins compte tenu du montant (non révélé) des enjeux des joueurs professionnels qui parient via les opérateurs étrangers partenaires du PMU (ils représenteraient en 2015 plus de 400 millions d’euros d’enjeux, soit 50 % du chiffre d’affaires export, et progressent continuellement) et qui récupèrent en moyenne 95 % de leurs mises. Moins également, si les 132 millions d’euros qui sont déduits du produit brut des jeux pour arriver à la marge brute avant prélèvement, représentent la rémunération des partenaires étrangers du PMU. Et s’il faut encore retirer les énormes frais de personnel et frais généraux (non révélés) nécessités par l’international, les autres charges d’exploitation spécifiques (non révélées), le coût (non révélé) des prises de participation, de la création de filiales, des reprises de licences… Que reste-t-il pour les sociétés mères ? À ce jour, sans doute rien (et bien sûr non révélé).

Seul point positif pour l’export, un prélèvement d’État nettement inférieur à celui appliqué sur les paris enregistrés en France. Mais peut-on baser une stratégie sur un socle aussi aléatoire ? Une course à l’international, avec peu de partants et un résultat indécis : les ressources espérées vont-elles compenser assez vite les charges engagées et la baisse du résultat net du PMU, celui-ci composant la quasi-totalité des recettes des sociétés-mères ?

Cette baisse des recettes a déjà des conséquences à court terme : baisse des taux des primes propriétaires, suppression de l’obstacle à Enghien, aucun investissement sur les hippodromes vieillissants, réduction des coûts au niveau des centres d’entraînement, stagnation et peut-être réduction des allocations... Des mesures, dans un contexte dégradé par la hausse de la T.V.A., accélérant la spirale descendante, à savoir la baisse du nombre de propriétaires, du nombre de partants, du public et des enjeux. Les sociétés-mères cumulent déjà les déficits et les deux ou trois prochains bilans seront encore déficitaires.

Une solution miracle apparaît alors : appeler l’État à la rescousse ! Remède parfois pire que le mal, les contreparties demandées pouvant être destructrices à moyen ou long terme (à l’époque, suppression de l’hippodrome d’Évry et plus récemment, la fermeture d’un hippodrome contre l’accord sur le nouveau Longchamp).

Le pari de l’internationalisation rapide et généralisée, au détriment immédiat de l’investissement au niveau national et du retour aux sociétés-mères, est donc un pari risqué. Le départ ayant déjà été donné, espérons qu’au prix d’un dernier effort, les ressources viennent battre les charges sur le poteau. Mais ce pari peut être suicidaire car la saignée ainsi infligée aux courses françaises et à tous ses acteurs risque de les laisser sans espoir de recouvrer la santé un jour. »

conséquences à court terme : baisse des taux des primes propriétaires, suppression de l’obstacle à Enghien, aucun investissement sur les hippodromes vieillissants, réduction des coûts au niveau des centres d’entraînement, stagnation et peut-être réduction des allocations... Des mesures, dans un contexte dégradé par la hausse de la T.V.A., accélérant la spirale descendante, à savoir la baisse du nombre de propriétaires, du nombre de partants, du public et des enjeux. Les sociétés-mères cumulent déjà les déficits et les deux ou trois prochains bilans seront encore déficitaires.

Une solution miracle apparaît alors : appeler l’État à la rescousse ! Remède parfois pire que le mal, les contreparties demandées pouvant être destructrices à moyen ou long terme (à l’époque, suppression de l’hippodrome d’Évry et plus récemment, la fermeture d’un hippodrome contre l’accord sur le nouveau Longchamp).

Le pari de l’internationalisation rapide et généralisée, au détriment immédiat de l’investissement au niveau national et du retour aux sociétés-mères, est donc un pari risqué. Le départ ayant déjà été donné, espérons qu’au prix d’un dernier effort, les ressources viennent battre les charges sur le poteau. Mais ce pari peut être suicidaire car la saignée ainsi infligée aux courses françaises et à tous ses acteurs risque de les laisser sans espoir de recouvrer la santé un jour. »