Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Vente d’élevage Arqana : une spécificité qui paye

Institution / Ventes - Élevage / 03.12.2016

Vente d’élevage Arqana : une spécificité qui paye

Vente d’élevage Arqana : une spécificité qui paye

La dernière vente de l’année en France débute ce samedi, à Deauville. Il s’agit de la vente d’élevage Arqana, qui réunit cette année un catalogue de 868 lots, dont 425 poulinières, 169 pouliches à l’entraînement, 266 foals, 6 étalons et 2 parts d’étalons. Deauville est la dernière vente d’élevage européenne dans le calendrier, et celles de Goffs et de Tattersalls ont donné le tempo. Qu’y a-t-on appris ? D’abord que les éleveurs ne sont pas enclins à se séparer de leurs toutes bonnes juments, vu la bonne santé du marché des yearlings. Il y a donc une relative pénurie sur le haut de gamme, ce qui a tendance à faire grimper les prix dans cette catégorie. Ensuite, que les Français poursuivent le renouvellement et l’amélioration de leur jumenterie, un mouvement ayant vu le jour il y a quelques années déjà. Ils se sont montrés actifs outre-Manche et devraient l’être encore à Deauville.

 

LES HORAIRES

Samedi 3 décembre                  Vente à 11 h

Dimanche 4 décembre             Vente à 10 h

Lundi 5 décembre                     Vente à 11 h

Mardi 6 décembre                    Vente à 11 h

 

Une vente qui a acquis une vraie spécificité. La partie 1 de la vente (le samedi) est celle où les acheteurs internationaux sont les plus actifs. On peut estimer que tous n’ont pas été servis comme ils le souhaitaient dans les précédentes ventes, et qu’ils auront encore du budget. Mais surtout, ils savent qu’ils trouveront à Deauville ce qu’ils ne trouvent pas forcément ailleurs : des femelles issues des meilleurs élevages de notre pays, sélectionnées dans un système de courses en lequel ils ont confiance. C’est cette alchimie qui a permis à la vente de se développer au fil des ans. En dix ans, son chiffre d’affaires a été multiplié par plus de trois !

 

L’ÉVOLUTION DE LA VENTE D’ÉLEVAGE PAR LES CHIFFRES

                 Présentés                      Vendus (%)                Prix moyen       Prix médian                    C.A. (amiables incluses)

2015        895                               686 (76,65%)            37.822 €           19.000 €                         26.605.100 €

2014        871                               672 (77, 15 %)          39.139 €           17.000 €                         27.865.750 €

2013        846                               686 (81,09 %)           38.528 €           13.000 €                         27.307.000 €

2012        814                               598 (73,46 %)           32.712 €           12.000 €                         20.727.000 €

2011        788                               543 (68,91 %)           29.660 €           11.000 €                         17.401.000 €

2010        790                               567 (71,77 %)           28.751 €           12.000 €                         17.112.500 €

2009        674                               508 (75,37 %)           26.004 €           14.000 €                         13.722.500 €

LE CATALOGUE 2016

91 juments black type (15 %)

48 juments ayant produit des black type (11,3 %)

249 poulinières de moins de 8ans

137 poulinières de moins de 5ans

 

Un baromètre pour les jeunes étalons. Cette vente est aussi l’occasion de juger comment sont reçus les foals des étalons de première production. Cette année, sept étalons basés (ou ayant été basés) en France verront leurs premiers foals présentés lors de cette vente. Il s’agit d’American Devil (1 lot), Anodin (10 lots), Charm Spirit (1 lot), Masked Marvel (6 lots), Olympic Glory (8 lots), Sommerabend (5 lots), et Waldpark (1 lot).

 

Les bonnes affaires sont encore possibles

« Des mères de gagnants de Groupe à portée de main. » C’était le slogan d’Arqana pour sa campagne de promotion de sa vente d’élevage. Nous avons choisi cinq exemples pour illustrer cette caractéristique du marché deauvillais. Cinq juments achetées à des prix raisonnables, et qui ont ensuite produit des gagnants de Groupe.

 

DARKOVA (Maria’s Mon & Darkara, par Halling)

  • Présentée par les Aga Khan Studs en décembre 2011
  • Achetée par Canirola Bloodstock pour 16.000 €

Fin 2011, le haras d’Etreham vient de recruter un nouvel étalon, Wootton Bassett. Désirant soutenir cette recrue de choix, Nicolas de Chambure investit dans de jeunes juments. Darkova est l’une d’entre elles. Issue de l’élevage Aga Khan, elle a 3ans et n’a pas couru. Sa mère est gagnante de Listed et sœur de Darinska (Zilzal), la mère de Darjina. Darkova ne suscite pas l’intérêt des foules et Nicolas de Chambure met une enchère gagnante à 16.000 €. « Cette année-là, nous avons acheté une dizaine de juments pour Wootton Bassett. Darkova faisait partie de celles-ci. Son modèle convenait au cheval : c’est une jument de taille moyenne, bien faite, bien équilibrée et avec de la profondeur. Je cherchais aussi une jument avec un peu de souche et avec un courant de sang qui sorte un peu de l’ordinaire. Darkova était une fille de Maria’s Mon et d’une mère par Halling. Elle était assez facile à croiser. Elle passait en début de vente, et je l’ai eue pour seulement 16.000 €. Quand Almanzor est né, c’était l’un des plus foals du haras cette année-là. La mission était déjà presque remplie ! » Le premier produit de la jument est donc Almanzor, le meilleur 3ans européen sur les distances européennes. Le deuxième est une propre sœur du champion, achetée 110.000 € par Jean-Claude Rouget à la vente v.2 d’Arqana (elle y avait réalisé le top price). Le troisième est un mâle de Falco adjugé 140.000 € à Gérard Larrieu pour le compte de Jean-Louis Bouchard à la dernière vente d’octobre. Nicolas de Chambure ne s’est pas arrêté là puisqu’il a acheté à Goffs, l’an dernier, une sœur de Darkova pour 32.000 €.

 

KARTICA (Rainbow Quest & Cayman Sunset, par Night Shift)

  • Présentée sortant de l’entraînement de Philippe Demercastel en décembre 2011
  • Adjugée 120.000 € à Chantilly Bloodstock pour le compte de Pierre Talvard

Pierre Talvard n’en est pas à son coup d’essai à Deauville quand il achète à l’amiable Kartica (Rainbow Quest) : « J’ai réalisé quelques coups intéressants à Deauville, sûrement parce que les Français sont frileux pour mettre de l’argent dans les juments. Alors que les juments, c’est le capital d’un élevage ! Je me souviens d’avoir acheté Mercalle, qui était née à la maison, alors qu’elle avait 17ans. Elle m’a donné ensuite Lady Deauville. En ce qui concerne Kartica, je voulais acheter une jument avec Jean Cottin, qui me laisse toujours carte blanche. Elle était à l’entraînement chez Philippe Demercastel, qui m’avait dit que, sans ses problèmes de boulets, elle aurait pu gagner un Groupe 1. C’est ce qui me l’a fait acheter, même si elle était un peu droite dans ses aplombs. Paul Nataf l’a défendue jusqu’à 120.000 € et il a accepté de me la vendre à l’amiable à ce prix-là. Ce n’était finalement pas si cher, car elle était tout de même une fille de Rainbow Quest ! »

Kartica a donné d’emblée la classique Qemah (Danehill Dancer). Les 120.000 € consentis semblent encore moins élevés !

 

MANDAWARA (Daylami & Mintly Fresh, par Rubiano)

  • Présentée par les Aga Khan Studs en décembre 2010
  • Adjugée 30.000 € à Neil Jenkinson

Quand l’Australien Neil Jenkinson lève la main à 30.000 € pour Mandawara (Daylami), la 3ans présentée par les Aga Khan Studs n’a jamais couru. Sa page de pedigree porte déjà le nom de Manighar (Linamix), son frère aîné, alors gagnant du Prix Chaudenay (Gr2). Neil Jenkinson se rappelle : « Cette année-là, je suis allé à plusieurs ventes d’élevage en Europe, dans le but de trouver plusieurs pouliches ou juments sortant de l’entraînement. Mandawara était l’une d’entre elles. Elle n’avait pu courir en raison d’une blessure, mais c’était une jolie jument, pas très grande, mais très correcte dans ses aplombs et athlétique. À cette époque, mon client, Jon Haseler, faisait courir son frère, Manighar, et nous avions décidé de l’envoyer en Australie chez Peter Moody. Sachant cela et espérant que Manighar ferait carrière en Australie, la décision de l’acheter, en accord avec Jon, fut assez facile à prendre ! »

La page de la jument s’est considérablement enrichie avec les succès de Grs1 de Manighar et Manndawi (Dalakhani) dans le Juddmonte Grand Prix de Paris 2013 (Gr1). Et Mandawara a répondu aux attentes, puisqu’elle a produit Khan (Exceed and Excel), excellent 2ans australien. Neil Jenkinson précisé : « Steve Morley, le manager de Glenlogan Park, a fait un excellent travail à la fois dans le choix des croisements et dans la gestion des poulains, car ses produits ont fait de l’argent aux ventes et son 2ans est très prometteur ! »

 

TROPICAL MARK (Mark of Esteem & Tropical Zone, par Machievellian)

  • Présentée par l’E.A.R.L. Haras de Saint James en décembre 2009
  • Achetée 15.000 € par Sylviane Jeffroy

 

En 2009, Tropical Mark (Mark of Esteem), placée de Listed, a donné un gagnant, plutôt modeste. Ses trois autres produits n’ont pas encore débuté. Elle est pleine de Country Reel et la famille Jeffroy l’achète pour une petite somme : 15.000 €. Benoît, l’un des fils, se souvient : « 15.000 €, c’était le budget que mon père mettait dans les juments. On s’attachait surtout aux performances : Tropical Mark était une bonne jument de course, black type, et son pedigree était aussi très intéressant. Mark of Esteem est un bon étalon et, sous la mère, il y avait les noms de Machiavellian et Caro… C’était aussi une jolie jument, bien faite, mais elle n’avait encore rien produit d’exceptionnel. Mon père l’a croisé avec Sunday Break, dont il avait des parts, et l’alchimie s’est faite ! Elle nous a donné deux gagnants de Groupe, Brownie et Danza Cavallo. »

Pour la famille Jeffroy, ce genre d’histoire n’était pas un coup d’essai. « Le samedi, c’est assez cher, mais les jours suivants, c’est un vrai marché d’acheteurs et on peut trouver de bonnes affaires. Nous avons acheté Vezina à Deauville pour 15.000 €, alors que Morandi était yearling. Nous y avons aussi trouvé Blue Sail, pour 42.000 €, avant que Beautiful Heroine ne se révèle, ou encore Divine Promesse, achetée 46.000 € l’an dernier. Divina Comedia, l’une de ses filles, s’est classée troisième de Gr1 aux États-Unis en juillet dernier… »

 

MÉMOIRE (Sadler’s Wells & Moonlight Dance, par Alysheba)

  • Présentée par le haras du Bois Roussel en décembre 2012
  • Adjugée 8.500 € à Paul Nataf

Paul Nataf a eu le dernier mot à 8.500 €, en décembre 2012, pour Mémoire (Sadler’s Wells), une jument alors âgée de 14ans et pleine de Kendargent. Paul Nataf avait déjà investi dans des produits de cette jument par le passé, achetant deux de ses filles : Mine de Platine (Peintre Célèbre), en 2009, et Maple Leaf (Peintre Célèbre) en 2012. Issue d’une souche Wildenstein, Mémoire n’avait pas encore brillé au haras. Mais, en 2012, elle avait donné naissance à un poulain par King’s Best, nommé Ming Dynasty, qui remportera ensuite le Prix du Conseil de Paris (Gr2) avant de se classer quatrième du Longines Hong Kong Vase (Gr1). Paul Nataf explique : « J’avais acheté Mémoire pour Isabelle Corbani et Jedburgh Stud. Elle était pleine de Kendargent et j’aime beaucoup cet étalon, très améliorateur. La jument appartient à une famille magnifique : il ne faut pas oublier que Madelia (Caro), la deuxième mère de Mémoire, est l’une des dernières juments à avoir réalisé le triptyque Poule d’Essai - Saint-Alary - Diane. On retrouve aussi Millionaia, que je connais bien car elle s’est classée deuxième du Prix de Diane de Latice (Inchinor) [achetée 60.000 € yearling par Paul Nataf, ndlr]. C’est vraiment une grande famille et, à ce prix-là, il ne faut pas se priver ! »

Paul Nataf a continué d’investir dans la famille de Mémoire, qui est vivante. « Mémoire a donné Moscow Nights (Peintre Célèbre), mère d’Heartbreak City (Lando), élevé par Jedburgh Stud et deuxième cette année de la Melbourne Cup (Gr1) ! D’ailleurs, lors de la dernière vente d’automne Arqana, j’ai acheté la sœur yearling d’Heartbreak City, par Zambezi Sun. Donc, dès que je peux acheter dans cette famille, je le fais ! »