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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Tout est-il vraiment à jeter avec les handicaps ?

Courses - Institution / Ventes / 21.01.2017

Tout est-il vraiment à jeter avec les handicaps ?

Tout est-il vraiment à jeter avec les handicaps ?

Les lecteurs de Jour de Galop ont pu, récemment, lire les positions très tranchées de Jean-Claude Rouget (lire l’édition du 12 janvier) et de David Powell (lire l’édition du 14 janvier) concernant le programme et plus particulièrement les handicaps. Tous deux annoncent sans détour que le galop doit se défaire de ses courses à handicaps qu’il traîne comme un boulet au pied.

Il est évident que ces courses, d’un point de vue sportif, ne sont pas très satisfaisantes. Et c’est clairement une solution de facilité que d’augmenter l’offre sur ce créneau, en particulier chez les jeunes chevaux, puisque ces courses vont se “remplir toutes seules”, proposeront donc un nombre de partants parfait pour les jeux de combinaisons et seront de ce fait productrices d’enjeux, ce dont la filière a cruellement besoin actuellement.

Sans aller jusqu’à affirmer que le galop serait, comme un drogué, dépendant des handicaps, la question qui se pose après avoir lu ces deux professionnels est : peut-on trouver une alternative aux handicaps ? À cette interrogation, ajoutons également : le système du trot est-il si pertinent au point qu’on puisse le prendre comme modèle ? Le handicap reste-t-il une affaire d’attendre son “tour” ? Les enjeux des paris hippiques seraient-ils à la hauteur sans handicap ? Peut-on remplir des courses autrement que par les handicaps ? Essayons d’y répondre avec objectivité.

 

Le trot, ce modèle...

Jean-Claude Rouget et David Powell avancent que le trot propose un programme qui fait souvent le plein de partants sans handicap. Sur le papier, c’est exact, puisqu’il n’est jamais stipulé dans les conditions de courses que nous avons affaire à une épreuve à handicap au trot. Mais, dans les faits, les choses sont un peu différentes. Le recul de 25m imposé à certains concurrents en fonction de leurs gains n’est ni plus ni moins qu’un handicap. Les chevaux qui sont, a priori, meilleurs, puisqu’ils ont gagné plus d’argent, sont pénalisés et doivent parcourir 25m de plus que les autres. Dans les courses avec départ à l’autostart, c’est pire encore. Ce sont les moins riches qui sont pénalisés et doivent s’élancer en seconde ligne, derrière les meilleurs.

Mais d’une manière plus viciée, le trot propose une autre forme de handicap et ce sont les entourages eux-mêmes qui se l’imposent. Nous connaissons les effets du déferrage sur les trotteurs : il améliore sensiblement les performances des chevaux, parfois de plus d’une seconde au kilomètre. Choisir de ne pas déferrer son cheval pour une course (par volonté ou bien en raison de contraintes techniques – car les trotteurs ne peuvent pas courir déferrés tous les huit jours), n’est ni plus ni moins que s’imposer un handicap et réduire la compétitivité de son cheval. On nous répondra que les parieurs ne sont pas dupes et que, bien souvent, les chevaux qui sont habituellement déferrés s’élancent à des cotes très élevées lors qu’ils sont ferrés. C’est exact, et cela nous amène à un deuxième point : faire le tour.

 

Faire le tour...

L’expression “faire le tour” est un leitmotiv dans les courses. Dans l’imaginaire turfiste (et même chez les professionnels), un cheval qui gagne un handicap a forcément fait le tour auparavant. Cela existe, mais c’est loin d’être une vérité générale.

Sur ce point, et particulièrement pour les Quinté+, le trot est un exemple en la matière ! Très régulièrement, des chevaux avec une musique 9a0a0a8a0a s’élancent dans la position de grand favori parce qu’ils sont déferrés, parce que l’entraîneur a placé dans la “charrette” un driver vedette et annonce avoir visé cet engagement. Quel que soit le résultat le jour J, il est clair que ce cheval a fait le tour lors de ses sorties précédentes, s’entraînant en course afin de se présenter fin prêt le jour J. Pourquoi ? Parce que les conditions de courses, avec le recul aux gains (le handicap donc), permettent à ce trotteur d’être bien engagé, c’est-à-dire d’être en léger retard de gains : il affronte des chevaux légèrement moins bons que lui, mais qui ont gagné autant d’argent. Est-ce vraiment différent du système du handicap au galop ? Est-ce moralement plus défendable que ce l’on observe dans les handicaps au galop ? Pas vraiment... Au trot, faire le tour est une réalité quotidienne.

L’avantage que possède le trot sur le galop à ce sujet, est qu’il est plus facile, a priori, pour les turfistes de déterminer si un cheval fait le tour au non. Pour cela, l’indication du déferrage est assez déterminante. Néanmoins, peut-on penser que les professionnels du galop s’amusent en permanence à faire le tour ? C’est loin d’être certain, d’autant plus que le handicap au galop, s’il est une affaire de situation au poids, est aussi une question de forme du cheval. Être bien placé au poids avec un cheval en méforme n’apporte rien. En revanche, comme l’explique régulièrement l’un de nos confrères (Gilles Barbarin), les chevaux qui viennent de gagner un handicap sont très souvent compétitifs lorsqu’ils courent de nouveau ensuite un handicap. Pourquoi ? Parce qu’ils sont en forme et la forme gomme la (re)montée sur l’échelle des poids. Cette théorie s’est encore vérifiée à Deauville durant l’hiver avec deux juments, Galantes Ivresses et Astral Merit. Elles ont toutes les deux gagné un handicap faiblement doté – où la “logique” aurait voulu qu’elles “fissent le tour” – et, dans la foulée, un handicap bien mieux doté support de Quinté+.

Encore lundi dernier, à Chantilly, l’une des épreuves de handicap offrant 10.000 € au gagnant a été remportée par Handchop, top-weight de la course (valeur 36,5) qui avait déjà pris des places dans des Quinté+. En théorie, il n’avait aucun intérêt à gagner cette course offrant une allocation faible, car cela le pénalise pour briller à l’avenir dans les Quinté+. Et pourtant, Handchop a bien gagné ce handicap à Chantilly, ce qui prouve que beaucoup de professionnels du galop, à notre époque, n’ont plus les moyens de “s’amuser” à faire le tour.

La triche supposée créée par les handicaps a pu exister de manière ostentatoire à une certaine époque, mais elle a tendance à se réduire au fil du temps et ces courses sont plus souvent une affaire de forme ou de bons parcours qu’une question de très bonne situation au poids.

 

La porte de sortie vers le haut...

Il est logique de penser que les chevaux de handicap tournent en rond dans leur catégorie. Ils gagnent, leur forme passe, puis ils baissent au poids et redeviennent compétitifs plus tard. Et ainsi de suite… Cette manière de voir les choses doit pouvoir s’estomper, car il existe des portes de sortie vers le haut pour les chevaux qui ont gagné leur handicap Quinté+. Ceux qui ne veulent pas tenter leur chance dans les Listeds peuvent notamment courir les super handicaps qui ont été créés il y a quelques années par France Galop. L’expérience montre que ce sont des courses intéressantes et que la population de chevaux pour les courir existe, sauf lorsque la distance atteint 2.400m.

 

La recette...

L’un des nerfs de la guerre aujourd’hui, ce sont les enjeux. Bien entendu, il ne faut pas tomber dans la solution de facilité qui consisterait à proposer à outrance des handicaps, “puisqu’ils font la recette”. Et permettre aux parieurs de plancher sur les Grs1 est un excellent moyen de ramener un peu de culture hippique chez les turfistes français. Mais les belles épreuves ou les courses à conditions font-elles la recette ? À quel prix ? Analysons deux exemples :

 

Le Jockey Club face à un handicap Quinté de 3ans

Comparons les enjeux enregistrés au PMU dans le réseau en dur au jeu simple et au Quinté+ du Prix du Jockey Club 2016 par rapport au Quinté+ du 8 mai 2016, qui s’est disputé dans un handicap pour 3ans à Saint-Cloud.

                        Simple gagnant      Simple placé      Quinté                       Total

Jockey Club    643.066 €               738.410 €          6.636.439 €              8.017.915 €

8 mai               530.774 €               676.071 €          6.088.367 €              7.295.212 €

Différence       112.292 €               62.339 €            548.072 €                 722.703 €

 

Génial ! Le résultat brut des enjeux collectés sur ces types de paris est en faveur du Jockey Club ! Mais n’oublions pas que pour gagner ces 722.703 € supplémentaires, le Jockey Club bénéficiait de la promotion EpiqE Series et proposait, de ce fait, une tirelire au Quinté+ de 10.000.000 €, ce qui n’était pas le cas du Quinté+ du 8 mai (la tirelire était de 3.350.000 €). Forts de ces données, il est impossible de dire si ce n’est pas l’appât du gain, plutôt que la possibilité de jouer sur un Gr1 qui bénéficiait d’un réel coup de pouce médiatique (ce qui a un réel coût pour l’Institution...) qui a fait venir les parieurs.

 

Le cas de Pornichet du 12 janvier

Jeudi 12 janvier, le début de la réunion en semi-nocturne de Pornichet proposait trois courses (de 18 h 10 à 19 h 15), dotées chacune de 14.000 € et qui sont intéressantes à prendre en exemple : un handicap pour 5ans et plus (valeur 18 à 25), un maiden pour chevaux de 4ans (!), et un handicap pour 5ans et plus (valeur 24,5 à 32). Toutes ces courses rassemblaient à la déclaration définitive seize partants et voici les enjeux enregistrés au PMU, sur le réseau en dur, au jeu simple :

                        Simple gagnant      Simple placé             Total

Handicap 1     144.905 €               144.905 €                 289.810 €

Maiden            121.286 €               111.859 €                 233.145 €

Handicap 2     150.065 €               126.549 €                 276.614 €

 

Le résultat est sans appel. Le niveau sportif du maiden n’était pas très bon, mais les handicaps n’étaient guère mieux. Pourtant, les enjeux ont été nettement meilleurs dans les handicaps, même dans le deuxième, qui s’est pourtant couru à 19 h 15.

 

Le remplacement des handicaps...

L’une des propositions avancées pour remplacer les handicaps pour jeunes chevaux est de créer des courses à conditions par paliers, en fonction des gains.

Le prochain handicap pour 3ans en région parisienne se disputera vendredi 27 janvier à Chantilly et il sera doté de 24.000 €. Il y a trente engagés actuellement :

 

Cheval                           Poids          Valeur           Gains

Blue Hills                      61 kg          39                 32.010 €

Ucel                              59,5 kg       37,5              16.250 €

Roc Angel                     58,5 kg       36,5              9.050 €

Shinndler                      57,5 kg       35,5              4.050 €

Whip My Love             56,5 kg       34,5              28.495 €

Graffiti                          56,5 kg       34,5              12.750 €

One Amy                      56,5 kg       34,5              8.300 €

Bering Empress             56 kg          34                 3.850 €

Marchantie                    55,5kg        33,5              5.100 €

Imagination Doree        55 kg          33                 10.400 €

Mybee Davis                 54,5kg        32,5              6.000 €

Olympian Lady.            54,5kg        32,5              1.800 €

Sunday Winner             54 kg          32                 21.950 €

Vixenta                         54 kg          32                 12.650 €

Power of The Cross      54 kg          32                 8.350 €

Elusive Blue                  54 kg          32                 7.800 €

Black Dream                 54 kg          32                 6.300 €

Nuit De Mai                  53,5 kg       315               29.970 €

Saranne My Love.        53 kg          31                 7.900 €

Green Bay                     53 kg          31                 5.350 €

Marobob                       52 kg          30                 13.250 €

Cazalys                         52 kg          30                 12.000 €

Gasalto                          52 kg          30                 1.600 €

Yard Bird                     52 kg          30                 800 €

National Velvet            51 kg          29                 5.500 €

Zanzari                          50,5 kg       28,5              11.600 €

Reason to Believe         50 kg          28                 2.550 €

Meteorite                      49,5 kg       27,5              7.550 €

Ninian des Aigles         48 kg          26                 3.800 €

Givemesunshine            48 kg          26                 1.000 €

 

Organisons maintenant à l’aide de ces trente engagés trois courses à conditions. La première pour chevaux ayant gagné plus de 20.000 €, la deuxième pour chevaux ayant gagné entre 10.000 € et 19.999 €, et la troisième pour chevaux ayant gagné moins de 10.000 €.

 

Course 1 : pour chevaux ayant gagné plus de 20.000 €

Cheval                           Valeur        Gains

Blue Hills                      39               32.010 €

Nuit De Mai                  31,5            29.970 €

Whip My Love             34,5            28.495 €

Sunday Winner             32               21.950 €

 

Course 2 : pour chevaux ayant gagné entre 10.000 € et 19.999 €

Cheval                           Valeur        Gains

Ucel                              37,5            16.250 €

Marobob                       30               13.250 €

Graffiti                          34,5            12.750 €

Vixenta                         32               12.650 €

Cazalys                         30               12.000 €

Zanzari                          28,5            11.600 €

Imagination Dorée        33               10.400 €

 

Course 3 : pour chevaux ayant gagné moins de 10.000 €

Cheval                           Valeur        Gains

Roc Angel                     36,5            9.050 €

Power Of The Cross     32               8.350 €

One Amy                      34,5            8.300 €

Saranne My Love         31               7.900 €

Elusive Blue                  32               7.800 €

Meteorite                      27,5            7.550 €

Black Dream                 32               6.300 €

Mybee Davis                 32,5            6.000 €

National Velvet            29               5.500 €

Green Bay                     31               5.350 €

Marchantie                    33,5            5.100 €

Shinndler                      35,5            4.050 €

Bering Empress             34               3.850 €

Ninian des Aigles         26               3.800 €

Reason To Believe        28               2.550 €

Olympian Lady             32,5            1.800 €

Gasalto                          30               1.600 €

Givemesunshine            26               1.000 €

Yard Bird                     30               800 €

 

En créant virtuellement ces trois courses à partir des engagés d’un seul handicap, on remarque que dans les deux épreuves les plus relevées, les candidats sont peu nombreux. Mais, surtout, il y a à chaque fois un cheval qui se détache d’au moins trois kilos dans ces deux épreuves. Cela revient presque, à poids égal, à attribuer les classements à l’arrivée avant que les courses ne soient courues ! Et l’on pourrait même affirmer que dans la course à conditions pour chevaux ayant gagné plus de 20.000 €, Blue Hills court toute seule.

Dans les faits, la course à conditions de Blue Hills est vouée, à cette époque de l’année, à rassembler peu de partants : 227 chevaux de 2ans en France ont gagné au moins 20.000 € (sans les primes) en 2016. Néanmoins, ces trois épreuves étant créées à partir des engagés d’un handicap existant, on peut penser que d’autres candidats pourraient se présenter dans ces courses si elles existaient vraiment.

Enfin, ajoutons que pour que les chevaux partent tous sur un pied d’égalité dans ces courses à conditions, de nombreux professionnels demanderont à ce que les allocations soient lissées au niveau français. C’est-à-dire qu’une course pour inédits ou un maiden offre la même allocation en premium, qu’il soit disputé à Chantilly ou à Bordeaux, afin de ne pas générer des chevaux qui seraient totalement déclassés ensuite dans ces courses à conditions.