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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

La cravache, c’est fini ?

Courses / 03.01.2017

La cravache, c’est fini ?

Les courses prennent de bonnes résolutions quant à l’utilisation de la cravache en 2017. Certains pays ont même été jusqu’à interdire son utilisation en course, à savoir l’Australie (au trot attelé) et la Norvège où la cravache est complètement interdite (qu’il s’agisse du trot ou du galop). Et pourtant les chevaux continuent à courir. Est-ce une preuve que les courses peuvent exister sans coups de cravache ? À l’aube de la réforme sur la cravache en France, nous avons fait un tour d’horizon de la réglementation en vigueur ainsi que de l’utilisation d’autres artifices pour stimuler le cheval.

Pendant ce temps-là en France

France Galop a décidé de réduire le nombre de coups de cravache autorisé en course dès le 1er février. Il passera de huit à six. À ce propos, Louis Romanet, président de la Fédération internationale des courses, a expliqué être en accord avec cette décision : « C’est un pas dans le bon sens. Cela entre parfaitement dans une logique de bien-être animal. Il faut aussi pouvoir laisser les athlètes s’exprimer sans artifices. »

Une réforme qui ne tombe pas comme un cheveu sur la soupe puisque le 4 mars 2016, à l’occasion de la signature de la charte sur le bien-être équin, le docteur Paul-Marie Gadot nous avait expliqué à propos de l’utilisation de la cravache : « Il y a déjà eu de nombreuses discussions sur ce sujet avec le Horse Welfare Committee, où il ressort que la cravache est un outil nécessaire, permettant de guider un cheval. Mais je crois que les mentalités évoluent sur ce sujet : elle est de moins en moins utilisée pour solliciter un cheval et beaucoup de gens réalisent que cela ne sert finalement pas à grand-chose. La cravache a évolué : elle est molletonnée pour ne plus faire mal et il y a des règles quant à son utilisation par le jockey. Il n’est pas impossible qu’elle ne soit un jour plus utilisée pour solliciter un cheval et je pense que, d’ici à la fin de l’année, il pourrait y avoir encore des évolutions sur ce sujet. »

Quant à Louis Romanet, il nous a précisé : « En termes de bien-être du cheval et pour l’image des courses, il est important de limiter l’utilisation de la cravache. Les courses sont de plus en plus diffusées à la télévision et l’utilisation excessive de la cravache n’est évidemment pas bonne pour notre sport. Je pense qu’à long terme, nous pourrions interdire les coups de cravache et simplement se servir de la cravache pour éviter les incidents. »

L’Association des jockeys a pris part aux discussions liées à cette réduction du nombre de coups de cravache. Jacques Ricou, son président, a expliqué qu’interdire entièrement la cravache en course pouvait être un risque pour leur sécurité : « Ces dernières années, sauf cas exceptionnel, il n’y a pas eu énormément d’abus quant à l’utilisation de la cravache. L’idée est de donner des coups à bon escient car l’image que l’on renvoie est très importante. En revanche, pour des questions de sécurité, je ne pense pas que l’on puisse monter sans cravache. Le problème c’est l’abus, comme partout, il faut savoir trouver un juste milieu. »

Vers une harmonisation des règles en Europe

À ce sujet, la Fédération internationale travaille vers une harmonisation des réglementations en Europe, ne serait-ce que pour le confort des jockeys. Louis Romanet a expliqué : « Ce n’est pas évident pour les jockeys de se souvenir de toutes les réglementations à propos du nombre de coups de cravache autorisé dans tous les pays. Alors nous travaillons pour harmoniser ces règles. Quand les jockeys sont à la lutte dans la phase finale d’une course, se souvenir du pays dans lequel il est pour ensuite compter le nombre de coups de cravache dont il a le droit est quelque peu contraignant. C’est une demande de la part des jockeys qui montent à l’international. Nous en discutons car effectivement, cela est nécessaire. » Des mesures quant à l’utilisation de la cravache existent déjà, comme ne pas lever le coude au-dessus de la ligne de l’épaule par exemple, mais il faut encore travailler sur ce sujet. La Fédération se concentre entre autres sur la question des limites de son utilisation. Louis Romanet a ajouté : « L’utilisation de la cravache est de plus en plus encadrée et avec l’évolution du programme, cela a été de plus en plus réglementé. À terme, il serait bien d’utiliser la cravache seulement pour limiter les accidents en course et rectifier la trajectoire d’un cheval. Cela a bien évolué et nous avons tendance à être de plus en plus stricts. Autrefois, les éperons et la cravache étaient utilisés en même temps. Aujourd’hui, cela est interdit. Nous avons donc fait beaucoup de progrès, mais il en reste encore à faire. »

La Scandinavie, première de la classe

En Scandinavie, au trot, l’utilisation de la cravache est très réglementée, voire même interdite comme en Norvège. Comme le précise Louis Romanet : « La Norvège est le seul pays au monde où l’on interdit la cravache en course. Dans les autres pays, il existe de fortes restrictions et le nombre de coups de cravache varie d’un pays à l’autre. »

Effectivement, la réglementation suédoise spécifie : « Jusqu’à 400m de la ligne d’arrivée, l’utilisation de la cravache est autorisée pour stimuler légèrement le cheval. Il est ensuite permis de donner quelques coups faibles mais il est interdit d’administrer plusieurs coups à répétition. Il est également interdit de se servir de la cravache si le cheval n’a pas répondu à des sollicitations précédentes ou si, de tout évidence, il ne peut améliorer son classement. Pour toute stimulation au trot attelé, la cravache doit être redirigée vers l’avant et le driver doit tenir les rênes à deux mains. Il est interdit de stimuler le cheval en ramenant la cravache en arrière, de donner des coups de pieds ou des coups de poings, de stimuler les chevaux violemment avec les rênes et d’asséner des coups au sulky ou à l’équipement. Le driver doit avoir les pieds dans les repose-pieds du sulky, sauf s’il utilise les barres de sulky. »

L’Australie interdit la cravache au trot attelé

Dès le 1er septembre 2017, l’utilisation de la cravache sera interdite au trot attelé en Australie. Dale Monteith, président de Harness Racing Victoria (HRV) a expliqué à la presse australienne : « Harness Racing Victoria (HRA) a beaucoup soutenu cette interdiction de la cravache. Nous sommes fiers de cette annonce, puisque nous sommes désormais le premier pays à l’avoir interdite de manière volontaire. Pour que notre filière reste rentable et florissante, la meilleure stratégie est de faire face à de tels challenges. Cravacher les chevaux pour qu’ils avancent plus vite n’est pas acceptable dans notre société. Aujourd’hui et à l'échelle nationale, nous nous sommes mis d’accord pour prendre position. »

HRV a aussi beaucoup investi pour le bien-être des chevaux ces dernières années, avec le programme Hero (Harness Education and Rehoming Opportunities). Hero œuvre en faveur de la réforme des trotteurs en Australie. Dale Monteith a ajouté : « Nous allons travailler avec la HRA et les autres instances de la filière pour s’assurer que la transition vers des courses sans cravache soit effectuée en toute sécurité pour les chevaux, entraîneurs et drivers. » Il est important de noter que l’Australie est un pays où les associations de protection des animaux ont beaucoup de pouvoir et pointent très souvent du doigt notre sport.

Les courses d’obstacles menacées dans l’État d’Australie du Sud

Plus que la cravache, ce sont les courses d’obstacles qui sont menacées en Australie. L’hippodrome d’Oakland, en Australie du Sud, accueille des courses d’obstacles dont le Great Eastern Steeplechase. En Australie, ces courses sont rares, voire même en voie de disparition. Elles n’existent que dans les États de Victoria et d’Australie du Sud. Un comité de parlementaires d’Australie du Sud avait même été formé pour examiner le futur des courses d’obstacles dans cet État au mois de mars 2016.

La question des artifices soulevée dans les sports équestres

Une enquête sur les protections et interdictions liées au bien-être du cheval a été publiée dans le dernier numéro du magazine L’Éperon. La problématique est assez semblable à celle des courses puisqu’il existe un manque de cohérence dans les réglementations entre celles de la Fédération française d’équitation (F.F.E.) et celles de la Fédération équestre internationale (F.E.I.). La question de l’utilisation de guêtres postérieures fait polémique dans le milieu du saut d’obstacle. Elles permettent d’amplifier le mouvement de bascule des postérieurs au-dessus des obstacles et modifient ainsi mécaniquement l’appareil locomoteur. On peut le qualifier de "dopage mécanique" qui permet d’améliorer les performances de certains chevaux. La question des artifices en rapport avec le bien-être concerne aussi la cravache, les éperons, les embouchures et des pièces de harnachement (martingale…).

Sophie Dubourg, directrice technique nationale de la F.F.E., a expliqué au magazine : « Le mieux serait que les guêtres soient complètement interdites, mais c’est difficile pour nous d’être plus sévères que le règlement international sur les mêmes terrains. Comment voulez-vous être pédagogique s’il y a deux poids, deux mesures ? Nous avons davantage intérêt à échanger avec la F.E.I. pour évoluer ensemble là-dessus plutôt qu’avoir un règlement différent. » L’Éperon a également constaté que le prix des chevaux de saut d’obstacle a flambé ces dernières années. Les enjeux financiers sont de plus en plus importants. Le sport est devenu un business et le cheval une "marchandise". Les dotations ont augmenté fortement pour les meilleurs mondiaux, mais elles ont chuté dans la plupart des concours internationaux moins étoilés et nationaux. La vente des chevaux est aujourd’hui, pour beaucoup de cavaliers, le seul moyen de gagner leur vie face aux frais engagés en compétition. Cela incite forcément certains à davantage les préparer et/ou utiliser ce genre d’artifices, précise L’Éperon.