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Dix questions pour les courses à l’international en 2017

Courses / 08.01.2017

Dix questions pour les courses à l’international en 2017

Après les dix questions autour des courses françaises en 2017, voici les principales interrogations ou thématiques dans le monde hippique à l’international en 2017

 

Aidan O’Brien fera-t-il une année aussi exceptionnelle qu’en 2016 ?

Aidan O’Brien a été, sur la scène internationale, l’homme de l’année en plat en 2016. Le maître de Ballydoyle a remporté 22 Grs 1 l’an passé. Pas de victoires de Derby (français, anglais ou irlandais), mais Aidan O’Brien a réussi un exploit qui sera difficile à égaler : placer ses trois partants aux trois premières places du Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1).

Aidan O’Brien devrait de nouveau réaliser une grande année en 2016. Il est bien armé dans quasiment toutes les catégories. Chez les chevaux d’âge, les superstars Minding (Galileo), Highland Reel (Galileo), et Order of St George (Galileo) seront encore là en 2017.

Aidan O’Brien a aussi réalisé une bonne année en 2016 avec ses 2ans. Trois des cinq Grs1 de cette génération en Angleterre ont été remportés par des pensionnaires de l’entraîneur : Cheveley Park Stakes, avec Brave Anna (Wwar Front) devant Roly Poly (War Front), Dewhurst Stakes avec Churchill (Galileo) devant Lancaster Bomb, et le Fillies’ Mile (Gr1) avec Rhododendron (Galileo) devant Hydrangea. Il a aussi pris la deuxième place du Racing Post Trophy avec Yucatan (Galileo et Six Perfection), un poulain qui devrait encore progresser.

En Irlande, il a remporté deux des trois Grs1 pour 2ans : les National Stakes (Grs1) avec Churchill et les Phoenix Stakes (Gr1) avec Caravaggio (Scat Daddy), qui a les moyens de devenir un top-sprinter s’il ne tient pas le mile. Seuls les Moyglare Stud Stakes lui ont échappé, l’entraîneur étant "trahi par les siens" : Intricately – entraînée par Joseph et montée par Donnacha O’Brien ! – a devancé Hydrangea et Rhododendron. Il n’y a qu’en France où Aidan O’Brien n’a pas remporté de Gr1 pour les 2ans. Il s’agit des victoires de Gr1, mais Coolmore ne manque pas d’autres atouts dans ses boxes. Dire qu’Aidan O’Brien fera aussi fort qu’en 2016 est difficile à affirmer, mais il devrait de nouveau être en haut de l’affiche en 2017.

 

L’Asie va-t-elle continuer son ascension sur la scène internationale ?

C’est sûr et certain, même en attendant l’arrivée en force de la Chine qui a commencé à frapper à la porte d’autres sports, en achetant à des prix très élevés des clubs de football titrés comme l’Inter Milan. Le Japon continue sa progression sur le plan de l’élevage et commence déjà à exporter des "produits finis", des étalons. Hongkong est un marché de référence pour les chevaux de course australiens et européens et deviendra bientôt vendeur. Non pas de chevaux, mais de courses. La décision d’accorder à d’autres pays le droit d’accepter des paris sur les courses de Hongkong est une petite révolution. La demande des parieurs pour des courses de haute qualité – chevaux, entraîneurs, jockeys mais aussi contrôle et informations – trouve pleine satisfaction dans le programme de Hongkong. Le décalage horaire reste un problème sur la table vis-a-vis du marché européen, mais le Hong Kong Jockey Club sera capable de mettre les pendules à l’heure…

 

Willie Mullins vs Gordon Elliott : du changement en vue pour le titre de champion trainer en Irlande en obstacle ?

Quels sont les champion trainers en plat et en obstacle en Irlande ? Les réponses instinctives sont Aidan O’Brien et Willie Mullins, tant les deux professionnels dominent leurs confrères. Mais, pour l’obstacle, Willie Mullins s’est peut-être découvert un rival en Gordon Elliott. Il faut remettre les choses dans leur contexte.

Willie Mullins n’a pas eu un début d’automne facile, avec la perte des représentants de Gigginstown House Stud (environ soixante chevaux), dont une bonne partie sont passés chez… Gordon Elliott. Il y a des chevaux de Gr1 dans le lot : Apple’s Jade (Saddler Maker), Petit Mouchoir (Al Namix), Don Poli (Poliglote)... Le team Mullins a aussi connu un moment difficile avec l’accident mortel survenu à Vautour (Robin des Champs). Voici les chiffres au 6 janvier 2017 :

                   Partants   Gagnants (%) 2e (%)           3e (%)      % dans les 4 premiers     Gains

  1. Elliott 800 135 (16,8 %)   124 (15,5 %) 96 (12 %) 53,5 %                             2.599.700 €
  2. Mullins 315 120 (38 %) 54 (17 %)      29 (9 %)   73,9 %                             2.373.375 €

La saison d’obstacle irlandaise commence le jour suivant le festival de Punchestown et se termine donc le dernier jour du festival. Ceci explique la différence dans le nombre de partants, 800 restant un chiffre astronomique : Gordon Elliott court beaucoup de chevaux durant l’été, là où les pensionnaires de Willie Mullins ne reviennent qu’à l’automne. Et lorsque Willie Mullins sort l’artillerie lourde – même en ayant perdu les 60 chevaux de Gigginstown –, il ne fait pas dans la dentelle : du 26 décembre 2016 au 1er janvier 2017, il a décroché par moins de 25 victoires (en 61 partants). L’avance de Gordon Elliott se réduit donc et il lui faudra sortir le grand jeu pour conserver l’avantage sur Willie Mullins : avec une écurie en pleine expansion, il a encore des munitions. La lutte entre les deux entraîneurs s’annonce passionnante.

 

Le galop avait-il besoin d’une course à douze millions de dollars comme la Pegasus World Cup, inventée par Frank Stronach?

La concurrence est la première règle du capitalisme et Frank Stronach l’a mise en œuvre. Le 28 janvier, l’Amérique pourra déguster la course qui voulait un deuxième (et dernier) match entre Arrogate (Unbridled’s Song) et California Chrome (Lucky Pulpit). Franck Stronach a eu de la chance mais son projet est déjà gagnant. Pour un million de dollars, il avait offert aux propriétaires non pas seulement l’engagement dans une course à douze millions, mais le droit de négocier cet engagement et de se répartir une partie des revenus engendrés par la course. Les acheteurs d’une place dans les boîtes de départ ne peuvent pas se plaindre.

Coolmore a revendu son engagement au prince Abdullah (Arrogate). Jerry Frankel, qui avait acheté une place mais n’avait pas de cheval pour la Pegasus World Club, s’est associé – pour la course – aux propriétaires de Keen Ice (Curlin). James McIngvale avait sorti un million pour engager Runhappy (Super Saver) et, après les déboires de son champion, a acheté l’argentin Eragon (Offlee Wild). En bref, voilà la réponse à la question : non, il n’y avait pas besoin d’une course, mais d’une nouvelle idée… et Franck Stronach l’a trouvée. Le second round Arrogate - California Chrome est une belle récompense.

 

Colin Tizzard peut-il dominer les courses de steeple-chasers de tenue autant que Paul Nicholls à l’époque Kauto Star/Denman/Neptune Collonges ?

En 2008, Paul Nicholls réalisait un exploit avec sa dream team : il prenait les trois premières places du Gold Cup de Cheltenham avec Denman (Presenting), Kauto Star (Village Star) et Neptune Collonges (Dom Alco). Un couronnement pour un règne commencé en 2006 avec Kauto Star, jusqu’en 2011, avec Denman de 2007 à 2009/2010 et qui s’est "conclu" en avril 2012 avec le Grand National de Liverpool (Gr3) de Neptune Collonges.

Colin Tizzard a quatre chevaux qui sortent du lot dans ses boxes pouvant le faire marcher dans les traces de Paul Nicholls : le vétéran Cue Card (King’s Theatre), Native River (Indian River), le crack Thistlecrack (Kayf Tara) et il a récemment reçu dans ses boxes un certain Alary (Dream Well), troisième du Grand Steeple-Chase de Paris et deuxième du Prix La Haye Jousselin (Grs1) en 2016. Encore novice sur le steeple, Thistlecrack est âgé de 9ans. Champion hurdler en 2015/016, il est invaincu sur le steeple et vient de se promener dans le King George VI Chase (Gr1) de Kempton, devant Cue Card. Thistlecrack n’est pas – encore – Kauto Star, mais il sera très dur à battre à Cheltenham s’il garde cette forme. Cue Card, fringant à 11ans, pourrait être redirigé vers le Ryanair Chase, où il sera dangereux. Native River, quant à lui, sera l’un des chevaux à battre dans le Grand National de Liverpool. Quant à Alary, il a tous les atouts pour devenir un cheval de Gold Cup. Si ce n’est pas cette saison, ce sera les saisons prochaines… La domination de Colin Tizzard sur les Gold Cups pourrait commencer en 2017 et se poursuivre les années à venir…

 

L’Italie a-t-elle encore droit à une place dans l’Europe du galop?

L’Italie a été, et est encore, un grand pays de courses, malgré plus d’une décennie de mauvaise gestion qui a surtout entraîné l’effondrement de l’élevage. Le public répond encore présent quand on lui offre un spectacle, la passion est toujours la même si le pessimisme est un adversaire très dur à battre. L’Italie continue à produire des compétences et du professionnalisme, comme cela est bien démontré par les entraîneurs, les jockeys et les cavaliers d’entraînement qui ont posé leurs bagages à l’étranger, faute de trouver chez eux une récompense à leur talent. Dans un monde parfait, l’Italie devrait être mise sous tutelle par les autres pays. Le rêve de beaucoup de professionnels italiens est de trouver un abri, pourquoi pas comme fédération régionale associé à France Galop. Le plus grand problème pour les courses en Italie sont les mauvais dirigeants, les fonctionnaires feignants et les politiciens pilleurs.

 

L’introduction du Racing Right en avril 2017 va-t-il booster les courses britanniques ?

Outil obsolète créé en 1961, le Levy Board vit ses derniers jours. En avril 2017, il devrait être remplacé – si tout va bien – par le Racing Right, qui pourrait changer bien des choses pour les courses britanniques. En effet, l’Institution des courses britanniques ne touche pas d’argent de la part des bookmakers sur les sommes pariées en ligne, qui représentent la moitié des bénéfices des firmes de betting : les bookies ont délocalisé leurs plate-formes de betting online à Gibraltar, échappant à la législation du Levy Board… créé à l’époque où internet n’était au mieux qu’un fantasme. Ce manque à gagner pour les courses britanniques est évalué à 30 millions de livres par an. Le Racing Right permettrait donc à l’Institution de prélever de l’argent sur tous les paris placés sur une course britannique par un citoyen basé dans le pays.

L’Institution des courses hippiques britannique se chargera de répartir les sommes engrangées. Car les allocations monstres du Derby d’Epsom, de Royal Ascot ou du Champions Day, boostées par les sponsors, sont l’arbre qui cache la forêt. Des bons maidens sur de grands hippodromes rapportent moins de 10.000 £ et les courses modestes ne proposent que des cacahuètes. Exemple : vendredi 6 janvier, Wolverhampton proposait un handicap class 6 pour 4ans et plus sur la P.S.F. avec 2.264 £ au gagnant. Samedi 7 janvier, à Lyon-La Soie, un handicap G pour 4ans et plus rapportait 8.000 € au gagnant. En obstacle, les allocations sont encore plus basses. Le Racing Right, selon la manière dont il est utilisé, pourrait changer bien des choses pour les courses anglaises, et notamment encourager de nouveaux propriétaires : l’essentiel est peut-être de participer, mais qui a envie d’investir s’il n’y a rien à gagner en face ?

 

Aura-t-on le plaisir de voir la championne australienne Winx exporter son talent ?

Malheureusement non. Son entraîneur, Chris Waller, l’avait déjà annoncé après la deuxième victoire dans le Cox Plate et l’a répété cette semaine : Winx disputera trois courses en Australie avant les Queen Elizabeth Stakes en avril. Après, elle prendra de petites vacances avant de se préparer pour un troisième essai dans le Cox Plate. Si tout se passe bien, Winx peut gagner plus de sept millions de dollars et dépasser la légendaire Makybe Diva (Desert King), lauréate de trois Melbourne Cups (Gr1), dans le classement all-time du galop australien. La décision de la garder en Australie est très sage : les champions ne sont pas des clowns bons pour tous les numéros de cirque. Il faut la respecter.

 

Les jockeys français expatriés vont-ils poursuivre leur domination ?

L’année 2016 aura été celle des jockeys français expatriés. L’exemple le plus commenté est celui de Christophe Lemaire, installé au Japon. Il a signé une saison de toute beauté, n’échouant que du plus petit des nez face à Keita Tosaki pour la Cravache d’or : 186 victoires contre 187 pour son rival. Le Français possède un meilleur taux de réussite à la gagne par rapport au Japonais (23,7 % contre 19,3 %) et il est premier au classement par les gains, mais il a manqué quelques week-ends en étant présent en France. Deux mille seize restera une grande saison pour lui, avec – entre autres – des victoires dans le St Leger et l’Arima Kinen (Grs1) avec Satono Diamond (Deep Impact), peut-être un futur cheval d’Arc. Et 2017 s’annonce bien, avec deux gros potentiels classiques pour 2017, avec Soul Stirring (Frankel), la fille de Stacelita (Monsun), et le poulain Rey de Oro (King Kamehameha).

Les Français ont aussi fait parler d’eux aux États-Unis. Julien Leparoux, solidement installé là-bas, a été mis en lumière jusqu’à Royal Ascot avec la championne Tepin (Bernstein). Il a de nouveau signé une belle année en 2016, avec une victoire de Breeders’ Cup – sa septième – grâce à Classic Empire (Pioneerof the Nile) dans le Breeders’ Cup Juvenile (Gr1), et 23 victoires de Groupe. Florent Géroux poursuit son essor : après une première victoire dans une Breeders’ Cup en 2014, il s’est installé comme un jockey incontournable aux États-Unis et sa cote de popularité n’a cessé de monter, tout comme ses résultats grâce à de meilleurs chevaux. Résultat : dix victoires de Gr1 en 2016 et un coup de quatre lors de la réunion de l’Arlington Million, dont les Beverly D. Stakes, les Secretariat Stakes et l’American St Leger (Grs1). Quant à Flavien Prat, il a remporté en 2016 sa toute première Breeders’ Cup grâce à Obviously (Choisir - Breeders’ Cup Turf Sprint Gr1) et huit Grs1 en tout. De plus en plus sollicité, il a une belle année devant lui.

 

Après Frankel, qui sera le nouvel étalon vedette?

Aucun cheval n’a eu le même impact que Frankel et il sera donc difficile de retrouver la même attente que nous avions vécue en attendant les débuts des premiers "Bobbys" ou, encore précédemment, pour les premiers Sea the Stars. Cela dit, il y a trois étalons à suivre avec beaucoup d’intérêt : Camelot (Montjeu), Intello  (Galileo) et Orfèvre (Stay Gold). Le premier a raté de très peu son rendez-vous avec l’histoire : s’il avait gagné le St Leger, on parlerait de lui comme d’une légende. Coolmore a beaucoup investi sur lui après avoir vu les premiers produits. Intello était un cheval de Jockey Club moderne avec la vitesse nécessaire pour se montrer compétitif dans le Jacques Le Marois et la tenue pour le Prix de l’Arc de Triomphe. Orfèvre, lauréat de la Triple couronne au Japon, a jeté un Arc à la poubelle et a trouvé une superbe Trêve dans un autre.