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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Dix questions pour les courses françaises en 2017

Courses / 07.01.2017

Dix questions pour les courses françaises en 2017

Dix questions pour les courses françaises en 2017

Cravache d’Or, enjeux, ventes, second Prix de l’Arc de Triomphe à Chantilly, fin d’Enghien… Les courses françaises vont devoir relever de nouveaux défis en 2017, répondre à certaines interrogations. Voici dix questions qui attendent les courses et l’Institution hippique en France en 2017.

 

Le duel Pierre-Charles Boudot – Christophe Soumillon aura-t-il bien lieu ?

Avec trois cents victoires en 2016, Pierre-Charles Boudot a été couronné Cravache d’Or 2016 haut la main : son plus proche poursuivant, Maxime Guyon, comptabilise 156 victoires. "PC" a établi un nouveau record de victoires en France, le précédent ayant été établi par Christophe Soumillon en 2013, avec 228 victoires. Le premier jockey de Son Altesse l’Aga Khan a annoncé la couleur en octobre à Equidia Turf Club : « Il faut que je sois quelqu’un d’autre que Christophe Soumillon pour ne pas aller chercher l’an prochain le record que va établir Pierre-Charles en 2016. » L’année 2017 sera donc celle de la lutte entre les deux jockeys, une lutte qui remonte déjà à 2015 où, alors que Pierre-Charles Boudot avait pris la tête pour la Cravache d’Or en fin d’année, Christophe Soumillon avait mis le paquet pour le rattraper, faute de le dépasser : ils avaient conclu l’année à égalité. Christophe Soumillon peut-il battre le record établi par "PC" ? Cela s’annonce extrêmement compliqué. Peut-il reprendre son sceptre à Pierre-Charles Boudot ? Ce ne sera pas simple non plus. Une chose ne fait guère de doute : la lutte entre les deux jockeys devrait faire parler d’elle toute l’année.

 

Comment se passera la transition d’Enghien à Compiègne ?

C’est l’une des grandes questions qui habitent les professionnels et passionnés de l’obstacle. Car Enghien et Compiègne n’ont pas du tout le même profil, même si l’hippodrome du Putois a déjà révélé d’excellents sauteurs. Les nouveaux parcours d’obstacle de Compiègne ne seront effectifs dans leur totalité qu’au second semestre 2017, voire au premier trimestre 2018… Le terrain de Compiègne est souvent plus lourd que la piste d’Enghien. Comment les tracés de Compiègne vont-ils digérer l’augmentation du nombre de courses ? Quels types de chevaux faudra-t-il pour les nouveaux parcours d’obstacle compiégnois ? Il y a donc plusieurs interrogations qui entourent ce transfert d’Enghien vers Compiègne. En 2017, Compiègne n’aura pas encore toutes ses nouvelles pistes d’obstacle disponibles, mais en 2018 ce sera le cas. On pourra alors se faire une idée plus précise du transfert réussi ou non d’Enghien vers Compiègne.

 

Guillaume Macaire peut-il battre son record de victoires et de gains ?

Avec des scores dépassant régulièrement les 250 victoires par an et un total de gains ayant passé allègrement les 8.000.000 € en 2016, Guillaume Macaire a placé la barre très haut. Pour atteindre de tels chiffres, il faut avoir de bons chevaux dans toutes les catégories d’âge et de spécialité. C’était le cas l’an dernier puisque des 3 ans (Edward d’Argent, Invicter) aux 4 ans (Device, Punch Nantais) en passant par les chevaux d’âge (So French, Storm of Saintly, Bel la Vie et le regretté As d’Estruval), il a eu de très bons éléments à disposition. C’est le cas tous les ans et Guillaume Macaire peut espérer affoler les compteurs en 2017.

 

Comment redessiner les EpiqE Series au galop ?

Autant les EpiqE Series au trot fonctionnent plutôt bien sur le principe, même s’il est un peu tôt pour faire un bilan, il n’est pas possible de dire que les EpiqE Series au galop aient été une réussite. La raison est simple : les EpiqE Series se veulent une série de préparatoire menant à une finale. Au trot, le circuit comporte les quatre "B" (Bretagne, Bourbonnais, Bourgogne et Belgique), le Critérium Continental, le Grand Prix d’Amérique Opodo – la finale – et le Grand Prix de France – la revanche. C’est un circuit que l’on peut qualifier de linéaire : les quatre "B" ont le rôle de préparatoires à l’"Amérique" et les chevaux y ayant brillé seront au départ de la belle. Il y a le cas du Critérium Continental, qui reste un objectif en lui-même et dont le – jeune – gagnant peut faire l’impasse sur l’Amérique. Le trot a aussi cet avantage, du point de vue des EpiqE Series, d’être une discipline majoritairement française. Outre quelques concurrents scandinaves – qui viennent si possible se tester à Vincennes pour savoir s’ils s’adaptent à cette piste avant l’Amérique –, les chevaux évoluent dans leur très grande majorité en France, qui plus est dans le cadre d’un meeting. Autre avantage : outre les chevaux du Critérium Continental qui peuvent rester entre 4 ans avant ce Gr1, les autres concurrents sont des chevaux d'âge qui se sont dans leur très grande majorité déjà affrontés avant le Prix d'Amérique. Il y a donc des "lignes" solides et entrecroisées dans tous les sens lorsque arrive le Prix d’Amérique.

Au galop, la situation est différente. Il n’y a pas une voie linéaire menant au Prix de l’Arc de Triomphe. Non, le Prix du Jockey Club n’est pas une préparatoire et rien n’oblige son gagnant à courir l’Arc. Non, le Prix de Diane Longines n’est pas non plus une préparatoire. Non, le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) n’en est pas une, pas plus que le Juddmonte Grand Prix de Paris (Gr1) ou le Grand Prix de Deauville (Gr2). Quant au Qatar Prix Vermeille (Gr1), il est à la croisée des chemins, objectif et préparatoire. Qui plus est, le Prix de l’Arc de Triomphe est une course internationale et nombre de chevaux – anglais, irlandais et japonais – échappent donc aux EpiqE Series ! Ainsi, sur les seize partants du Prix de l’Arc de Triomphe 2016, dix n’avaient pas pris part à une course EpiqE Series. Dès lors, la promesse ne peut pas être tenue : des premières batailles avant une finale… Et la promesse est encore moins tenable que les 3 ans peuvent totalement éviter leurs aînés avant l’Arc ! Comment redessiner les EpiqE Series au galop ? En prenant en compte ce fait : tous les chemins mènent à Rome, mais toutes les routes ne mènent pas vers l’Arc.

Est-ce la fin des entraîneurs d’obstacle à Paris ?

Les entraîneurs d’obstacle sont de moins en moins nombreux en région parisienne, que ce soit à Chantilly ou à Maisons-Laffitte. Ils préfèrent généralement s’installer directement ou déménager en province. Les coûts d’entraînement y sont moins élevés, même s’il faut souvent se déplacer et faire plusieurs centaines de kilomètres. À terme, restera-t-il encore des entraîneurs d’obstacle à Paris ? Le programme d’obstacle est bien plus étoffé dans certaines régions, comme l’Ouest, qu’en région parisienne, même si les très bonnes courses sont concentrées à Auteuil et, cette année, à Compiègne. L’obstacle est d’ailleurs une discipline plus rurale, donc plus populaire en province qu’à Paris. On peut donc craindre une future disparition des entraîneurs d’obstacle à Paris…

 

Assistera-t-on à un véritable redressement des enjeux hippiques ?

L’un des nerfs de la guerre pour la filière hippique, c’est le chiffre d’affaires des paris hippiques. Or, après plusieurs années de croissance, les enjeux hippiques sont en baisse depuis quelques saisons, même si novembre et décembre 2016 ont vu cette tendance très légèrement s’inverser. Ce qui est assez inquiétant, c’est la baisse des enjeux hippique sur le territoire français. Le PMU parvient à contenir la baisse globale des enjeux grâce à sa stratégie de développement à l’international.

L’année 2016 peut être considérée comme une année de transition. Après avoir passé beaucoup de temps pour développer les outils nécessaires à la séparation des masses entre réseau offline (réseau en dur) et réseau online (réseau Internet), pour la fin 2015, le PMU n’a pas pu, en 2016, proposer beaucoup de nouveautés, hormis le boost ordre du dimanche au Quinté+ qui porte déjà ses fruits. On attend donc beaucoup de la part de l’opérateur en 2017. Le PMU doit se montrer inventif pour enrayer cette baisse et repartir de l’avant. La bonne santé financière de la filière et, surtout, le maintien des allocations pour les années à venir en dépendent.

 

L’Arc à Chantilly est-il taillé pour les vieux chevaux aguerris sur 2.400m ?

Longchamp étant en travaux, le Qatar Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1) 2016 a été organisé à Chantilly. Plus sélectifs que le tracé de Longchamp, où la descente peut gommer un éventuel manque de tenue, les 2.400m de Chantilly ont accouché d’une arrivée assez inédite dans l’Arc, qui est une course, sur un plan technique, qui avantage les 3ans. En effet, sur le podium, se sont retrouvés les trois pensionnaires d’Aidan O’Brien, Found, Highland Reel et Order of St George. Ce sont trois produits de Galileo, trois chevaux d’âge, et trois chevaux qui ont fait plus que leurs preuves sur 2.400m, et même bien plus pour le dernier nommé.

Pour retrouver le premier 3ans à l’arrivée, il fallait aller chercher Savoir Vivre (Adlerflug), huitième. Il y a donc deux options possibles à la suite de cet Arc. Soit, les 3 ans de 2017 n’étaient pas à la hauteur. Ou bien, l’Arc à Chantilly avantage nettement les chevaux expérimentés et qui sont très confirmés sur 2.400m. L’Arc 2017 apportera, peut-être, la réponse.

 

Le marché des ventes va-t-il poursuivre sa progression ?

Dans la première édition de Jour de Galop, le 30 juillet 2007, nous posions la question : Arqana pourrait-elle faire mieux qu’en 2007, une année record ? La réponse est oui, puisque Arqana a battu record sur record durant la décennie écoulée. Après une année 2015 exceptionnelle, Arqana a réussi à consolider – et à améliorer – l’ensemble de ses résultats en 2016, avec des indicateurs en hausse grâce à la sélection. Seul le prix médian n’a pas progressé, restant à égalité à 20.000 €. Comme dans quasiment l’ensemble des ventes internationales en 2016, les top prices n’ont généralement pas signé d’aussi grandes envolées qu’en 2015, particulièrement chez les yearlings, avec l’alliance de gros acheteurs, comme Coolmore et les Sud-Africains de Mayfair Speculators, par exemple. On craignait, en 2016, un effet "surproduction" : cela a été dans l’ensemble contenu, même si on constate que si l’appétit pour le haut de gamme est très fort, c’est plus difficile pour les strates inférieures du marché. Tout cela devrait se confirmer en 2017 et la clé du succès se trouve là pour les grandes places de vente, sur la sélection.

Osarus a de son côté connu de gros changements en 2016, une année de transition pour l’agence. Le mot clé pour Osarus sera aussi certainement la sélection. Emmanuel Viaud, en présentant le bilan de l’agence lors de la Nuit de l’élevage et des courses de l’Ouest, a souligné une bonne tenue de la breeze up, tout en évoquant une offre trop importante. La sélection devrait aussi être plus importante pour la vente de chevaux à l’entraînement, tout comme pour la vente de yearlings, dont le prix moyen a baissé avec une offre plus importante (46 yearlings de plus). Pour Osarus, 2017 est une nouvelle année, avec certainement des changements à la clé.

 

La réforme du programme des 3 ans donnera-t-elle de bons résultats ?

Pour le second semestre 2016, il a été expérimenté un nouveau programme pour les 2 ans au second semestre. D’un point de vue comptable, cette réforme a porté ses fruits. L’offre en termes de nombre de courses à conditions s’est réduite, ce qui a eu pour effet d’augmenter le nombre de partants en moyenne par course et d’améliorer de ce fait les enjeux moyens par course de 2 ans au second semestre. Cela alors que le contexte n’est pas favorable : baisse globale des enjeux hippiques et baisse des effectifs à l’entraînement.

Pour 2017, il a été décidé de réformer également le programme des 3 ans. Désormais, il y aura des maidens et courses pour inédits à étages. C’est-à-dire qu’en fonction de l’hippodrome et de la date, les lauréats de ces épreuves pour 3 ans n’auront pas le droit aux mêmes courses pour leur sortie suivante. Le contexte pour 2017 étant le même que pour 2016, nous verrons si cette réforme est bénéfique sur le plan des enjeux, sans empêcher les meilleurs 3ans de se mettre en avant au sein du programme de sélection.

 

2017, l’année de la revanche de Chantilly ?

En 2016, Jean-Claude Rouget a écrasé totalement la saison classique en France. Il avait de très bons 3ans dans ses boxes, bien meilleurs que ceux entraînés à Chantilly. Et à cela, il faut ajouter que le centre d’entraînement cantilien a vu la préparation des chevaux être perturbée par le virus qui l’a touché.

En 2017, Chantilly peut inverser la donne. Jean-Claude Rouget est assez bien armé, certes, mais André Fabre a sorti une vraie armada de bons 2ans au second semestre 2017. Outre son gagnant de Gr1, Waldgeist (Galileo), il possède de très nombreux gagnants de maidens ou de courses pour inédits dans ses boxes, plus d’une quinzaine. De quoi espérer pour lui reprendre la main en 2017 grâce à ses 3 ans.