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Édouard de Rothschild :  « La plupart des chantiers ont été ouverts »

Institution / Ventes / 13.01.2017

Édouard de Rothschild : « La plupart des chantiers ont été ouverts »

Édouard de Rothschild :

« La plupart des chantiers ont été ouverts »

Il y a un an, Édouard de Rothschild était élu président de France Galop. Pour tirer un bilan de ce premier exercice, le plus simple était de repartir de son discours programmatique, prononcé devant le Comité le 15 décembre 2015… pour le comparer avec la situation au 15 janvier 2017 – c’est-à-dire un an et un mois plus tard.

Jour de Galop. - Jeudi, vous avez rencontré les ministres du Budget, de l’Agriculture et des Sports pour parler de l’avenir de la filière équine en France. Qu’en retirez-vous ?

Édouard de Rothschild. - La tonalité des ministres était tout à fait positive. Ils m’ont donné l’impression de vouloir agir rapidement et ont défini comme priorité, comme premier chantier, l’économie des courses. Il y a déjà eu beaucoup de rapports, d’études, de diagnostics… Nous avons besoin d’actions concrètes et de quick wins. Il faut essayer de mettre en place quelques points immédiatement. Chacun sait que des échéances électorales sont proches. Le bon côté, c’est que cela accélère la prise de décisions ; le moins bon, c’est que cela empêche de parler du moyen et du long terme. Or selon moi, le vrai sujet, c’est de rebâtir une politique des Jeux en France, ce qui ne peut pas se faire en deux ou trois mois. La loi de 2010 avait pour objectif d’organiser la concurrence dans le secteur des Jeux ; mais en réalité, la direction du Budget a – sans le dire – créé un nouveau monopole : le monopole des paris sportifs en dur pour la Française des Jeux.

Il faut que l’État laisse le PMU vendre des paris sportifs en dur ?

La problématique est la suivante : on ne peut pas demander à un État déficitaire de baisser ses recettes fiscales ou de rendre de l’argent ; en revanche, on peut demander à l’État, tuteur des Jeux, de ne pas avantager un opérateur plutôt qu’un autre. Voilà ce que nous devons obtenir tous ensemble, car le destin de la filière est l’affaire de tous. Nous devons tous être des militants de la cause des courses.

Vous êtes président de France Galop depuis un an. Pour dresser un bilan de cette première année, nous vous proposons de repartir des promesses contenues dans votre discours du 15 décembre 2015 devant le Comité qui allait vous élire quelques instants plus tard. (*)

Je crois que la plupart des chantiers annoncés ont été ouverts…

(*) Nous reproduisons le discours en annexe, à la fin de cette édition.

Le premier sujet traité dans votre discours, c’était la poursuite de dynamisation des courses de sélection en obstacle. Qu’avez-vous fait en ce sens ?

Cet engagement a été tenu : nous avons créé une nouvelle course black type pour les femelles en obstacle. Il s’agit du Prix Spumate, désormais Listed, qui aura lieu le 6 mars à Compiègne. Et nous continuons à regarder les opportunités.

Vous aviez aussi parlé de créer un Groupe 3 en régions sur les obstacles.

Cela pourrait être dans l’Ouest. Le Sud-Est a un Groupe 3 [le Grand Prix de la ville de Nice, NDLR] et le Sud-Ouest aussi [le Grand Prix de Pau, NDLR] ; pas l’Ouest, alors que c’est un bassin important d’élevage et d’entraînement de sauteurs.

Vous parliez ensuite de la promesse faite à l’État de fermer un hippodrome…

La mandature précédente s’était engagée auprès de l’État à faire évoluer le périmètre des hippodromes en région parisienne. Nous avons étudié plusieurs scénarios. C’est un crève-cœur que d’avoir dû arrêter de courir à Enghien, mais en pesant tous les tenants et aboutissants de façon très détaillée, avec le Conseil d’administration, le Conseil de l’obstacle, des socioprofessionnels et un cabinet de conseil, il est apparu que la moins mauvaise solution était de ne plus courir à Enghien.

Un des défis que vous entendiez relever était : « Ne pas accepter que la baisse des enjeux PMU soit une fatalité ». Comment cela s’est-il concrétisé ?

Nous jouons professionnellement notre rôle de coactionnaire du PMU, en pleine et entière responsabilité. Cela veut dire qu’il y a une interaction réelle entre nous et le PMU sur sa stratégie. Une véritable implication des sociétés mères.

Mais en fait, qui dirige la filière ? Le PMU ? Le Trot ? France Galop ?

(Rires) Ça, c’est une question de journaliste ! Qui dirige ? Pas une personne en particulier. Dans le contexte actuel où il faut sortir les courses d’une situation très compliquée, le fil directeur ne peut être qu’économique. Quel est le rôle des sociétés mères ? Trouver les équilibres et les ajustements, les compromis acceptables, pour faire coexister sport et paris. Il faut respecter les acteurs des courses au quotidien, tout en préservant leur avenir. Il est donc nécessaire pour les sociétés mères de peser sur les options du PMU.

Ici même, vous aviez eu des mots très durs en juillet au sujet du PMU !

Depuis, le PMU a fait intervenir le cabinet de conseil McKinsey pour évaluer les options très professionnellement. Ce n’est pas arrivé par hasard. J’ai mis beaucoup de pression et le management du PMU a très bien réagi. Je pense que les choses ont bougé réellement, rapidement et dans le bon sens.

Dans quel sens ?

L’ensemble des mesures prises est destiné à stabiliser le pari hippique. C’est notre objectif. Par ailleurs, un certain nombre de leviers sont en train d’être activés : sur l’attractivité des courses, sur le numérique, sur les nouveaux paris… Le travail est loin d’être terminé, mais nous avons entrepris beaucoup de choses.

Autre engagement : offrir au PMU plus de courses de galop réunissant au moins 14 partants.

Cet automne, nous avons mené une réforme test avec les 2ans. On en perçoit déjà des effets positifs. Évidemment, notre réforme n’a pas été parfaite du premier coup, et des ajustements sont nécessaires. Il y a une vraie interaction avec les professionnels pour essayer de faire le mieux possible : l’échange et le travail en commun pragmatiques sont au cœur de cette expérimentation. Nous demandons au PMU de faire des efforts ; nous devons lui donner les moyens de réussir. De manière générale, nous ne sommes efficaces que lorsque nous agissons de manière concertée et simultanée. Nous avons aussi remplacé des courses qui coûtent par des courses qui rapportent, par exemple en supprimant des PMH de Vire ou de Lisieux pour créer des courses Premium à Pornichet ou au Croisé-Laroche. Ce n’est pas de gaieté de cœur pour tout le monde, mais c’est le sens de l’intérêt collectif.

Les courses PMH sont-elles condamnées ?

Il y a un équilibre économique à trouver et il est évident que le salut de la filière passe par la recette. Nous allons certainement, par nécessité, aller vers des courses qui rapportent plutôt que des courses qui coûtent.

Et le serpent de mer du tracking system ? Pourquoi sommes-nous le dernier sport qui n’en est pas équipé, alors que vous avez réalisé les premiers tests avec Trakus en 2008 ?

Un appel d’offres a été amorcé avant mon élection, mais il a fallu retravailler le cahier des charges. Un des candidats s’est détaché ; nous sommes en train de réaliser des tests avec lui. Je vous donnerai des nouvelles rapidement, puisque nous avons une nouvelle rencontre avec ce prestataire dans les dix jours. Mais vous avez raison, la lenteur sur ce sujet montre qu’il y a un vrai questionnement sur l’efficacité de l’Institution des courses. Nous sommes encore loin de fonctionner comme un groupe, comme une entreprise. Nous sommes une série de chapelles, qui ont chacune leur spécificité. Résultat, tout prend trop de temps. Un an pour réorganiser le pôle images et lui choisir un nouveau patron, c’est trop ! Ce n’est pas satisfaisant.

Quelle est la clé pour faire évoluer le fonctionnement ?

L’étude de la mise en commun des fonctions supports des deux sociétés mères et du PMU est en cours. C’est une grande première et c’est très prometteur. Objectivement. Mais l’Institution des courses reste le produit de l’Histoire et il va falloir rester très déterminé si nous voulons continuer à encourager les convergences concrètes.

Faut-il un board commun aux trois entités ?

Ce n’est pas un problème de gouvernance. La première action de mise en commun des moyens a été le marketing. Si c’est moi qui avais décidé, je crois que je n’aurais pas débuté avec cela, car c’est un sujet délicat, compliqué. À mon sens, il aurait été plus simple de commencer par des fonctions de type « back office » par exemple.

Vous souhaitiez aussi améliorer les relations entre France Galop et le Trot. Comment les jugez-vous aujourd’hui ?

Elles sont nombreuses, multiples, et pas simplement au niveau présidentiel. Il y a de vraies réunions de travail sur de vrais sujets, de vraies initiatives dans des domaines stratégiques. Je reviens à la nomination d’un patron du pôle Images, qui va chapeauter non seulement Equidia, mais aussi les régies d’hippodromes comme Vincennes ou Cagnes : c’est fort. Donc oui, nous avons avancé sur le sujet trot-galop. Il y a plus de sujets qui nous rapprochent que de sujets qui nous divisent. Surtout dans la conjoncture actuelle.

Le PMU devrait-il être autorisé à faire des acquisitions, notamment à l’international ?

Pour moi, l’international, c’est d’abord et avant tout vendre les courses françaises à des parieurs étrangers. Je ne suis pas pour un développement international qui repose sur des acquisitions d’entreprises étrangères. Il faut se concentrer sur la vente de nos courses.

Un sujet complètement différent : les propriétaires. Vous vouliez créer une grande direction commerciale pour choyer les propriétaires actifs et trouver de nouveaux propriétaires ?

Je plaide coupable ! C'est le seul grand thème sur lequel il n'y a pas eu d'avancée de grande envergure. Je ne cherche pas d'excuse, mais nous avons beaucoup travaillé en 2016, et très vite. Je voudrais à ce sujet saluer le travail d'Olivier Delloye qui n'est arrivé qu'en mars. Il a fait énormément de choses sur une période très courte : plan d'économies, réforme du programme, accélération de la digitalisation… 

S'agissant des propriétaires, tout ce que j'ai dit le 15 décembre 2015 reste vrai dans mon esprit : nous devons repenser l'organisation et l'état d'esprit de nos services commerciaux. C'est bien le projet que nous poursuivons, particulièrement avec l'avènement du Nouveau Longchamp que je souhaite être un modèle en matière d'accueil de nos propriétaires.

Si l'année 2016 n'a peut-être pas apporté d'avancée spectaculaire, des améliorations sensibles ont néanmoins été mises en œuvre. Depuis des années, les propriétaires résidant à l'étranger se plaignaient de ne pas pouvoir regarder les courses de leurs chevaux en direct. C'est désormais possible depuis le lancement du nouveau site internet. C'est en apportant des services concrets qu'on peut fidéliser les propriétaires et en recruter de nouveaux. Pas mal d'initiatives digitales sont dans les tuyaux pour 2017 ; elles poursuivent le même objectif : simplifier et améliorer l'expérience des propriétaires. 

Sur la télévision, vous insistiez sur l’importance du choix du successeur de France Télévisions ?

L’accord avec le Groupe TF1 est un grand succès. On est en plein dans l’enjeu que je définissais de remettre les courses au premier plan dans la société civile.

Tout n’a pas été parfait : par exemple, « l’Arc » a été présenté en plateau au siège de TF1 au lieu d’être commenté, comme tous les grands événements sportifs, sur le site de l’événement !

Nous travaillons avec TF1 pour améliorer les choses au fur et à mesure. Par exemple, nous aurons quatre grandes courses sur TF1 en 2017, au lieu de deux courses en 2016. Et l’audience de LCI progresse tous les jours.

Vous évoquiez aussi la découverte des courses par les jeunes…

Vous avez suivi, dans l’actualité de cette semaine, l’accord que nous avons signé avec la Fédération française d’équitation sur les courses de poneys. Les poneys sont une façon d’unir le sport et les courses, pour intégrer les jeunes qui aiment les sports équestres. C’est comme cela que nous préparons les générations suivantes. Une partie de notre avenir se joue là.

Vous parliez d’une révolution numérique à mener. C’est le sens de votre accélération des sujets web ?

Je suis très heureux de notre nouveau site, même s’il n’est pas tout à fait terminé. Nous avons agi rapidement pour tenir mon engagement de décembre 2015. Ce nouveau site est important pour l’ouverture vers l’extérieur et pour l’expérience quotidienne des membres de la filière. Il me semble nettement plus user friendly que la version précédente. Des choses vont suivre, à commencer par le site mobile. Nous allons aussi offrir à nos clients des hippodromes de parier avec leur smartphone. Ce sera un vrai plus – comme lorsque cet été, des hôtes et des hôtesses munis de terminaux portatifs vendaient des paris dans les différentes zones de l’hippodrome de Deauville.

Et l’évolution de la culture à l’intérieur de France Galop ?

Cette mandature est sous le signe de « sans tabou » et de l’esprit ouvert, prêt à tout réexaminer. Et aussi de l’efficacité dans un timing court, car nous avons peu de temps devant nous avec nos problèmes de trésorerie à échéance 2018. N’oubliez pas que tout ce qui a été fait a été mené de front avec la gestion quotidienne de France Galop ! Produire un programme, juger des courses, assurer la sécurité, distribuer les gains…

Avez-vous donné plus de pouvoir au Comité ? Et l’avez-vous rendu plus proactif dans les grandes décisions ?

Nous avons rendu plus transparents la présentation des comptes et de tous les éléments de décision soumis aux membres du Comité : cela leur a permis de se les approprier. Donc oui, le Comité peut mieux jouer son rôle. Ensuite, il y a beaucoup de thèmes où nous n’hésitons pas à partager avec le Comité. L’atmosphère générale au Comité et dans les différents Conseils est plus sereine aussi. Il y a moins de conflits, grâce à la transparence et à l’ouverture.

Vous proposiez des groupes de travail entre élus et salariés… et des groupes de travail resserrés ?

Je ne l’ai pas organisé de manière formelle et systématique, mais au cas par cas, les élus et les salariés n’hésitent pas à se voir pour échanger. Et ça se passe très bien. Un des risques de ce que j’avais proposé, c’était de favoriser la réunionite. Ma proposition n’était donc pas très bonne.

Comment voyez-vous 2017 ?

Le business model traditionnel des courses n'est plus adapté à une société civile qui a et qui continue de beaucoup changer. 2017 ne peut qu'être la mise en place d'une indispensable transformation. Elle sera plus ou moins radicale en fonction de la part que l'État prendra au nouvel équilibre économique des courses.