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Jour de Galop

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L’élevage américain sur le « Tapit » magique

International - Élevage / 13.01.2017

L’élevage américain sur le « Tapit » magique

L’élevage américain sur le « Tapit » magique

Il fallait être adepte de chiromancie pour le deviner quand, à Keeneland en novembre 2005, la première poulinière pleine de Tapit (Pulpit) proposée aux enchères fut adjugée 290.000 dollars. La jument, Mepanache (Deputy Minister), avait marqué, plutôt pour son pedigree que pour sa carrière – elle était demi-sœur de deux gagnants de Groupe et de plusieurs sujets de stakes. Elle était inédite et la saillie de ce jeune étalon n’était certainement pas un plus. Tapit, lauréat du Wood Memorial (Gr1) et du Laurel Futurity (Gr3) à 2ans, débuta la monte à 15.000 dollars. Un prix assez correct, dans un secteur du marché où la concurrence est très rude. Mepanache fut l’arbre qui cache la forêt puisque les 13 autres poulinières pleines de Tapit vendues lors de cette vente à Keeneland ont réalisé un chiffre d’affaires de 424.000 dollars.

Onze ans après… Aux ventes d’élevage 2016 au Kentucky la poulinière « Tapitisée » la moins chère a coûté 650.000 dollars, le prix moyen a atteint 1.700.000 dollars et cinq des neuf lots ont dépassé le million, avec un top de 3.800.000 dollars pour Unrivaled Belle (Unbridled’s Song). Bon, une gagnante de Breeders’ Cup Distaff encore jeune (10ans) et mère de la très prometteuse lauréate de Gr2 Unica Bella (Tapit) aurait fait un prix canon, même pleine d’un étalon moyen, mais l’effet Tapit marque les ventes américaines depuis longtemps.

Siren Serenade (Unbridled’s Song), adjugée 1.025.000 dollars lundi, est le 74e lot vendu à plus d’un million de dollars avec ce nom magique de cinq lettres imprimé sur la page du catalogue…

La machine à millions. La première jument pleine de Tapit payée plus d’un million est passée en vente en 2013. Depuis lors, en cinq années y compris 2017, l’étalon est arrivé à 23 millionnaires, pour un chiffre d’affaires de 43.275.000 dollars. Les poulinières étaient de très haut niveau, soit pour leur carrière, soit pour le pedigree, mais en feuilletant les catalogues, on se rend compte que Tapit a apporté un énorme plus au moment de la vente.

Au top des ventes des yearlings. Chez les yearlings, le titre Tapit est aussi très recherché. L’année du premier millionnaire remonte aussi à 2013. Depuis, en quatre saisons, il a eu 20 yearlings au-dessus de cette barre. D’après l’excellente base de données de Bloodhorse, les yearlings par Tapit vendus sont au nombre de 535 pour un chiffre d’affaires de 141 millions de dollars. Il est l’étalon tête de liste aux ventes depuis 2013 et en quatre ans, il a affiché un chiffre d’affaires de 94,105 millions pour 171 vendus, c’est-à-dire : 550.321 dollars de prix moyen. La chose intéressante à noter est la solidité du marché pour les yearlings par Tapit. Au fil des dernières années, le prix moyen et le médian sont très proches.

Du solide. Depuis 2005, Tapit a eu 1.100 lots vendus (toutes catégories confondues) pour un chiffre d’affaires de 252,891 millions de dollars (229.901 dollars de prix moyen). Si l’on ajoute les 174 juments pleines qui ont changé de main pour un total de 71,835 millions de dollars, on arrive à un volume de 321,727 millions de dollars. Les yearlings, les foals et les 2ans de breeze up se sont bien vendus à des prix moyens de 263.000, 253.000 et 230.000 dollars. Le prix moyen des poulinières pleines de Tapit est de 412.000 dollars, mais si on ne considère que la période 2013-2017, c’est-à-dire deux saisons à 150.000 dollars et deux à 300.000 dollars, son prix de monte également cette année, les données sont encore plus impressionnantes. Les 39 poulinières vendues ont engendré un chiffre d’affaires de 54,065 millions et un prix moyen de 1.386.000 dollars !

Stardom Bound, le début. Sans Stardom Bound, surnommée Baby Z parce que son style de course était le même que la grande Zenyatta, Tapit ne serait pas devenu Tapit. La pouliche, après avoir gagné la Breeders’ Cup Juvenile Fillies (Gr1) en 2008 à Santa Anita quelques heures avant le succès de Zenyatta dans le Ladies Classic, est aujourd’hui encore le produit de Tapit le plus cher aux ventes. Elle fut achetée neuf jours après sa victoire californienne pour 5.700.000 dollars par IEAH Stables. Stardom Bound a gagné ensuite deux Grs1, dont les Santa Anita Oaks pour Bobby Frankel avant de perdre sa forme. Katsumi Yoshida l’a achetée à l’amiable, pleine de Big Brown (Boundary). Au Japon, elle a produit deux gagnants sur trois foals et a une yearling, grise, par Lord Kanaloa (King Kamehameha). C’est suite au succès de Stardom Bound que Tapit est monté à 35.000 dollars en 2009 et à 50.000 en 2010. Une fois lancée la machine, tout est plus facile, mais il faut considérer que l’on n’a pas encore vu le meilleur de Tapit. Ses 3ans sont nés de saillies à 125.000 dollars, les 2ans à 150.000 et les yearlings à 300.000.

Un phénomène américain. Tapit n’a pas réussi à convaincre les éleveurs européens. Il a produit 56 gagnants de Groupe, dont 20 de Grs1, mais son score en Europe est un énorme zéro. Ses meilleurs produits sont une certaine Chachkova, lauréate de listed en Turquie, et les français : Maquette, South Bank et Écureuil qui ont pris des places de Groupe en France. C’est peu, mais pas surprenant. En premier lieu, les produits de Tapit à l’entraînement sur le Vieux Continent sont très peu nombreux, mais il s’agit surtout d’un étalon qui produit de vrais chevaux de dirt, avec de la tenue. La différence entre ses gagnants de Groupe sur le dirt (48) et sur le gazon (8) est énorme.

Une réponse à Galileo ? Comparer Tapit et Galileo (Sadler’s Wells) est aussi productif que comparer Messi à LeBron James. Ils font tout simplement des sports différents. Niveau impact sur le marché, Tapit et Galileo sont au même niveau. L’irlandais a entamé sa seizième saison, alors que l’américain en est à sa treizième. Galileo compte 1.448 lots vendus (foals, yearlings, 2ans, poulinières et pouliches sortant d’entraînement) pour 448 millions de dollars et un prix moyen de 301.000 dollars alors que, comme on l’a vu, Tapit est presque à 252 millions et un prix moyen de 229.000. Les valeurs sont plus proches de ce qu’il paraît. Et Tapit a eu des meilleurs résultats avec les poulinières pleines (23 millionnaires contre 13).

Sadler’s Wells déjà doublé ! D’accord, il s’agit d’une statistique de malade. On a cherché l’étalon avec le plus de produits et de poulinières pleines, vendu au dessus du million de dollars. Tapit avec 65 lots a déjà devancé Sadler’s Wells qui en est à 57. Le top de notre classement est l’incontournable Storm Cat (Storm Bird) qui a 204 lots millionnaires (162 produits et 42 poulinières pleines), les étalons sur la montante sont bien sûr War Front (Danzig) avec 41 millionnaires (dont 18 poulinières pleines) et Dubawi (Dubai Millennium) avec 35 (dont 6 poulinières pleines).

Après ce voyage dans les chiffres on a appris que Tapit, Champion Sire aux États-Unis à trois reprises, ne produira peut-être jamais ni un lauréat du Derby, ni d’« Arc », mais il peut enrichir un éleveur américain. Si jamais vous avez une bonne poulinière, avec un pedigree de dirt, n’hésitez pas. Il suffit de l’envoyer à Tapit, de payer 300.000 dollars, et d’attendre la fin novembre. Vous recevrez un virement à 7 chiffres du Kentucky !