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Jour de Galop

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PEGASUS WORLD CUP (Gr1) - La fête ne pourra pas être gâchée !

Courses - International / 27.01.2017

PEGASUS WORLD CUP (Gr1) - La fête ne pourra pas être gâchée !

GULFSTREAM PARK (US), SAMEDI

 

PEGASUS WORLD CUP (Gr1)

La fête ne pourra pas être gâchée !

Par Franco Raimondi

La boxe n’est pas les courses. Il suffit d’avoir deux champions et de les envoyer sur le ring, entre les douze cordes, pour avoir le match du siècle. Aux courses, c’est plus difficile. Sans revenir au drame de Ruffian contre Foolish Pleasure en 1975, où la pouliche a perdu la vie, il y a toujours un troisième larron qui peut gâcher la fête. Souvenez-vous du célèbre March of Dimes, le match qui opposait Ourasi et Mack Lobell, les deux meilleurs trotteurs du monde en 1988. Le français, avec Jean-René Gougeon, avait coupé la gorge de l’américain, mais le poteau, c’est le norvégien Sugarcane Hanover qui l’a passé en tête ! Un tel scénario est-il envisageable, samedi, dans la Pegasus World Cup (Gr1) ?

 

Des trotteurs de… valeur 124. Le March of Dimes avait regroupé un lot d’exception. Sugarcane Hanover n’était pas le dernier venu, Napoletano avait déjà battu Mack Lobell et il a remporté l’Elitloppet l’année suivante, Go Get Lost était un lauréat de Breeders’ Crown et Scenic Regal était une championne. Au trot, les ratings n’existent pas, mais pour vous donner une idée, les adversaires d’Ourasi et de Mack Lobell étaient des chevaux de valeur entre 120 et 124.

 

Un fossé de 17 livres. Arrogate (Unbridled’s Song) et California Chrome (Lucky Pulpit) ont terminé l’année 2016 à 134 et 133, c’est-à-dire 17 livres de plus que Keen Ice (Curlin), le troisième meilleur cheval de la Pegasus World Cup d’après les ratings. Le pensionnaire de Todd Pletcher avait bénéficié d’un parcours en or et d’un train de course sélectif, comme il les aime, dans la Breeders’ Cup Classic. Malgré tout, il avait terminé à presque onze longueurs des duellistes. Même un "mano a mano" prématuré entre Arrogate et California Chrome ne peut suffire à inverser le résultat de Santa Anita.

 

Scénario de cauchemar. Pour trouver un troisième larron, il faut donc chercher ailleurs. Gulfstream Park est une piste assez favorable aux chevaux qui courent en tête ou très près des leaders. Le numéro 1 dans les boîtes peut entraîner un parcours cauchemar et le 12 a un terrible record : un seul gagnant lors des 18 dernières courses disputées sur 1.800m en dirt. Arrogate a tiré le 1, California Chrome le 12 ! Steven Spielberg pourrait écrire un scénario défavorable à Arrogate « bloqué le long de la corde, enfermé derrière des leaders défaillants » ou à California Chrome « en cinquième épaisseur dans le premier tournant, obligé de galoper dans le parking ». Mais un cauchemar pour les deux simultanément, c’est plus difficile à imaginer !

 

Le risque de piège. En Europe, surtout en France, un match annoncé peut entraîner une course piège du type « les duellistes se regardent et un autre s’échappe ». C’est plus difficile aux États-Unis où les courses "roulent" et où les jockeys montent toujours pour leur cheval, et non pas contre un autre. Mais la course bidon n’est pas impossible.

Qui peut profiter d’un scénario inattendu ? Noble Bird (Birdstone), Neolithic (Harlan’s Holiday) et War Story (Northern Afleet) joueront les animateurs et il leur faudra un vrai coup de chance pour mener leur tâche à bien.

 

Le facteur Lasix. En Amérique, on dit "pace makes the race" : c’est le train qui fait la course. En Europe, souvent, le poids fait la différence. Les duellistes et neuf de leurs adversaires seront à poids égal. Le seul à bénéficier d’une décharge est l’argentin Eragon (Offlee Wild). Il a un avantage de cinq livres parce qu’il sera au départ sans Lasix. Deux fois gagnant de Gr1 sur le dirt de Palermo, il a terminé sa saison 2016 avec un rating de 115. Même avec la décharge, il lui manque 14 livres pour gagner. Mais si quelqu’un doit gâcher la fête, il serait bien que ce soit Eragon, le seul cheval "nature" de la course. Imaginez le choc culturel pour les Américains !

 

 

 

 

La Pegasus World Cup peut devenir la meilleure course du monde dès 2017

Par Anne-Louise Echevin

Samedi, ce sera la première édition de la Pegasus World Cup, pourtant d’ores et déjà labellisée Groupe 1. Directeur de la Fédération internationale des autorités hippiques (Fiah), Louis Romanet nous a expliqué comment la course pouvait avoir ce rating : « L’American Graded Stakes Committee a un système différent de celui de l’European Pattern Committee. Concernant la Pegasus World Cup, ils ont accepté de lui donner le statut de Groupe 1 compte tenu de la place dans le calendrier et, en contrepartie, le Donn Handicap (Gr1), qui aurait été en concurrence, a été supprimé. Le comité a pris cette décision avec comme condition un réexamen de ce statut de Groupe 1 après la course. » La Pegasus World Cup, avec Arrogate et California Chrome au départ, ne devrait avoir aucun mal à conserver son statut Groupe 1.

Elle a aussi de fortes chances d’intégrer d’emblée le classement Longines des meilleures courses du monde, car, depuis l’édition 2016, le calcul des meilleures courses du monde ne se fait plus sur la moyenne des ratings des courses des trois dernières années, mais seulement sur la dernière année. Précisons que le European Pattern Committee continue, lui, d’évaluer le niveau des Groupes sur les trois dernières années.

 

California Chrome : 7 millions de raisons de courir !

California Chrome rejoindra Taylor Made Farm la semaine prochaine pour commencer sa reconversion. Un étalon qui arrête sa carrière de course le 28 janvier, c’est-à-dire deux semaines et demie avant le début de la saison ? Duncan Taylor, le directeur de Taylor Made, avait déclaré au Thoroughbred Daily News que le planning était un peu serré mais jouable. California Chrome aura droit à quelques jours de repos au haras avant de saillir trois ou quatre juments pour les tests de fertilité. Il sera prêt le 14 février.

Cigar aurait-il couru ? Le profil de California Chrome est similaire à celui d’un autre champion américain, lauréat de la Dubai World Cup vingt ans avant lui. Touchez du bois, on parle de Cigar ! Aurait-il couru la Pegasus World Cup quelques semaines avant de rencontrer sa première poulinière ? La réponse est oui, même s’il y a des différences entre Cigar et California Chrome.

La première est le prix de la saillie. Cigar – deux fois "Horse of the year" – était proposé à 75.000 $ en 1997, un prix énorme pour un étalon first season, compte tenu de son pedigree assez moyen. Faisons un petit jeu : divisons l’allocation au gagnant de la Pegasus World Cup par le prix de la saillie. Cigar – stérile à 100 % – aurait dû produire 93 foals pour arriver à sept millions.

 

Le prix de 175 saillies en deux minutes. California Chrome est proposé à 40.000 $, un prix très sage vu sa carrière, mais qui peut s’expliquer par son pedigree modeste. Il lui faudra produire 175 foals pour arriver à sept millions. Il est bien logique que son entourage préfère passer à la caisse avant d’aller sur le marché des saillies et, ainsi, assurer le plus d’argent. Depuis le 10 janvier 2016, quand il  a couru pour la première fois sous la griffe California Chrome LLC, l’alezan a empoché pour ses propriétaires 8.180.000 $.

L’approche de Taylor Made dans la gestion de la carrière de California Chrome est assez spéciale. Sans le "piège" à douze millions inventé par Frank Stronach, il serait déjà au Kentucky, prêt pour son nouveau job, couronné pour la deuxième fois "Horse of the year". Ce qui, aux yeux des Américains, compte dix fois plus que le titre assigné à Arrogate par le rating. Samedi soir, le titre est remis en jeu. Pour Arrogate, la Pegasus sera une course de début de saison. Pour California Chrome, ce sera la dernière.

 

 

Les étalons de dernière minute

Par le passé, il est déjà arrivé qu’un étalon n’ait pas suivi un planning plus souple avant de débuter dans son nouveau métier. Un cas limite est celui de Fuji Kiseki (Sunday Silence), le champion de 2ans au Japon en 1994. Invaincu en trois sorties à 2ans, il avait bougé d’un tendon lors de sa rentrée gagnante dans le Hochi Hai Yayoi Sho (Gr2), le 5 mars 1995. Au bout d’une semaine, Shadai Farm annonçait ses débuts comme étalon. Fuji Kiseki a sailli 118 poulinières pendant sa première saison et il a eu 91 foals. Ses premiers rejetons sont nés en mars 1996, c’est-à-dire douze mois après sa dernière course !

Un autre exemple est celui de Holy Roman Emperor (Danehill). Lui était sain et net au mois de mars de ses 3ans, mais il a servi de remplaçant à George Washington (Danehill) à la suite des problèmes de fertilité de ce dernier. Il s’en est bien sorti dans le nouveau métier et a reçu plus de 100 poulinières lors de chacune de ses dix saisons à Coolmore, hormis en 2011.