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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

RETOUR SUR LA JOURNÉE DE L’OBSTACLE À CAGNES-SUR-MER - Les mille et une vies d’Alexandra Rosa et Serienschock

Courses / 09.01.2017

RETOUR SUR LA JOURNÉE DE L’OBSTACLE À CAGNES-SUR-MER - Les mille et une vies d’Alexandra Rosa et Serienschock

 

L’autre fait marquant du week-end à Cagnes-sur-Mer, c’est la victoire de Serienschock (Sholokhov) dimanche, pour la deuxième année consécutive, dans la Grande Course de Haies de Cagnes (L). Désormais âgé de 9ans, ce cheval qui a connu plusieurs vies doit sa seconde jeunesse à celle dont il défend les couleurs, Alexandra Rosa, permis d’entraîner basée à Deauville. La jeune femme nous a raconté comment ils en sont arrivés là.

Jour de Galop. – Comment Serienschock est-il arrivé dans vos boxes ?

Alexandra Rosa. – Mon compagnon, Hubert Barbe, avait acheté le cheval pour l’un de ses clients, Terry Neill. Il a notamment gagné la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3) en 2013, puis il est parti l’année suivante en Angleterre, chez David Pipe. Il a eu quelques bons résultats outre-Manche, mais il a fini par s’écœurer un peu dans des très bons lots, et je l’ai récupéré à l’été 2015. C’est une sorte de service après-vente : quand un cheval ne répond plus aux attentes de son propriétaire, nous pouvons le reprendre. L’avantage d’être permis d’entraîner, c’est que nous travaillons vraiment à la carte. Nous montons les chevaux nous-mêmes, nous sommes aux petits soins pour eux. Pour un cheval comme Serienschock, qui avait besoin de reprendre du moral, cela a très bien fonctionné, puisque l’an dernier, il a gagné cette Grande Course de Haies de Cagnes, avant de prendre la deuxième place du Prix Juigné (Gr3) puis de se classer quatrième du champion Thistlecrack à Aintree, dans la Liverpool Stayers’ Hurdle (Gr1).

Le pensiez-vous capable de réaliser le doublé ?

Nous lui avons octroyé du repos cet été, car il avait beaucoup donné en début d’année. À l’automne, cela a été un peu difficile. Nous avions cette course à Cagnes dans la tête et nous l’y avons préparé en courant sur la P.S.F. de Deauville en décembre. Il a été parfaitement monté par Alison Massin. Et dimanche, Ludovic Philipperon, qui s’entend à merveille avec lui, a parachevé le travail. Nous avons aussi pris le soin de faire une étape à Calas avant la course. Le cheval a été très bien accueilli dans la nouvelle structure de Richard Chotard. Il a pu faire son galop de chasse la veille de l'épreuve. Les conditions étaient donc idéales pour réaliser une grande performance.

Est-il possible qu’il suive le même programme que l’an passé, c’est-à-dire courir le Prix Juigné ?

Je ne pense pas le renvoyer à Auteuil, un hippodrome sur lequel il n’a plus envie de lutter… Avec lui, le moral est très important, et c’est pour cette raison que j’alterne le plat et les haies. Je ne désespère pas de trouver une course de cavalières pour pouvoir le remonter. Et retourner à Aintree, dans la même épreuve que l’an passé, n’est pas exclu du tout !

Comment avez-vous découvert les courses ?

Vous avez consacré, dans une édition récente, un article sur le championnat des Grandes Écoles. J’en suis un pur produit ! J’étais passionnée d’équitation et je montais en concours complet. Mais j’étais totalement étrangère aux courses. Pendant mes études à l’INA-PG (AgroParisTech), j’ai pu participer au championnat des Grandes Écoles. J’ai tout de suite été accrochée par l’aspect sportif des courses. J’ai commencé à monter à l’entraînement chez Alain de Royer Dupré, qui m’a beaucoup appris et fait débuter en course. L’étape suivante a été de prendre mes couleurs et d’avoir un cheval chez Richard Chotard. J’ai gagné ma première course et ma première course PMU pour lui. C’était d’ailleurs à Cagnes, avec Hoian, dont j’entraîne maintenant la fille… La suite logique est passée par le permis d’entraîner. J’ai eu ma licence il y a cinq ans. J’avais envie de découvrir la facette entraînement, au départ dans l’objectif de préparer mes chevaux pour les courses de cavalières. J’ai eu la chance d’aller au-delà de mes espérances, grâce à des chevaux comme Serienschock ou Chemin Faisant (Dyhim Diamond), lors de mes débuts.

Vous avez été jusqu’à changer d’orientation professionnelle pour vous impliquer plus directement dans le monde des courses ?

En effet, après dix ans passés dans une grosse société de conseil, j’ai choisi de mettre à profit cette expérience pour m’investir professionnellement dans les courses. J’ai créé Un jour aux courses, une agence événementielle spécialisée dans les courses hippiques. Je conçois des événements pour les entreprises (séminaires, incentives, team building…) autour des courses. Ce sont généralement de grandes sociétés, pour lesquelles je peux par exemple privatiser un hippodrome et y organiser des courses démonstration. Malheureusement, cela n’est possible qu’au trot. Au galop, un article ancien du Code des courses interdit aux chevaux à l’entraînement et aux jockeys licenciés de prendre part à toute course non officielle. En juin dernier, j’ai organisé à Deauville, pour 500 Japonais, un après-midi de courses… au trot, alors qu’ils ne rêvaient que de galop. C’est dommage que l’Institution ne profite pas de cette opportunité de conquérir un public à fort pouvoir d’achat, à une époque où la prospection de nouveaux propriétaires est un sujet majeur… D’ailleurs, il y a deux ans, nous avons créé, avec mon conjoint Hubert Barbe, l’agence Horse Racing Advisory, spécialisée dans le courtage et le conseil en investissement. Je m’occupe de la partie marketing et communication, à destination des professionnels, alors qu'Hubert gère la partie technique.

Pourquoi avoir choisi de vous installer à Deauville en mars dernier ?

Initialement, nous étions basés à Chantilly, mais pour l’activité de courtage, il était plus logique de se situer à Deauville, à proximité d’Arqana, et dans un lieu très attractif pour la clientèle, notamment anglo-irlandaise. Le reste a suivi ! Nous sommes ravis de pouvoir travailler sur le centre d’entraînement de Deauville, même si trouver la bonne structure d’accueil n’est pas évident.