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TRIBUNE LIBRE - Les courses à Chantilly l’hiver sont indispensables

Courses / 19.01.2017

TRIBUNE LIBRE - Les courses à Chantilly l’hiver sont indispensables

 

Par Julien Phelippon

 

« Fidèle lecteur de Jour de Galop, j’ai été interpellé par le "mot de la fin" de l’édition du samedi 14 janvier intitulé "Saisonnalité". J’ai cru y lire l’un de mes éminents confrères qui a souvent préconisé l’arrêt des courses au nord de la Loire durant l’hiver !

Or, de mon point de vue, les meetings hivernaux disputés au Nord de la Loire ont plus que prouvé qu’ils étaient essentiels pour la bonne santé de la filière. Et 90 % des écuries ne pourraient plus se permettre, économiquement, d’être en "vacances" pendant trois mois durant l’hiver. Les meetings d’hiver de Deauville et Chantilly se sont fait leur place. Ce qui n’était pas écrit, car lors de la création de courses hivernales sur la côte Normande – entre la Loire et la Seine ! – beaucoup pensaient que ces épreuves auraient bien du mal à se remplir et seraient une catastrophe. C’est loin d’être le cas, comme le montrent les éliminations en cascade durant cette période.

 

Cagnes plus Chantilly : ce n’est pas incompatible. Cet hiver, j’ai un programme pour vingt-cinq de mes pensionnaires. J’ai eu la chance d’obtenir douze boxes pour le meeting de Cagnes-sur-Mer, ce qui est très bien, et c’est même plus que les années précédentes. Mais sans course au nord de la Loire, que pourraient courir les treize chevaux que je ne peux pas emmener à Cagnes-sur-Mer faute de place ? Sans les épreuves cantiliennes, ces chevaux resteraient au box et n’auraient pas l’opportunité d’apporter une victoire à leur propriétaire. Et si se rendre à Cagnes-sur-Mer est toujours un plaisir et offre aux chevaux un changement d’air bénéfique, avec un programme riche et varié, cela a aussi un coût. Un cheval à Cagnes-sur-Mer que j’entraîne coûte 78 € par jour, contre 58 € en étant à Chantilly.

L’expérience montre aussi que la P.S.F. de Chantilly donne entière satisfaction durant l’hiver. En cinq ans de meeting d’hiver, il n’y a jamais eu de course annulée. Et il a même été possible d’entraîner des chevaux à Chantilly sur la P.S.F. par - 12°C. En revanche, nous avons déjà vu des épreuves annulées à Pau et à Cagnes durant l’hiver.

Une piste d’amélioration pour Cagnes. D’après les responsables, il y a eu, cette année encore, 800 demandes de boxes pour Cagnes, pour 450 emplacements disponibles. Ce meeting ne connaît pas encore de crise pour fournir des partants malgré la possible concurrence d’autres réunions sur P.S.F. à cette période de l’année.

En revanche, Cagnes pourrait, à mes yeux, se diversifier. C’est le seul endroit où l’on offre la possibilité de courir sur le gazon en plat à cette période de l’année. Or, seulement 35 % des courses du meeting se disputent sur cette surface qui donne, désormais, entière satisfaction. Alors qu’il y a des courses ailleurs en France sur P.S.F., Cagnes-sur-Mer pourrait trouver un second souffle et se démarquer en développant son offre de courses sur le gazon.

Par ailleurs, je n’ai aucun doute sur la popularité future du meeting de Cagnes-sur-Mer. La nature a horreur du vide et si, demain, des entraîneurs cessaient de s’y déplacer, notamment parce qu’ils auraient des opportunités de courses près de chez eux, je suis certain que d’autres professionnels prendraient le relais pour remplir les courses et remporter les allocations distribuées à Cagnes.

Rien ne m’exaspère plus que d’entendre nos dirigeants affirmer que nous devons remercier nos collègues allemands qui remplissent les courses dans l’Est. Si demain, les chevaux allemands ne venaient plus remplir ces courses, des entraîneurs français, qui aujourd’hui ne se risquent pas dans ces épreuves face à des chevaux étrangers qu’ils estiment déclassés, iraient y présenter des partants. Je n’en doute pas un instant.

 

Indispensable Chantilly. Nous l’avons encore vu lundi. Le nombre de partants par course est très bon durant l’hiver à Chantilly et pas seulement dans les handicaps. Elles étaient dix-sept dans le maiden pour pouliches de 3ans et ils étaient onze – avant que soient annoncés deux non partants – dans la classe 1 pour 3ans. Pour les entraîneurs dits "classiques", les maidens courus à cette époque donnent l’opportunité d’avancer un très bon cheval de niveau Groupe. Nous l’avons vu l’an dernier avec Camprock (Myboycharlie) et sans doute ce lundi avec Flower Fashion (Flower Alley), qui a obtenu une JDG Rising Star.

Les épreuves courues durant l’hiver à Chantilly et à Deauville montrent donc qu’il y a une vraie demande de la part des professionnels, car les éliminations sont toujours légion. C’est une bonne décision d’avoir transformé certaines courses P.M.H. en course premium. Lyon-La Soie et Pornichet en ont abondamment bénéficié. Mais pourquoi ne pas poursuivre cette réforme de manière à augmenter l’offre pour créer un véritable meeting d’hiver entre Deauville et Chantilly ? D’autant plus que si l’on rajoute cinq à dix réunions durant l’hiver sur ces hippodromes, des boxes inoccupés (il y en à Chantilly et Maisons-Laffitte) pourraient être loués à des professionnels qui souhaitent courir deux ou trois courses sur quelques semaines et veulent éviter des déplacements à leurs pensionnaires.

Ajouter des épreuves à cette époque de l’année semble plein de bon sens. Il y a un réel besoin de courses à cette période, alors que, durant l’été, il arrive souvent, avec des courses aux quatre coins de la France, qu’un réel manque de partants se fasse sentir, particulièrement dans les handicaps qui sont des courses qui doivent, notamment, assurer la recette.

Dans cette période où l’Institution recherche des économies, il n’est pas pensable que Paris soit la seule région avec l’Est à ne pas proposer de course à moins de 200 km pendant de longues périodes. C’est pourtant le cas treize semaines entières par an.

Avancer ensemble. Aujourd’hui, mon effectif est tel que mon profil est plus proche d’un entraîneur qui "fait la recette" que de celui d’un "entraîneur classique". Ce qui ne veut pas dire que je n’essaie pas de tirer vers le haut la qualité générale de mon effectif ! Ma position ne me mets pas, dans mon esprit, en opposition avec mes collègues. J’ai toujours trouvé que le programme français était sensationnel, car il permet aux entraîneurs, avec un petit ou un grand effectif, et aux chevaux, qu’ils soient moyens ou très bons, de montrer leur talent. Il ne faut pas voir les courses comme un clivage entre les grands et les petits. Pour que la France reste le pays d’Europe avec le meilleur programme, les efforts doivent être portés par tous. Et si demain cela doit passer par une baisse des allocations, elle doit être uniforme. Si elle est de 2 %, elle doit être de 2 % dans les Grs1 aussi bien que dans le plus petit des réclamer.

J’ose espérer que chacun a compris que la guerre Paris - Province ou Nord contre Sud n’avait plus aucun sens. Si les courses sont par nature un sport individuel, seules les décisions prises collectivement et dans l’intérêt général doivent être retenues.

 

À quand l’open stretch en France ? Je me suis souvent rendu compte de l’utilité de l’open stretch qui existe sur quasiment toutes les P.S.F. à l’étranger. L’open stretch, c’est cette ouverture à la corde peu après l’entrée de la ligne droite qui ouvre le passage pour un cheval qui serait bloqué derrière l’animateur qui faiblit.

Pourquoi ne pas tester cela en France ? Régulièrement, sur les P.S.F. françaises, les chevaux attentistes à la corde se retrouvent emmurés quand les animateurs faiblissent. La sélectivité d’une piste se mesure à sa capacité à engendrer le moins de chevaux malheureux possible. Ce n’est pas toujours le cas sur les P.S.F. françaises et l’open stretch est une solution pour permettre à des attentistes de défendre au mieux leurs chances.

 

Le sponsoring est une piste à creuser en France. À l’étranger, quasiment toutes les réunions, même en semaine, sont associées à un sponsor. Ce n’est pas le cas en France. Pourquoi ne pas creuser cette piste qui offre beaucoup d’avantages ? Réussir à "vendre" une réunion de semaine à un prix abordable à une entreprise permettrait de faire découvrir les courses aux collaborateurs et clients de cette dernière et peut créer des vocations de propriétaires ou de turfistes. Nous en avons besoin ! Et si ces partenariats rapportent 10.000 € à 20.000 € sur 200 réunions par an, cela serait une nouvelle source de revenus non négligeable. »