Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TRIBUNE LIBRE - Handicaps : et si c’était le système français qu’il fallait revoir ?

Courses / 27.01.2017

TRIBUNE LIBRE - Handicaps : et si c’était le système français qu’il fallait revoir ?

TRIBUNE LIBRE

Handicaps : et si c’était le système français qu’il fallait revoir ?

Par Jocelyn de Moubray

 

« L’une des choses que nous a apprises la lecture de Jour de Galop cette année, c’est que les handicaps et le système inhérent sont vus très différemment selon que l’on a été élevé dans la culture anglaise des courses ou bien dans la française ou encore l’américaine.

Les handicaps et l’établissement des valeurs des chevaux ont joué un rôle central dans les courses anglaises, et ce, plus ou moins depuis leur origine, en tout cas depuis deux siècles. La Chester Cup existe depuis 1824… Les gros handicaps sont une partie importante du programme pour les fans des courses et les professionnels. Il fut même un temps où ces courses ont attiré des partants de France ! Épinard, le cheval de la famille Wertheimer, est devenu célèbre en gagnant la Stewards Cup, un handicap sur 1.200m couru à Goodwood en juillet : à 3ans, il s’imposait en 1923 avec 53,5 kilos sur le dos, soit le poids record pour un poulain de son âge à l’époque. La même année, il n’échouait que d’une encolure dans le Cambridgeshire à Newmarket, un handicap disputé sur 1.800m, avec le poids de 60 kilos. Il était devancé par la pouliche Verdict, à qui il rendait 10 kilos. Elle fut assez bonne pour gagner la Coronation Cup à Epsom, l’année suivante.

 

Des courses de prestige. Ce système fut l’une des nombreuses exportations culturelles du Royaume dans les zones sous influence anglaise. À Hong Kong, le pays qui génère la plus grosse masse d’enjeux, il n’y a plus ou moins que des handicaps et une poignée de Groupes majeurs. Le handicap le mieux doté et le plus célèbre au monde est bien entendu la Melbourne Cup, qui offre environ 3 millions d’euros à son lauréat et attire des chevaux de classe de tout le globe. La course a été remportée ces dernières années par des chevaux entraînés en France, en Allemagne, au Japon, en Irlande ainsi que par des chevaux entraînés sur place.

Le rating moyen des gagnants de la Melbourne Cup des cinq dernières années est de 53,5 (118), ce qui est équivalent au rating moyen des chevaux placés, puisque les meilleures performances ont été réalisées par des chevaux comme So You Think, troisième en 2010 sous 56 kilos.

 

Un succès populaire. En Grande-Bretagne, les gros handicaps, maintenant baptisés Heritage Handicaps, ont un énorme succès, à tout point de vue. Ils attirent des champs de partants fournis et de qualité, ils sont un vecteur de promotion pour les paris hors hippodrome et pour attirer du monde sur les champs de courses, et ils procurent des allocations importantes à une large variété de chevaux ainsi qu’à leurs tout aussi nombreux entraîneurs et propriétaires. Il y a vingt-trois Heritage Handicaps courus sur les hippodromes d’Angleterre et d’Écosse, sur des distances allant de 1.000m (Stewards Cup) à 3.600m (Le Cesarewitch à Newmarket, en octobre). Le moins doté offre 75.000 € au gagnant, et les plus dotés, l’Ebor à York, en août, sur 2.800m, la Stewards Cup et le Cesarewitch, offrent pas moins de 200.000 € au lauréat !

En 2016, le plus haut rating d’un gagnant de handicap était de 54 (119), le plus faible de 44,5 (98). Le rating moyen des gagnants était de 48 kilos (105), et celui des chevaux placé de 47 kilos (103).

Librisa Breeze, qui a gagné deux Heritage Handicaps et dont le rating officiel est de 53 kilos, et Brando, gagnant de la Ayr Gold Cup et dont le rating est de 54 kilos, figurent parmi les trente-cinq chevaux qui ont gagné plus de 250.000 £ en Grande-Bretagne pendant la saison.

L’une des conclusions que l’on peut tirer du succès des Heritage Handicaps est que le problème en France ne réside pas dans les handicaps eux-mêmes mais dans le (vieux) système français des handicaps. Chaque échelliste ou joueur est mis hors jeu si, invariablement, le gagnant réalise une valeur bien plus élevée que celle affichée lors de ses précédentes sorties.

Ce n’est quasiment jamais le cas dans le Heritage Handicap ou à Hong Kong, et l’une des raisons peut se trouver dans le fait qu’il y a beaucoup plus de handicaps dans ce système, donc beaucoup plus d’opportunités de victoires. Si les propriétaires ou les entraîneurs veulent participer à ce genre de courses, ils doivent aussi optimiser le rating de leur cheval pour qu’il ait sa place au départ.

 

Pourquoi ne pas créer un circuit de Super Tiercés ? En France, peut-être que, finalement, les handicaps sont trop rares plutôt que trop nombreux et qu’il y a trop d’opportunités de rentabiliser un cheval ordinaire. Les chevaux qui ont gagné plus de 80.000 € dans les handicaps en France en 2016 avaient une valeur entre 41 (90) et 45 (99), soit bien au-dessous des ratings de Librisa Breeze et Brando.

Les handicaps, dans leur forme la plus noble, sont des courses compétitives, entre des chevaux de qualité, et les grands gagnants sont les chevaux qui progressent ou ceux qui sont capables de gagner sans montrer toute l’étendue de leur supériorité. Peut-être est-il temps pour France Galop d’organiser un circuit de Super Tiercés, avec un niveau d’allocations similaires à ceux des Heritage Handicaps. Cela pourrait même générer un outil de marketing plus facile à suivre et à comprendre que l’actuelle suite de courses qui n’ont guère en commun que leur statut de Groupe ! »