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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

TRIBUNE LIBRE - Le soleil se lève à l'est de Paris

Courses / 31.01.2017

TRIBUNE LIBRE - Le soleil se lève à l'est de Paris

 

Par Pascal Noue

« La tradition était respectée : il faisait froid et gris sur Vincennes en ce dernier week-end de janvier, jour de Prix d'Amérique. D'autres disciplines que le trot auraient eu le moral dans les chaussettes. Ici que nenni ! Dès les grilles franchies, vous êtes instantanément mis dans l'ambiance. Des hôtesses vous remettent votre kit de drapeaux et un bruit assourdissant de moteurs vous attire vers le bord de piste. Car oui, comme avant le départ des célèbres 24 heures du Mans, les pilotes paradent sur la piste, juchés sur de magnifiques coupés américains de collection et encadrés d'une douzaine de Harley, le tout au rythme de tubes des 80's qui font bouger les tribunes. Un Olivier Brunetaut, speaker déchaîné qui harangue tour à tour les différents clubs de supporters, fait chauffer l'ambiance. Et surtout, DES SOURIRES ! Partout des sourires, des gens heureux d'être là. Des drivers abordables, souriants, qui communient avec le public d'un simple geste, mais ô combien important et désiré des spectateurs qui crient, qui applaudissent. Beaucoup d'entre eux sont jeunes. Oui, jeunes... Ils n'y connaissent certainement rien à rien de la chose hippique mais ils viennent au spectacle et peu importe. Est-il nécessaire de savoir chanter pour aller au concert ? Les courses s'enchaînent avec à chaque fois une clameur étourdissante qui monte dès que les chevaux passent devant les tribunes, au départ et à l'arrivée. Tant et si bien qu'on n’entend même plus les commentaires ! Mais on s'en fout, on est bien ! L'heure approche. Des interviews live sont diffusées sur les trois écrans géants devant les tribunes. Pierre Pilarski, le propriétaire de Bold Eagle, parle. Oui, vous lisez bien : IL PARLE aux gens. Il a la gorge sèche, le stress, mais, après tout, il ne risque pas sa vie, c'est que du bonheur ! Il partage. Oui vous lisez toujours bien : IL PARTAGE. S'ensuit le défilé d'avant-course, un vrai défilé, jusqu'au bout des tribunes. Les visages sont plus tendus mais il règne toujours cette indescriptible communion, des gestes complices. Au premier passage devant les tribunes, la clameur. Le champion n'est pas très bien parti... Englué dans le peloton. On se regarde. Comme pour un baroud d'honneur, Timoko dirige les opérations. C'était annoncé. « Devant, méchant, et au poteau ! » Le dernier tournant approche et la foule s'est tue. On entendrait presque une mouche voler. Bold Eagle est dans le trafic... Dernier virage et, tout à coup, un tour de magie signé Nivard. Le voilà qui se faufile et terrasse l'opposition dans les 250 derniers mètres. Un scenario classique des courses pour les aficionados. Un moment hors norme pour les spectateurs du dimanche. Et tous le font savoir : je ne crois pas avoir déjà entendu une telle clameur sur un hippodrome, c'est +10 sur l'échelle de Cheltenham ! Et cette clameur se maintient durant le tour d'honneur du champion devant les tribunes, la remise des trophées avec les trois premiers, souriant ensemble sur le podium (à méditer...). Et encore une fois un propriétaire qui parle à la foule devant lui et PARTAGE sa joie. S'il vous plaît, au nom de tous ceux qui étaient dimanche à Vincennes, faites que nos hippodromes de galop redeviennent des endroits festifs où il fait bon vivre et oublier la grisaille du quotidien. Faites que le nouveau Longchamp connaisse la même ferveur, au moins. Laissez tomber les préjugés et les cravates. Allez, « Devant, méchant, et au poteau ! » Dimanche dernier, le soleil des courses s'est levé à l'est. Faites que la journée soit longue... »